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Billet de blog 15 juin 2012

Le nocher des enfers et le naufrage annoncé de la barque UMP

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Nadine Morano, venue battre campagne dans sa circonscription de Meurthe-et-Moselle en vue du second tour des élections législatives, vient de se faire piéger au téléphone par Gérald Dahan, célèbre pour ses canulars téléphoniques avec des personnalités du monde médiatique ou politique.

À l’imitateur, qui  s’était fait passer pour Louis Aliot, le numéro 2 du Front National, Nadine Morano a vanté les qualités de Marine Le Pen et déclaré qu’elle ne voulait pas que cela devienne chez elle « le Liban » avec le vote des étrangers. Après la révélation du canular, la députée UMP a eu beau jeu de dénoncer sur les ondes de France-Info la manipulation politique dont elle s’estime être victime en déclarant que son propos avait été détourné par l’imitateur (dont elle a souligné d’ailleurs qu’il avait soutenu la campagne de François Hollande, preuve selon elle que les socialistes étaient complices), qu’il avait été monté, tronqué et coupé, et qu’elle entendait bien donner des suites judiciaires à cette affaire, il n’en demeure pas moi que, elle qui, il y a peu, déclarait qu’elle n’avait nulle intention de s’adresser aux cadres du FN mais seulement à ses électeurs, ne parviendra pas à faire oublier qu’elle n’a pas coupé court à l’appel téléphonique dont elle pensait que l’auteur était le vice-président du FN.

Preuve, s’il en fallait, que la ligne de démarcation entre le FN et l’UMP est bel et bien poreuse et que nombre de députés UMP ont d’ores et déjà cédé aux sirènes du FN, depuis le coup de barre à droite opéré par l’ex-nautonier de l’UMP,NicolasSarkozy, à l’initiative du pilote de l’ombre Patrick Buisson, expert dans l’art de naviguer dans les eaux troubles, de louvoyer à la faveur des brumes et de se fondre dans les clairs-obscurs crépusculaires.

Le canular opéré de voix de maître par Gérald Dahan n’est pas anodin, car, au-delà de la tartufferie sans nom de Nadine Morano, dont on mesure le manque de droiture politique, sinon le manque total de scrupules pour vendre ainsi son âme au diable, il révèle surtout un état d’esprit dans le sillage de l’action que l’ex-président de la République a menée au cours de sa mandature. Et de fait, après le passage de la tempête Sarkozy, qui a soufflé cinq années durant à travers le pays, force est de constater les nombreuses brèches ouvertes dans les digues dressées entre le FN et la droite républicaine. La droite est devenue à ce point vulnérable que Jean-François Copé, secrétaire de l’UMP, ayant perdu tout sens moral de l’action politique, en est venu à prôner la règle du « ni-ni » s’agissant des triangulaires entre PS, l’UMP et le FN, survenues à l’occasion des législatives, ravalant au même rang PS et FN, dans la plus parfaite confusion des genres et des valeurs. Le secrétaire du radeau de la Méduse UMP a la mémoire bien courte pour avoir  oublié qu’en 2002, lors des élections présidentielles qui avaient vu Jean-Marie Le Pen au second tour opposé à Jacques Chirac, tout le peuple de gauche avait voté comme un seul homme pour Jacques Chirac dans le but de barrer la route à Jean-Marie Le Pen. Mais voilà, si le peuple de gauche est républicain, on est en droit de se demander s’il en est de même du peuple de droite, à tout le moins, de ses dirigeants. 

Il n’est pas du tout certain qu’il faille se réjouir du naufrage de la barque UMP, car quid des électeurs de droite jetés à la mer dans la tempête ? Il est à craindre que l’embarcation opportuniste de Marine Le Pen ne tire parti de l’aubaine en se lançant dans le sauvetage tous azimuts des électeurs de droite en perdition une fois le grain passé. Même si un tiers des Français (selon un sondage récent organisé par le quotidien Le Monde) ont fini par penser que le FN est un parti comme les autres, ce n’est pas le cas. Le FN n’est pas un parti républicain. C’est un réel poison politique qui ne doit son existence qu’à la tolérance de la vie démocratique telle qu’elle est organisée en France. La République française a des défenses immunitaires encore suffisamment fortes pour lutter contre la présence toxique du FN dans son sang,  mais que ce poison vienne à se répandre en plus grande quantité à travers la société française, qu’il  vienne à renforcer son pouvoir de nuisance et c’en serait fini de la République française telle qu’on la connaît. L’Histoire l’a montré de nombreuses fois, nulle société n’est à l’abri du péril des extrêmes. C’est la raison pour laquelle il n’est pas souhaitable que la barque UMP sombre complètement et que les naufragés de droite viennent s’échouer sur les rivages du FN, car si l’on veut que la République fonctionne correctement, il faut que l’opposition joue pleinement son rôle, c’est d’ailleurs ce qui assure l’équilibre du pays.  

Quant au devenir de l’ex-nocher en chef de l’UMP, responsable de la perdition de la barque politique qu’il conduisait, lui dont l’immunité présidentielle expire aujourd’hui même, vendredi 15 juin 2012, à minuit, il y a fort à parier qu’il ne se fasse rattraper sous peu par la Justice sur plusieurs fronts, celui de l’affaire Bettencourt d’abord, celui de l’affaire Karachi ensuite, avant qu’un autre front ne soit ouvert, celui de l’affaire Kadhafi ( ce qui pourrait être facilité par la mise en examen des responsables de la société Amesys, basée à Aix-en-Provence, qui a vendu à Kadhafi un système pour espionner les opposants libyens sur internet, chose qui n’a pu se faire qu’avec l’aval de l’Elysée). Car plus le temps passe et plus l’attente du désert des Tartares selon Buzzati se raccourcit, comme si la Justice s’employait à rattraper le temps perdu.

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