La fuite sans fin

Mardi 14 mars, devant la fédération nationale des chasseurs, François Fillon a déclaré être heureux de s’adresser à « de vrais chasseurs » dans une campagne où « les balles volent bas », laissant entendre qu’ailleurs il y avait de mauvais chasseurs qui ne savaient pas tirer.

En somme, François Fillon invite sans le dire les juges d’instruction qui le pistent à suivre une formation au tir pour ne pas tirer à côté comme ils le font jusqu’alors. À cette occasion, François Fillon a d’ailleurs qualifié Gérard Larcher, le Sénateur LR,  de « fine gâchette » qu’il ne juge pas coupable « de crime contre la biodiversité ». Gérard Larcher, qui s’est finalement résolu à ne lâcher la flèche Fillon, faute d’une autre solution. Les barons LR, François Baroin en tête, ont fait le choix de couler avec le capitaine Fillon plutôt que de quitter le navire en perdition.  Depuis la déclaration des balles perdues en présence de ses amis chasseurs, François Fillon, de passage dans le Vaucluse, s’est posé en « combattant balafré » qui n’a « pas appris la vie que dans les livres ». Le discours évolue, la rhétorique se peaufine. De gibier chassé par des magistrats à la gâchette maladroite, François Fillon est devenu maintenant un hors-la-loi droit dans ses bottes, sans peur ni reproche, un  Scarface  injustement poursuivi pour la justesse de ses idées. Pale rider, c’est lui, le justicier de la plaine, qui vient panser ses plaies auprès du peuple compatissant à qui il conte ses tribulations, les vicissitudes de la chevauchée politique en terrain découvert. Mais ne croyez pas ce qu’on vous dit, bonne gens, n’écoutez pas les sondages, ne lisez pas la presse, n’écoutez pas la radio, tout est mensonge. François Fillon est victime d’une chasse à l’homme inique comme on n’en voit plus depuis l’époque héroïque du Far West. Oui, François Fillon est le Revenant, comme le trappeur Hugh Glass, en 1823, qui survécut à une attaque de grizzly et qui, laissé pour mort, revint par ses propres moyens pour se venger. François Fillon est un héros qu’on veut faire taire, parce qu’on tue toujours celui qui dit la vérité. Ah ! Pauvre France ! Pays de planqués où abondent les tireurs à la gâchette maladroite, à la gâchette gauche en ces temps où l’on barre mollement à gauche. Pauvre France ! Pays non plus de cocagne mais au cocard ostentatoire, à l’œil au beurre bien noir dont on placarde les campagnes de « Wanted, François Fillon, dead or alive. » La récompense n’est pas fixée, elle est laissée au pouvoir discrétionnaire des juges d’instruction chasseurs de prime. Pauvre France, livrée en pâture aux juges, pauvre France en proie aux chasseurs de scoop, qui viennent renifler autour des poubelles, « la France n’est plus la France », comme l’a proclamé Trump, le ténor de l’Occident, avec cette voix de stentor à nulle autre pareille dans le concert des nations étourdies, oui, la France est la risée du monde civilisé, si l’on en croit l’outlaw Fillon, ce héros, ce glorieux personnage de roman-feuilleton. Mais comme l’a déclaré notre héros national, qui a toujours une formule prête à l’emploi à portée de main dans sa gibecière, « ce qui ne tue pas rend plus fort ».  La suite, au prochain épisode. 

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