Évolution, involution

« Plus nous reculons dans le passé et plus évidente est la trace de Dieu sur l’homme. La trace du paradis est sur le visage des Egyptiens. »

 

                Dimitri Merejkovski

 

« C’est ainsi que la croyance en un “progrès” indéfini, qui était tenue naguère encore pour une sorte de dogme intangible et indiscutable, n’est plus aussi généralement admise ; certains entrevoient plus ou moins vaguement, plus ou moins confusément, que la civilisation occidentale, au lieu d’aller toujours en continuant à se développer dans le même sens, pourrait bien arriver un jour à un point d’arrêt, ou même sombrer entièrement dans un cataclysme. »

 

                      René Guénon

 

 

« La mythologie est la pénultième vérité. »

 

                   Joseph Campbell

 

1.

 

L’Histoire humaine, telle que nous la connaissons et telle qu’elle s’enseigne, procède d’une vision dogmatique selon laquelle l’Homme, parti d’un état primitif, ne cesserait de progresser pour le plus grand profit de son espèce. Selon cette vision-là, le passé de l’humanité serait la caverne de toutes les ténèbres et l’avenir la promesse de toutes les avancées possibles. Le passage du temps serait cet escalier roulant sans fin qui élèverait l’Homme toujours plus en direction de la lumière, loin de son passé obscur où ses origines se confondent avec celles des animaux.  

 

Évidemment, il y a bien quelques accrocs à la théorie du progrès continu de l’espèce humaine, comme par exemple les gravures rupestres de Lascaux, qui ont 18.000 ans d’âge, ou encore celles de la grotte Chauvet, qui remontent à plus de 30.000 ans, mais après tout, pour les tenants de la théorie progressiste, ces témoignages artistiques ne révèlent jamais que l’étincelle de génie créatif chez l’homme préhistorique, un phénomène sporadique indépendant du progrès linéaire de l’Homme que l’on peut regarder comme un signe avant-coureur de sa disposition à progresser. Il y a bien aussi tous les sites mégalithiques qu’on retrouve sur toute la surface du globe, qui posent quelques menus problèmes de datation et de compréhension quant au sens qu’il faut leur prêter et surtout quant à leur mise en œuvre. Prenons l’exemple de Stonehenge, dans le sud de l’Angleterre, l’un des monuments mégalithiques les plus connus au monde. Il est composé de blocs de grès, dont certains ont  un poids de 50 tonnes, et de blocs de granit bleuté, pesant en moyenne 4,5 tonnes, qui semblent provenir d’une carrière distante de 240 km, dans le Pays de Galles. En tenant compte des moyens archaïques dont on suppose que ces hommes disposaient à cette époque reculée, on se demande  tout simplement comment ils ont effectué l’acheminement des blocs de granit d’aussi loin et comment ils ont assemblé le tout. Quant au plus grand menhir d’Europe, le menhir brisé d’Er Grah, sur la commune de Locmariaquer, dans le Morbihan, un menhir qui s’élevait à 18 mètres de hauteur pour une masse totale de près de 300 tonnes (il gît désormais à terre, brisé en quatre morceaux), on se demande aussi comment des hommes, tels qu’on les imagine au milieu du  Ve millénaire av. J.-C., date supposée de l’érection du menhir, ont pu manipuler une masse pareille. Mais une fois encore, tout cela est balayé d’un revers de la main par les partisans de la théorie progressiste de l’espèce humaine, minimisant à dessein la question de ces monuments néolithiques (dont on pense qu’ils pouvaient servir d’observatoire astronomique) et celle de leur dissémination à travers le monde entier (on en trouve sur tous les continents, surtout sur les zones côtières, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe, en Afrique, en Asie et sur les îles de l’océan Pacifique), ce qui témoigne d’une culture commune sur toute la surface du globe.

 

2.

 

Là où les choses se compliquent, c’est avec les monuments de civilisations antiques que l’Homme du début du XXIe siècle, du haut de ses connaissances et de son savoir technique, est dans l’incapacité de construire, des monuments dont la simple mise en œuvre relève d’une prouesse technique encore hors de portée. Le plus emblématique de ces monuments, dont la simple existence défie la théorie du progrès continu de l’Histoire humaine, est sans conteste la pyramide de Khéops, la seule et la plus ancienne des Sept Merveilles du monde à subsister — les Sept Merveilles (selon le compte d’Antipatros) comprenaient les pyramides de Gizeh (soit les pyramides de Khéops, de Khéphren et de Mykérinos), le phare d’Alexandrie, les jardins suspendus de Babylone de la légendaire reine Sémiramis, dans l’actuelle Irak, le temple d’Artémis à Ephèse, dans l’actuelle Turquie, le Mausolée, tombeau de Mausole, à Halicarnasse, en Turquie toujours, le colosse de Rhodes, dans l’île grecque du même nom et la statue de Zeus à Olympie, en Grèce. L’homme moderne a beau avoir mis les pieds sur la Lune, truffé l’orbite terrestre de satellites artificiels et envoyé des sondes spatiales pour ausculter le système solaire, il n’en demeure pas moins qu’en dépit de toute l’ingénierie et de la technologie dont il dispose, il n’est pas en mesure de reproduire la pyramide de Khéops à l’échelle d’un dixième (l’essai a été tenté et a échoué). 

 

Mais paradoxalement, c’est comme si le caractère abracadabrant de la pyramide de Khéops la soustrayait de l’Histoire humaine pour la reléguer dans un cabinet de curiosités planétaires, entre le Triangle des Bermudes et l’affaire Roswell. Exhibée comme une aberration monumentale, la surexposition de la Grande Pyramide a fini par la rendre invisible, apanage du phénomène de foire : l’énigme historique a fait place au divertissement culturel de masse. Et comme la datation au carbone 14 n’est d’aucun secours dans le cas présent (ce procédé ne fonctionne qu’en présence de résidus organiques), la fameuse harangue de Napoléon à ces soldats, « Songez que du haut de ces monuments quarante siècles vous contemplent »  (lors de la bataille des pyramides pendant la campagne d’Egypte, de 1798 à 1801), fait date, tant la question de la datation de la Grande Pyramide semble se dissoudre dans le vague originel.

 

Par convention, les égyptologues situent la pyramide de Khéops vers 2500 av. J.-C. Pour la simple raison qu’on a retrouvé à l’intérieur de la pyramide, dans « les chambres de décharge » situées au-dessus de « la Chambre du Roi », quelques cartouches où étaient tracé un hiéroglyphe traduit comme « Khoufou » (Khéops, en grec) ou « Souphis ». Ces hiéroglyphes sont en réalité la seule raison permettant d’associer cette pyramide avec un pharaon du nom de Khoufou. Le problème, c’est que la signification des hiéroglyphes traduits comme Khoufou, ou comme Khnoum-Khouf, échappe aux spécialistes de l’écriture hiéroglyphique, d’autant plus qu’on a retrouvé ces mêmes cartouches à d’autres endroits, notamment dans une inscription gravée sur des rochers au Sinaï. Il y a même des égyptologues pour dire que le nom de Khoufou serait une sorte de formule magique destinée à protéger les monuments. Si ce cartouche « Khoufou » se référait à un dieu (ce n’est pas très loin de « Khnoum », dieu antique qui personnalisait l’intelligence) au lieu d’un pharaon, appeler la Grande Pyramide au pharaon Khéops-Khoufou reviendrait à attribuer au Christ lui-même chaque bâtiment portant une croix.

 

Car il faut bien dire que ce que l’on sait du pharaon Khéops (ou Khoufou) se résume à pas grand-chose : selon la chronologie établie par Manéthon, grand prêtre du premier Ptolémée  (premier pharaon de la dynastie lagide, qui dura de 300 à 80 av. J.-C.), chronologie sur laquelle se base l’égyptologie moderne, Khéops serait le second pharaon de la IVe dynastie (comprise entre 2613 et 2494 av. J.-C.) Mais en réalité, l’Ancien Empire à laquelle appartient la IVe dynastie est une période de temps mal définie où l’on n’arrive pas à situer ladite dynastie, et il n’existe aucun témoignage historique sur Khéops. En fait, on ne sait rien sur l’homme qui aurait fait édifier le plus imposant monument sur Terre. On fait remonter la pyramide de Khéops à 2500 ans av. J.-C., mais on pourrait tout aussi la faire remonter à la nuit des temps car on ne sait tout simplement pas de quand elle date.

 

La Grande Pyramide n’est pas le seul grain de sable, monumental grain de sable s’il en est, qui grippe la mécanique de la théorie progressiste de l’histoire humaine. Que dire en effet des constructions cyclopéennes qu’on trouve un peu partout à sur la surface du globe, comme par exemple la forteresse de Sacsayhuaman, au Pérou, à deux kilomètres de Cuzco, ancienne capitale inca à 3400 mètres d’altitude, constituée de blocs monolithiques dont certains pèsent plus de 300 tonnes ? Cet ouvrage, qui n’a pas été construit par les Incas mais que ces derniers se sont appropriés (même chose pour Machu Picchu, qui est le legs d’une civilisation antérieure), est assemblé avec une précision qu’on ne pourrait pas atteindre aujourd’hui, même avec l’équipement le plus moderne qui soit. Même chose s’agissant de la civilisation pré-inca de Tiwanaku, sur les abords du lac Titicaca (à plus de 3800 mètres d’altitude), et de la Cité du Soleil (de Tiahuanaco), où l’on trouve des statues anthropomorphes qui rappellent les Moaïs de l’île de Pâques.   

  

3.

 

L’idée selon laquelle l’homme suivrait une ligne droite ascendante dans son évolution tient en fait de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin, à cette différence près que la naturaliste anglais voyait l’évolution des espèces comme une perpétuelle adaptation à leur environnement, et non pas comme poursuivant un but précis. L’idée de progrès n’était pas sous-entendue dans sa théorie. En outre, il ne regardait pas l’homme comme étant placé au-dessus du règne animal mais comme en faisant partie intégrante et considérait comme dénuée de pertinence la distinction faite entre les races humaines (la génétique a démontré que le concept de race humaine était infondé). En réalité, la théorie de la sélection naturelle de Darwin selon laquelle la nature sélectionnait les individus les mieux adaptés fut récupérée par la société anglaise en pleine révolution industrielle dont elle servait les intérêts : elle confortait l’idée que se faisait d’elle la bourgeoisie triomphante et justifiait l’ordre social établi. L’idée de progrès dérive directement de l’application au modèle social de la théorie darwinienne, quitte à lui tordre le cou, de même qu’en appliquant la pensée de Marx à la politique, Lénine tordit le cou à Marx, qui s’était penché sur le fonctionnement économique d’une société particulière, en l’occurrence, la société anglaise.

 

La dictature de la théorie darwinienne appliquée à l’Histoire a enfanté une aberration, l’idée de la progression constante de l’Homme depuis des milliers d’années. Et c’est en raison de cette aberration qu’on n’arrive pas à regarder l’évidence, à savoir que l’Histoire humaine est beaucoup plus antique que ce qu’on croit mais qu’on est tombé dans la nuit de l’oubli, dans la nuit tout court à la lumière de la Grande Pyramide.  Et si l’Histoire telle que nous l’avons crue, n’était finalement, comme dit Voltaire, « qu’un mensonge sur lequel tout le monde est d’accord » ?

 

4.

 

Le géographe grec Agatharchide de Cnide (IIe siècle av. J.-C.) écrivait déjà que les mensurations de la pyramide de Khéops intégrait des unités de mesure géographique.

Tout d’abord, si l’on calcule le centre géographique sur les terres émergées sur le globe terrestre, on le trouve à l’endroit où la vallée du Nil ouvre son delta pour aboutir à la mer, sur le plateau rocailleux de Gizeh où s’élève précisément la pyramide de Khéops. La pyramide est située à la pointe exacte du triangle dans lequel s’inscrit le delta et ses quatre côtés font face aux quatre points cardinaux. Dès 1864, l’astronome écossais Charles Piazzi Smyth avait remarqué que la pyramide se trouvait à l’intersection de la latitude et de la longitude moyenne des terres émergées.

Ensuite, le périmètre exact de la base de la pyramide de Khéops (on se fonde sur le relevé effectué en 1925 par un géomètre anglais, J.-H. Cole, établi à 921,41 mètres), soit 927,72161 mètres (en partant du bord extérieur des bornes de pierre placées à chaque angle de la base de la pyramide), équivaut exactement à une demi-minute de latitude de la circonférence équatoriale, soit la longueur de l’équateur au 1/43200e (il faut deux demi-minutes pour faire une minute, 60 minutes pour faire un degré et 360 degrés pour le faire le tour d’un cercle, autrement dit : 2 x 60 x 360 = 43.200). Les estimations habituelles de la longueur de l’équateur varient de 40.075,573 à 40.076,688 kilomètres. Or 927,72161 x 43.200 = 40.077,573 kilomètres. 40.077,573 – 40.076,1305 (la moyenne de la longueur équatoriale) = 1,4425 kilomètres (144.250 cm), soit une marge d’erreur de 3,339 cm à l’échelle de la pyramide (144.250 : 43.200 = 3, 339 cm).

Pour finir, la hauteur exacte de la pyramide (hauteur du bâtiment à laquelle est ajoutée l’épaisseur de 55 cm de la plateforme sur laquelle elle repose) est de 147,14479 mètres. 147,14479 m x 43.200 = 6.356,6549 km. Or le rayon polaire de la Terre mesure 6.365,774 km, soit une erreur de 119,1 mètres, ce qui est insignifiant à l’échelle de la planète quand on sait que les dimensions de la Terre varient à une centaine de mètres près.

Précisons que la base de la Grande Pyramide est un carré qui repose sur une plate-forme soigneusement pavée, dont chaque dalle a 55 cm d’épaisseur. Cette plate-forme, à la base de chaque côté, dépasse de 40 cm. En dépit de l’usure du temps et les tremblements de terre inévitables sur une période de temps de plusieurs millénaires, rien n’a bougé : la plate-forme est restée parfaitement horizontale, à 21 millimètres près et sur une longueur de 231 mètres de chaque côté.

 

 

Agatharchide de Cnide avait raison, l’échelle de la pyramide de Khéops reproduit bien la hauteur et la circonférence de la Terre au 1/43.200e. Et si l’on se rappelle qu’une journée compte 86.400 secondes (24 x 60 x 60), on comprend alors que la Grande Pyramide représente aussi la longueur d’une journée de temps terrestre.

 

Question : comment est-il possible qu’en 2500 av. J.-C. (si l’on se fonde sur la chronologie admise par les égyptologues) on ait pu connaître avec une pareille précision les dimensions de la Terre pour qu’elles se trouvent inscrites dans ce monument ? Est-il possible que les coordonnées de la Pyramide soient le fruit du simple hasard (pour que le monument s’élève à l’intersection de la latitude et de la longitude moyenne de la masse continentale émergée) ? Comment se fait-il qu’à une époque où, selon le schéma de l’Histoire communément admis, une humanité primitive, dépourvue de toute connaissance scientifique, ait pu connaître la Terre aussi bien que les géophysiciens actuels, qui font des observations à partir d’images satellite ? Cela ne tient tout simplement pas debout.

 

De même que ne tiennent pas debout toutes les hypothèses que les égyptologues ont échafaudées pour expliquer la construction de la pyramide, quand on sait que le monument pèse une masse totale de six millions de tonnes, qu’il contient environ 2.300.000 blocs de pierre dont chacun pèse en moyenne deux tonnes et demi (soit plus de pierres que toutes les églises d’Angleterre réunies), et que sa construction révèle un degré de précision qu’atteignent seulement aujourd’hui les techniques de pointe, s’agissant notamment de l’assemblage des dalles de calcaire blanc de seize tonnes chacune dont la pyramide était revêtue jusqu’au XIVe siècle de notre ère, ce qui lui donnait alors un aspect lisse et brillant, des dalles qui furent utilisées pour la construction des palais du Caire.  Il en reste un certain nombre à la base de la face nord, ce qui permet de calculer les dimensions de la pyramide d’origine quand elle était encore pourvue de son parement primitif. Chacun des côtés de la pyramide ayant une surface de 25.392,80 mètres carrés, la surface totale de la pyramide représente donc 101.571, 20 mètres carrés, soit plus de 10 hectares de revêtement. Non seulement ces dalles de parement de seize tonnes chacune étaient taillées avec précision pour s’assembler parfaitement les unes avec les autres, mais en plus elles étaient pourvues d’un joint de ciment pour adhérer parfaitement les unes aux autres.  Et cette précision de joaillier ne se limite pas à la façade, l’intérieur du bâtiment témoigne de la même rigueur. La technologie actuelle, même la plus sophistiquée, ne permet tout simplement pas de construire ou de restaurer une pareille merveille, véritable épopée de pierre qui se présente à nous comme un défi. Les hypothèses des égyptologues pour rendre compte de cette construction tiennent d’autant moins au vu des moyens techniques rudimentaires qu’on attribue aux constructeurs d’alors. Quant à l’hypothèse communément admise selon laquelle les pyramides seraient avant tout des tombeaux, c’est un mythe : il faut savoir qu’aucun matériel funéraire d’origine n’a jamais été trouvé dans aucune pyramide (hormis les fameux sarcophages, qui étaient vides). On n’a trouvé aucun objet funéraire d’origine datant à coup sûr de l’époque de la construction des pyramides. D’ailleurs, pourquoi des pilleurs de tombes auraient-ils dérobé la momie du sarcophage trouvé dans la Chambre du Roi de la Pyramide de Khéops ? Un sarcophage en granit dont on sait qu’il date bien de la période de la construction du monument pour la simple raison que ses dimensions l’empêchent de passer par le couloir d’accès, preuve qu’il a été placé dans la Chambre avant la fin des travaux. Il n’y a d’ailleurs dans toute l’Égypte que trois pyramide majeures (Khéops, Khéphren et la pyramide de Sekhemket à Saqqarah) qui contiennent des sarcophages datant de l’époque de la construction du monument, lesquels sont tous vides.

 

5.

 

En définitive, force est d’admettre qu’on ne sait rien sur la grande pyramide de Khéops : on ne sait pas qui est le pharaon dont elle tire son nom, on ne sait pas situer dans le temps la IVe dynastie à laquelle appartient ce pharaon mystère, on ne sait pas de quand date la pyramide qu’on a attribuée à cet illustre inconnu, on ne sait pas comment elle a été construite et on ne sait pas non plus comment à cette époque les êtres humains pouvaient avoir les connaissances dont témoignent les mensurations exactes du monument le plus incroyable de tous les temps.

Mieux vaudrait nous en tenir à la maxime de Socrate qui disait « il n’y a qu’une chose que je sais, c’est que je ne sais rien » plutôt que d’affirmer des contrevérités comme le font les tenants de l’orthodoxie historique, ce qui est d’une sottise crasse.  Il serait grand temps de remettre en question le dogme selon lequel l’être humain évoluerait en suivant une progression continue, car ce que révèle la pyramide de Khéops est tout autre : que l’Homme contemporain, si haut qu’il se croie, est un nain à côté des constructeurs de la pyramide de Khéops, un monument qui remonte à une époque si reculée qu’on en a perdu le souvenir. La vérité, c’est que la Grande Pyramide, qui dresse son énigme depuis l’aube de l’Histoire, n’appartient pas à notre temps. Elle n’appartient pas même au temps de l’Égypte antique, qui l’a héritée mais ne l’a pas construite. Cette pyramide est comme une Sentinelle du Temps, une Gardienne de l’Histoire, dépositaire d’un message depuis la nuit des temps ou de la lumière du passé, car ce sont nous, humains du XXIe siècle, qui y sommes, dans la nuit, la nuit noire de l’Histoire.   

Selon la Tradition, ce que nous appelons « Préhistoire » rassemble en fait quatre grands âges de l’humanité : l’Âge d’Or (de – 200.000 av. J.-C. jusqu’à – 50.000), l’Âge d’Argent (de –50.000 av. J.-C. jusqu’à – 28.000), l’Âge de Bronze, (de – 28.000 av. J.-C. jusqu’à – 9600), et finalement l’Âge de Fer (ou le  Kali-Yuga, l’Âge Noir, selon la tradition indienne, de – 9600 av. J.-C. jusqu’à aujourd’hui). Mais de ce passé si lointain nous avons perdu souvenir. Il ne nous en reste rien, hormis ces vestiges sur Terre, comme la Pyramide de Khéops, des vestiges que notre théorie du progrès continu de l’espèce humaine nous empêche de comprendre,  incapables que nous sommes de voir l’évidence qui crève les yeux.

Que nous apprend précisément la pyramide de Khéops ? D’abord que le monde est entré dans une fameuse décadence après la construction des pyramides. Ensuite que le temps des civilisations commence à une époque beaucoup plus reculée qu’on ne l’imagine, tellement reculée que cela semble inimaginable. À une époque très lointaine existait donc une civilisation très avancée capable de bâtir un monument pour l’éternité. Cette civilisation de haut niveau scientifique et technologique a complètement disparu, comme si elle était tombée dans quelque trou noir. Son souvenir s’est effacé des tables de l’Histoire officielle mais pas des mythes.

« Le mythe, dit Aristote, est un récit mensonger qui représente la vérité. » Le mythe, c’est ce qui reste de l’Histoire quand on l’a oubliée. On le connaît sans le savoir, on en est pétri, il fait partie d’un l’inconscient collectif d’une culture. Le mythe, c’est un peu le double fond de la mémoire du temps. Ce que dit Bergson (né en 1859, soit l’année de la publication de L’origine des espèces de Darwin) de la mémoire de l’individu (dans L’évolution créatrice) peut tout à fait s’appliquer à l’Histoire.

 

« La mémoire (…) n’est pas une faculté de classer des souvenirs dans un tiroir ou de les inscrire sur un registre. Il n’y a pas de registre, pas de tiroir, il n’y a même pas ici, à proprement parler, une faculté, car une faculté s’exerce par intermittences, quand elle veut ou quand elle peut, tandis que l’amoncellement du passé sur le passé se poursuit sans trêve. En réalité le passé se conserve de lui-même, automatiquement. Tout entier, sans doute, il nous suit à tout instant : ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre première enfance est là, penché sur le présent qui va s’y joindre, pressant contre la porte de la conscience qui voudrait le laisser dehors. Le mécanisme cérébral est précisément fait pour en refouler la presque totalité dans l’inconscient et pour n’introduire dans la conscience que ce qui est de nature à éclairer la situation présente, à aider l’action qui se prépare, à donner enfin un travail utile. Tout au plus des souvenirs de luxe arrivent-ils, par la porte entrebâillée, à passer en contrebande. Ceux-là, messagers de l’inconscient, nous avertissent de ce que nous traînons derrière nous sans le savoir. Mais, lors même que nous n’en n’aurions pas l’idée distincte, nous sentirions vaguement que notre passé nous reste présent. »

 

Le souvenir de cette civilisation avancée qui a brutalement disparu, Platon (427-347 av. J.-C.) en parle dans le  Timée : « (…) En ce temps-là, on pouvait traverser cette mer. Elle avait une île, devant ce passage que vous appelez, vous, les colonnes d’Hercule. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. Et les voyageurs en ce temps pouvaient passer de cette île sur les autres îles, et de ces îles, ils pouvaient gagner tout le continent, sur le rivage opposé de cette mer qui méritait vraiment son nom… »

« Mais dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre effroyables et des cataclysmes.  Dans l’espace d’un seul jour et d’une nuit terrible, toute votre armée fut engloutie d’un seul coup sous la terre et, de même, l’île Atlantide s’abîma dans la mer et disparut. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, cet océan de là-bas est difficile et inexplorable par l’obstacle des fonds vaseux et très bas que l’île, en s’engloutissant, a déposés. » [NB : Platon parle de l’engloutissement d’une armée qui attaquait l’Atlantide puis de l’engloutissement concomitant de l’île]

Dans le Timée, Platon rapporte la conversation qu’eut Solon avec un prêtre de Saïs, « très très vieux ». Solon (638-559 av. J.-C.), qui avait parlé de l’ancienneté de sa famille, s’attira le commentaire suivant de la part du prêtre : « Toi et les autres Hellènes, vous n’êtes que des enfants et vous ignorez le passé. Il y a eu beaucoup de cataclysmes, et il y en aura encore, dont les causes sont variées. Les Grecs ne se souviennent que d’un seul déluge, alors qu’il y en a eu beaucoup. »  Mais l’Égypte, déclara-t-il, avait été presque toujours épargnée de par sa situation géographique, « et c’est la raison pour laquelle les choses ici sont réputées être les plus anciennes. » (NB : c’est parce que le plateau de Gizeh est une des régions les plus sûres du globe, au plan sismique notamment, que la Grande Pyramide a été édifiée à cet emplacement précis.)

Le Critias de Platon ne fait que conforter ce qui est dit dans le Timée. Comme l’écrivit Demetri Ioakimidis, un journaliste scientifique, « Il y a là une abondance de renseignements qui se justifie mal dans une allégorie philosophique, surtout si l’on n’y voit que le produit de l’imagination. Platon n’aurait-il pas emprunté autour de lui des données réelles qu’il aurait ensuite incorporées à son mythe, lui conférant ainsi un supplément de relief ? » (in La Suisse, août 1971).

Il n’y a pas que Platon qui évoque l’Atlantide et son tragique destin (il situe ce cataclysme 9000 ans avant le sage Solon, soit autour de 9600 ans av. J.-C.), mais aussi le Livre des Morts des anciens Égyptiens. Pour les anciens Égyptiens, le royaume des morts se situait au couchant : la belle Amenti, les champs des bienheureux (pour tous les peuples de l’Antiquité classique, l’Ouest était la terre la plus lointaine).  Domaine de l’Au-delà, l’Amenti comprend deux régions : Sekht-Hotep, les champs de la paix divine, et Sekht-Ianru, les Champs de Joncs. L’Amenti dispose aussi d’une capitale, la ville de Sekhem, dans laquelle se trouve un sanctuaire, l’autel divin d’Osiris. D’après la légende, la ville de Sekhem connut un sort tragique. Après avoir servi de théâtre aux combats livrés par Horus pour venger  la mort de son père, elle fut détruite « lors de la terrible nuit des tempêtes et des inondations » (Livre des morts, chap. LVIII). L’existence incontestable d’un modèle réel de cette terre d’Amenti se reflète aussi dans un des aspects particuliers du mythe d’Osiris. Il s’agit du combat acharné que se livrent Horus (fils d’Osiris, qui cherche à venger la mort de son père) et Seth (frère d’Osiris, responsable de la mort de ce dernier dont il était jaloux), combat que l’on retrouve dans toutes les anciennes traditions, et qui prend la forme de la lutte qui oppose l’oiseau au serpent. Horus, sous l’effigie d’un faucon figuré par un disque ailé, attaque le dieu Seth en forme de serpent. À la fin du combat, Seth se transforme en un être souterrain, symbole des eaux du Déluge qui se sont déversées dans les entrailles de la Terre.

 

6.

 

Le médium américain Edgar Cayce (1877-1945), surnommé « le prophète endormi », au cours des milliers de « lectures de vie antérieure » qu’il effectua pour ceux qui venaient le consulter (plus de 2500 en tout), en donna plus de 700 qui parlent de l’Atlantide et plus de 1000 qui abordent le sujet de l’Égypte primitive, au temps de la Grande Pyramide. Il faut savoir qu’Edgar Cayce délivrait ses lectures en état de transe et que, dans son état normal, il ignorait tout de l’Égypte. Dépourvu de toute culture, c’était un homme très ordinaire. En outre il était très croyant et membre de l’église protestante Les Disciples du Christ. Voilà ce que Cayce dit de la Grande Pyramide. Qu’elle fut  construite entre 10.490 et 10.390 av. J.-C., par une équipe d’Atlantes immigrés, d’Égyptiens indigènes et de nomades blancs en provenance  du Caucase. Que ses constructeurs savaient faire léviter les pierres en neutralisant leur pesanteur. Qu’ils savaient que l’Atlantide allait bientôt disparaître, d’où la construction de la pyramide dans le but de sauvegarder les connaissances de cette civilisation. Cayce dit aussi que la pyramide avait servi de lieu d’initiation au Christ et à Jean-Baptiste.

L’une des lectures de Cayce explique la raison pour laquelle l’Égypte fut choisie pour édifier la Grande Pyramide :

« Ce pays avait été choisi par lui [le prêtre Ra-Ta] comme étant le centre actif des forces universelles de la nature, aussi bien que des forces spirituelles. Et aussi comme étant le pays le plus stable, le moins exposé aux cataclysmes géologiques, comme ceux qui avaient provoqué la destruction de la Lémurie, puis de l’Atlantide, et, plus tard, le déluge. 

Si l’on examine les réseaux et les lignes de force à la surface de la Terre, avec une précision mathématique, on s’apercevra que l’épicentre en est tout près de l’endroit où se situe la Grande Pyramide. 

Il y avait donc des raisons ma  mathématiques, astrologiques et numérologiques, ajoutées aux besoins humains. » (Lecture  281-42)

 

S’agissant de l’Atlantide proprement dite, au dire des lectures d’Edgar Cayce sur le sujet, l’histoire de cette civilisation aurait couvert 200.000 ans. À l’origine un vaste continent qui s’étendait depuis le bord européen de l’océan atlantique (à la hauteur de l’Espagne)  jusqu’aux côtes Est des Etats-Unis, l’Atlantide fut disloquée par trois cataclysmes successifs, d’abord 50.000 ans av. J.-C., puis en  – 28.000 av. J.-C. et enfin en – 9600 av. J.-C. Le premier cataclysme aurait brisé le continent en plusieurs îles, le deuxième les aurait fait disparaître, à l’exception de la grande île Poséidia, capitale de cet empire, laquelle fut engloutie lors de l’ultime cataclysme, en – 9600, aux abords de l’île de Bimini, dans l’archipel des Bahamas. Pour quelle raison ? Cayce dit que les pires ennemis de l’Atlantide étaient les Atlantes eux-mêmes et qu’ils perdirent le contrôle des outils qu’ils avaient fabriqués, notamment le « cristal » grâce auquel il captait l’énergie solaire dont ils se servaient (certains pensent que le mystère du fameux triangle des Bermudes, qui couvre l’archipel des Bahamas, serait lié à des perturbations électromagnétiques de ce « cristal », englouti quelque part dans cette zone).  Les lectures révèlent que nombre d’Atlantes surent que leur île allait disparaître (autour de 10.500 ans avant notre ère) et qu’ils émigrèrent vers d’autres terres, comme le Yucatan, le Pérou et l’Égypte. Ceux qui se rendirent en Égypte y allaient dans le but de laisser leur héritage à l’intention des hommes de notre temps, quelque 12.500 ans plus tard, à la fin de l’Âge qui viendrait après la Grande Pyramide. 

 

Bien évidemment, on peut considérer que ce ne sont que les élucubrations d’un esprit dérangé (on est plus disposé à avaler les histoires à dormir debout que nous servent les adeptes de la théorie du progrès continu). Il faut tout de même savoir qu’Edgar Cayce avait prédit en 1939-40, dans une lecture très détaillée, qu’on retrouverait des vestiges de l’Atlantide à Bimini en 1968 ou en 1969. Or en septembre 1968, des blocs de pierre alignés sur huit cents mètres, bientôt appelés « the Bimini Road », furent découverts au large de Paradise Point, à l’île de North Bimini, par le professeur Manson Valentine, passionné d’archéologie et un des pionniers de la photographie sous-marine. Mais comme toujours, il y eut des relevés géologiques contradictoires et des scientifiques pour nier l’évidence. Après une dizaine d’expéditions sous-marines commencées en 1974, plusieurs archéologues (dont William Donato et Greg Little) ainsi qu’un historien (David Zink) furent convaincus que ces pierres témoignaient d’une civilisation aujourd’hui disparue. On peut tout de même s’étonner qu’il n’y ait pas eu depuis d’expéditions scientifiques d’ampleur internationale pour confirmer ou infirmer la question de l’origine humaine des vestiges sous-marins trouvés dans les eaux des Bahamas, comme si, d’une certaine manière, on préférait laisser tout cela dormir au fond de la mer parce que c’était trop dérangeant aux yeux de la communauté  scientifique et de l’orthodoxie historique en vigueur. De même que, jusqu’à la découverte faite en 1870 par l’archéologue allemand Heinrich Schliemann, en Turquie, sur les bords du détroit des Dardanelles, on pensait que la cité de Troie n’était qu’un mythe auquel Homère avait donné vie. C’est toujours le même réflexe qui consiste à dire que ce qui ne coïncide pas avec la vision de l’Histoire qu’on a est pure divagation, comme par exemple les tablettes d’argile couvertes de signes cunéiformes qui s’entassent dans les caves du British Museum, à Londres, et qui parlent de choses extravagantes pour tout adepte de l’Histoire officielle. Il n’y a pas que les tablettes d’argile de la Haute Antiquité mésopotamienne qui narrent des choses extravagantes, des livres sacrés de l’Inde comme le Mahabharata (daté de 1500 à 200 av. J.-C., il rapporte des événements antérieurs de plusieurs milliers d’années), le Samarangana Sutradhara et le Ramayana  décrivent des machines volantes, les « vimanas »,  qui pouvaient aller aussi sous l’eau. Mais tout cela, aux yeux des historiens sérieux, n’est évidemment que « pure poésie » : cela  ne représente aucun intérêt. Le dogme a la vie dure, et s’il nous tient, c’est que nous tenons à lui.

 

7.

 

Dans une de ses lectures, Edgar Cayce parle d’une « salle des archives » enfouie quelque part en face du Grand Sphinx, et qui recèlerait toutes les archives de l’Atlantide depuis le commencement des temps. Il annonce aussi qu’avec le changement des temps à venir sur Terre l’Atlantide doit ressurgir à nouveau. Il précise même la localisation de la Salle cachée :

« Au moment où le soleil s’élève au-dessus des eaux, la ligne d’ombre — ou de lumière — tombe entre les pattes du Sphinx, qui a été mis là comme un sentinelle, comme un gardien du seuil : dans le lequel on ne pourra entrer dans les chambres qui s’y raccordent en partant de la patte droite que lorsque les temps seront accomplis et que l’on aura vu se produire de grands changements dans l’expérience de l’Homme sur la Terre. C’est (…) entre le Sphinx et le fleuve. » (Lecture 378-16)

 

Malheureusement, le passage concernant cette localisation est floue et il n’est pas aisé de faire des fouilles sous le Sphinx, d’autant plus que l’on atteint très rapidement la nappe phréatique et que dès qu’on procède à des sondages, tout est noyé. Il faut donc creuser sous la nappe phréatique, ce qui n’est pas une mince affaire. En outre, tout ce qui touche au plateau de Gizeh est sensible et susceptible de rencontrer les pires difficultés de la part de l’administration du site. La prédiction de Cayce fait aussi état de changements géophysiques à la surface du globe Terre qui devraient aller de pair avec une évolution des mentalités humaines.

 

Les lectures de Cayce font état de migrations atlantes en direction du Yucatan, qui a vu prospérer la civilisation maya. Si l’Égypte antique fut dépositaire des connaissances des Atlantes, on peut penser qu’il en est de même s’agissant des Mayas. Leur civilisation, née à la fin du IIIe millénaire avant J.-C., connut son apogée entre le VIe et le XIe siècle de notre ère, et disparut avec la conquête espagnole, au cours du XVIe siècle. Mais en réalité, l’effondrement de la civilisation maya s’est produit entre la fin du VIIIe et le début du IXe siècle, pour des raisons encore non élucidées, résultant certainement de la conjonction de plusieurs facteurs défavorables, dont des facteurs climatiques.

Les Mayas sont les inventeurs du plus remarquable système numérique qui soit au monde. Certains chercheurs estiment même qu’ils ont déterminé la longueur de l’année avec une telle précision que leur calendrier solaire est tout simplement plus juste que notre actuel calendrier grégorien, chose admirable quand on pense aux moyens primitifs (selon les tenants de la théorie du progrès continu de l’espèce humaine) dont ils disposaient pour mesurer le temps. Les Mayas avaient en fait toute une panoplie de calendriers à leur disposition, faisant tous état d’une grande précision. En plus du calendrier solaire, ils avaient un calendrier lunaire et d’autres calendriers basés sur la révolution de Mars, de Vénus, de Jupiter, et même de Saturne autour du soleil. En somme, les Mayas étaient de prodigieux astronomes qui se servaient d’un système numérique leur permettant d’utiliser les chiffres dans de multiples domaines. Si le calendrier maya remonte jusqu’au  IVe millénaire av. J.-C., les vestiges qu’ils nous ont laissés ne permettent pas de remonter à plus de 1200 av. J.-C (on estime que seulement 10% des vestiges mayas ont été mis à jour, ce qui laisse rêveur). De quelle autre civilisation les Mayas pouvaient-ils tenir leur science du ciel et des nombres, sinon de l’antique civilisation antédiluvienne, de la civilisation atlante ? À la lumière de cette hypothèse, quid de la fameuse prédiction maya pour vendredi 21 décembre 2012 [1]?

 

Et s’il n’y avait que les Mayas dont les connaissances remettent en question la vision linéaire qu’on a de l’Histoire humaine… Au Mali par  exemple, le peuple dogon, dont on connaît aujourd’hui la cosmologie très évoluée ainsi que les étonnantes connaissances mathématiques, avait une tradition faisant état de « la sombre compagne de Sirius », qu’on appelle l’Étoile du Chien et qui est la plus brillante du ciel. Or c’est une étoile qui cache dans son ombre une sœur jumelle, sa « sombre compagne », à peine visible même à l’aide d’un puissant télescope. Comment les Dogons, dépourvus de tout instrument d’observation du ciel ont-ils pu avoir cette connaissance-là ? Quand on commence à examiner les choses de plus près, on se rend compte que le monde regorge d’anomalies de ce type. Que dire par exemple de la fameuse carte de l’amiral ottoman Piri Reis, datée de 1513, qui montre une partie des côtes de l’Amérique du Sud et de la côte ouest de l’Amérique du Nord, bien avant que Christophe Colomb n’accoste les rivages du continent américain ? Que dire aussi de la carte Oronteus Finæus (ou Oronce Fine, 1494-1555, cartographe français), qui montre l’antarctique débarrassé de son inlandsis glaciaire dont elle présente un relevé exact ? Certains de ces reliefs sous-glaciaires n’ont d’ailleurs été découverts qu’en 1957-1958, lorsqu’on a établi au sonar le profil du sous-sol rocheux de ce continent gelé. Ces cartes sont la preuve que, dans une très haute antiquité, avant l’Histoire telle que nous la connaissons, il a existé une civilisation très avancée capable de procéder à de tels relevés.

 

Pour en revenir aux voyances d’Edgar Cayce, précisons que le « prophète endormi » avait prédit que la Terre basculerait sur l’axe des Pôles dans les années 1998-2000, un basculement qui devait mettre fin au cycle dans lequel nous nous trouvons et changer radicalement la distribution des climats à la surface de la Terre. Force est de constater que cela n’a pas eu lieu. Voyance n’est pas science. Pour autant, Cayce avait bien prévu la désolation absolue provoquée par une arme de destruction massive (chose alors inconcevable à l’époque) bien avant que la première bombe atomique ne soit lâchée sur Hiroshima. Or Edgar Cayce n’était pas dans le secret des dieux, on ne peut donc pas parler de coïncidence. 

 

8.   

 

La croyance dans le progrès de l’espèce humaine, qui est une récupération pure et simple de la théorie darwinienne de l’évolution des espèces, a abouti en fait à un conformisme de la pensée s’agissant de la vision de l’Histoire, un conformisme qui empêche la pensée d’évoluer, laquelle voit sa force d’inertie augmenter.

Le seul progrès continu auquel l’on assiste depuis des décennies est un progrès technique et technologique concomitants d’une forme de régression continue des qualités humaines. Comme si, à chaque invention ou avancée ingénieuse censée soulager l’être humain des tâches les plus ingrates, au lieu de voir l’être humain libéré se consacrer à des choses plus nobles, on parvenait au résultat inverse, à savoir, à un amoindrissement de l’humanité chez lui par une forme de désengagement permanent vis-à-vis de la réalité, une forme de déresponsabilisation humaine qui s’assortit d’une perte du sens des valeurs. Ce phénomène observable fait écho à l’obsession de la disparition de la réalité chez Jean Baudrillard, penseur disparu en 2007, qui voyait une similitude frappante dans l’évolution de notre société qui se développe hors de toute mesure, notamment dans le domaine de la communication et de l’information, et le processus de prolifération des métastases cancéreuses. Et la gadgetisation tous azimuts du progrès à laquelle on assiste aujourd’hui, tout particulièrement dans les technologies de la communication, n’ont de cesse d’asservir l’Homme en renforçant sa dépendance à l’égard de l’accessoire au lieu de le libérer. Au rythme où vont les choses, on aura tôt fait de vivre dans un monde où tout sera régi par la technologie, un monde dans lequel les hommes iront en pilote automatique, tels des programmes vivants dépourvus de conscience.  Rabelais nous avait déjà prévenus : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

L’un des effets pervers les plus saisissants de l’évolution de notre monde moderne, c’est de constater à quel point l’hypercommunication et la diffusion permanente de l’information qui règnent, loin de participer à répandre la connaissance, le savoir ou l’intelligence des belles choses pour le profit du plus grand nombre, font prévaloir tout autre chose : une forme d’abrutissement universel et d’obscurcissement progressif de la conscience humaine. Internet en est la meilleure illustration, qui prend la plupart des internautes dans des rets au lieu de leur servir de rampe de lancement. C’est l’homme, le problème, non pas l’instrument en soi. L’homme moderne a le génie de tirer vers le bas les plus belles inventions dans une sorte de jouissance malsaine. Le ver est dans le fruit. C’est cela, le péché originel, la nature humaine, cela et rien d’autre.

 

Ce qui frappe le plus au regard du savoir extraordinaire dont témoignent les antiques civilisations, comme la civilisation égyptienne ou encore la civilisation maya, c’est la cécité tout aussi extraordinaire que cultive notre monde moderne, qui se targue d’être au service de la science et de la recherche, une cécité ayant pour corollaire l’actuel déni d’Histoire (ou protohistoire) en vigueur. Ce déni, qui n’est rien moins qu’une forme de négationnisme, n’a d’autre but que de conforter le culte voué au Progrès et à la Haute Technologie. Mais comment l’Humanité pourrait-elle avoir des vues véritables sur l’avenir étant donné la courte vue dont elle fait preuve concernant son propre passé ? Comment peut-on espérer progresser quand on ne sait pas et qu’on ne tient pas à savoir d’où l’on vient ? Les connaissances astronomiques fabuleuses dont témoigne la civilisation maya (il faut savoir que nous n’avons pu égaler la précision des observations astronomiques mayas qu’à la fin du XIXe siècle, grâce à l’invention des télescopes) ne sont pas un point de détail dans l’Histoire du monde, pas plus que ne l’est la question de la datation et de l’édification de la pyramide de Khéops. Et que la prophétie maya annonce la fin du monde en 2012 de notre calendrier grégorien ou quelque deux siècles plus tard, en 2220, comme tendraient à le montrer les récents travaux de chercheurs au TNO (organisme néerlandais pour la recherche scientifique appliquée), cela n’a aucune espèce d’importance en soi. Cette fameuse prophétie, c’est l’arbre qui cache la forêt. Il serait bon que l’homme cède à l’appel de la forêt, qu’il s’aventure dans ce territoire inexploré au lieu de le fuir, comme s’il était peuplé de fantômes. C’est sans doute cela l’ultime aventure qui reste à l’Homme moderne, la conquête du passé, sans nul doute la plus grande exploration de tous les temps à venir,  et non pas le petit village de Bugarach, dans l’Aude, où affluent les mayanistes malades de toutes les plus folles rumeurs, convaincus qu’il s’agit là d’un lieu de refuge pour la fin supposée du monde en décembre 2012.

P.C    —  Doma, 31 décembre 2011

 

9.                    LA NUIT ATLANTE

 

« La vérité est au fond de l’abîme. »

          Démocrite

 

Juste au pied de la coupe sacrée qui abreuve

Le désert, le temple des temples étend son ombre

Colossale sur les sables pour que le nombre

Triomphe de l’oubli qui le dresse à l’épreuve.

 

La caravane du temps passe son chemin

En se détournant de sa mémoire de pierre,

De ce regard qui ne porte pas de paupière,

Et puis tombe en poussière, comme un parchemin.

 

La Terre tourne en rond ainsi qu’une toupie

Qu’un dieu désœuvré aurait lancée sur la toile

Du vide, au milieu du carrousel des étoiles

Où il dissout son noir ennui dans l’utopie.

 

Le monde, lui, se tourne et se retourne en vain

Pour échapper au mauvais rêve qui le hante,

A ce rêve enfoui au fond de la nuit atlante

Et qui remonte comme un souvenir divin.

 

La nuit du monde est insondable, mais, merveille

Des merveilles ! la lumière joue dans les griffes

De la fauve sentinelle qui tend ses griphes1

Hiératiques, car le Sphinx d’Or est là qui veille !

 

Le soleil qui rougit du sang de l’occident

S’enfonce à peine dans les eaux de l’Amenti2 ,

Comme un vaisseau en pleine gloire anéanti,

Que son naufrage annonce un heureux accident :

 

Sous un ciel de feu où brasille le Nil Bleu,

Couché au pied d’une pyramide, Anubis3

Contemple à l’horizon pourpré un vol d’ibis4

Qui le caresse comme un songe fabuleux. 

________________________________

 

  1. Enigme, du grec griphos.
  2. Dans l’Egypte Antique, royaume des morts, situé au couchant.
  3. Dieu des morts et conducteur des âmes, représenté sous la forme d’un chacal.
  4. Oiseau sacré et personnification du dieu Thot.

 

(Pierre Caumont, Lyon, fin 1992)

 

PS : poème dont l’écriture fut motivée il y a quelque vingt années par  la lecture des voyances d’Edgar Cayce.  

 


[1] Les Mayas se servaient de quelque 17 systèmes calendaires différents, chacun répondant à une fonction spécifique. Les principaux calendriers étaient le tzolkin, un calendrier rituel et sacré rituel de 260 jours (soit 9 mois, durée de la gestation humaine) et le haab, un calendrier solaire de 365 jours, d’une grande précision, et dont on se servait dans la vie quotidienne. Mais ces calendriers ne s’inscrivaient pas dans l’Histoire, comme notre calendrier grégorien. Pour se situer dans le temps, les Mayas disposaient d’un autre système, le « Compte Long », qui partait d’un supposé point d’origine dans le temps, de même que nous faisons commencer notre civilisation à la naissance du Christ, date supposée à partir de laquelle commence notre compte du temps. Le « compte long » des Mayas couvre 13 baktun, un baktun correspondant à un cycle de 144.000 jours (soit 394 ans), ce qui couvre au total une période de 5122 ans. Selon la corrélation dite « GMT » (du nom de ses inventeurs, John Goodman, Juan Martinez et Sir John Eric Thompson), le cycle des 13 baktun aurait débuté le 11 août 3114 avant notre ère et s’achèverait le 21 décembre 2012. Cette thèse (largement répandue par José Argüelles, un mayaniste américain convaincu, mort en mars 2011 et promoteur de la fameuse « Convergence harmonique », qui se tint les 16 et 17 août 1987 en différents points de la planète et dont l’objectif était de rassembler 144.000 personnes pour provoquer un changement de conscience planétaire et sauver le monde de la destruction) est en fait le résultat de la découverte dans les années 1950 (par l’archéologue britannique Sir John Eric Thompson) d’une inscription brève et lacunaire trouvée sur un monument maya, à Tortuguero, au Mexique. Le texte dit que « le treizième baktun se terminera un jour de 4 ahau 3 kankin. » Il dit encore que « il se produira une  “vue”, la représentation de Bolon Yokte dans une grande “cérémonie d’investiture”. » (NB : Bolon-Yokte est une divinité chtonienne, liée à la guerre et aussi à la Création).  

 

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