Le champ magnétique d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, qui se dit être ni de gauche ni de droite et n’appartenir à aucun appareil politique, après avoir fondé son mouvement En marche, emploie néanmoins les même recettes démagogiques que les politiciens dont il critique la démarche en ratissant large lors de sa campagne.

 

 Ainsi sa dernière déclaration dans les terres frontistes, à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, quand il dit respecter les électeurs du FN mais pas le parti pour lequel ils votent et qui les tromperait, parce que le FN serait à ses dires une formation politique sans cohérence entre un FN du Nord laïc (incarné par Marine le Pen) et un FN du Sud catholique (voire intégriste, incarné par Marion Maréchal-le-Pen), un FN partagé entre sa volonté de quitter l’Euro et celle de rester dans l’Euro, un parti divisé (à la limite de la schizophrénie selon Macron) qui n’aurait en réalité aucune cohérence dans ses idées et dont le programme (notamment économique) serait un tissu d’approximations (pour ne pas dire d’aberrations) pour appâter l’électeur pas très regardant. À ce ceci près que, si l’on en croit les politologues, la plupart des électeurs du FN ne voteraient pas tant FN pour son programme politique officiel que pour punir le « système » (« l’establishment », disait naguère Jean-Marie le Pen, en prononçant établissement, à la française), par pure contestation en réalité. Un vote donc qui ne serait pas constructif mais simplement d’opposition.

 

Aussi sympathique soit Emmanuel Macron par son côté atypique (voire transgressif dans sa démarche hors parti), par son énergie communicative et sa volonté de « faire bouger les lignes » comme on dit, son discours dans la direction de l’électorat du FN est en l’espèce purement démagogique, car sauf à laisser entendre que les électeurs ne sont pas responsables de leur vote, qu’ils ne sont pas conscients de ce qu’ils font, c’est moralement une faute que de respecter des gens qui font le choix délibéré de la facilité en votant FN et qui se laissent aller à l’abêtissement populiste, à l’abaissement humain, par simplisme, par pure paresse et manque de conscience citoyenne.  À moins en effet que l’on considère que les électeurs ne sont pas égaux dans leur capacité à voter parce qu’ils n’ont pas une conscience égale des enjeux politiques et sociétaux de la société à laquelle ils appartiennent, et que la démocratie, faute d’une réelle conscience d’une partie des électeurs qui la composent, est un leurre, qu’une simple mécanique qui donne l’illusion de l’idée de démocratie, ce qui faisait dire à Winston Churchill que la démocratie était le pire des régimes à l’exception de tous les autres. L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique ne fait d’ailleurs que corroborer cette vision-là. Nous ne sommes toujours pas sortis de cette impasse structurelle si l’on en croit l’essayiste belge David van Reybrouck qui,  dans un article paru dans Libé en 2014,  http://www.liberation.fr/france/2014/03/07/les-elections-n-ont-jamais-ete-concues-pour-etre-democratiques_985329, rappelait opportunément que, en français, les mots élire et élite avaient la même racine étymologique. Raison pour laquelle l’auteur de l’article prône une démocratie délibérative où des citoyens tirés au sort assisteraient les élus. Une idée qui semble incongrue de prime abord, mais après tout, pourquoi pas, tant il est vrai qu’il n’y a pas de recette pour fabriquer la démocratie, seulement des approches. 

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