La politique du tweet

Donald Trump, l’homme qui tweete plus vite que son ombre, a encore frappé le 13 novembre dernier en passant ses nerfs sur la France, ravalant la diplomatie à une pratique particulière manquant singulièrement de profondeur avec ces lâchers de tweets qui s’apparentent plus à un trouble obsessionnel compulsif qu’autre chose. Non seulement le président américain s’emploie à faire bande à part en toutes circonstances (comme en désertant ostensiblement le Forum pour la Paix du 11 novembre dernier), pour bien montrer que seule l’Amérique importe à ses yeux, se retirant ainsi sans scrupules des engagements internationaux qu’avait pris son prédécesseur, notamment de l’Accord de Paris pour le climat en 2015, pour ne parler que du plus emblématique, mais en plus, il torpille délibérément le principe même du multilatéralisme parce que, à ses yeux, seul importe le sort des Etats-Unis, qui imposent leur vue au reste du monde, comme le montre le chantage vis-à-vis de l’Europe concernant l’embargo que les Etats-Unis ont décidé d’imposer unilatéralement contre l’Iran. Ce que pratique Donald Trump, c’est du nationalisme pur et dur, et sa véritable devise est : « America First ». Le reste n’a aucune importance pour lui. D’ailleurs, Donald Trump n’est pas un homme politique, non, c’est un homme d’affaires touche-à-tout passé en politique par ambition personnelle. C'est un arriviste, un parvenu. Même s'il se prend pour un homme politique, il n’en a ni l’étoffe ni la vocation. Il n’a aucune vision politique du monde, il se comporte comme il l’a toujours fait en imposant la loi du plus fort, le seul principe qui vaille à ses yeux et qui lui vient du monde des affaires. Le pire dans tout cela, c’est que même son empire privé dont il tire son prestige, la « Trump organization », n’est en réalité qu’un château de cartes qui n’a pas été démantelé parce que la marque Trump vaut plus ce que les banques pourraient tirer de l’empire Trump si elles devaient en vendre les actifs. Trump est un prête-nom. Pour l’instant, cette stratégie en trompe-l’œil l’a servi, mais pour combien de temps, notamment avec la chambre des représentants qui a basculé dans le camp des démocrates après les élections de mi-mandat ?

Il n’est pas du tout certain que ce président caractériel puisse gouverner sa barque comme il l’entend, et même s’il est peu probable que l’enquête du procureur Mueller sur les soupçons de collusion entre l’équipe de Trump et des émissaires du pouvoir russe lors de la campagne de 2016 n’aboutisse jamais à une procédure de destitution du principal concerné, il n’est pas exclu que Trump, qui a pour habitude de limoger systématiquement tout le personnel de l’équipe au pouvoir censée mettre en œuvre ce qui tient lieu de politique —  on se souvient de son mot préféré qui revenait comme un leitmotiv à l’époque où il participait à  l’émission de télé-réalité qu’il avait lancée, The apprentice,  il tenait en trois mots : you’re fired,  « vous êtes viré »  — , il n’est pas exclu qu’il finisse par « exploser » en plein vol, du simple fait de la nature hautement explosive du personnage. 

Si d’aucuns parlent de transhumanisme pour l’avenir, d’humanité augmentée comme une chance pour le devenir de l’humanité, une chose est certaine, c’est que la politique ne l’est pas, elle, augmentée, mais bien diminuée à la hauteur d’ego manipulateurs avec des gens comme Trump, Poutine, Erdogan, Orban et bientôt Bolsonaro. Entre les mains de ces autocrates, la politique est devenue une polio, une maladie infectieuse aiguë et contagieuse qui passe de main en main. Et le monde asphyxie pris dans cette nasse morbide.

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