Odieux

Que d’horreurs l’être humain n’accomplit-il pas au nom d’un Dieu bien susceptible, il faut croire, irascible et vengeur, loin, bien loin  du dieu miséricordieux comme en parle le Coran, et beaucoup plus près d’une divinité infernale antique, comme le Moloch des Cananéens.

Tous ceux qui proclament sans vergogne Allahu akbar, « Allah est le plus grand », en perpétrant des meurtres effroyables au nom de leur religion ne font que rapetisser l’idée même du divin par leurs actes odieux pour faire de leur dieu un dieu de paille, comme il existe des hommes de paille.

 Un enseignant d’histoire a été décapité devant le collège où il enseignait, à Conflans-Sainte-Honorine,  par un Tchétchène âgé de 18 ans, venu expressément d’Évreux pour le châtier d’avoir montré des caricatures de Mahomet dans le cadre d’un cours d’instruction civique  sur le sujet de la liberté d’expression. Autant dire que par ce geste effroyable, c’est l’esprit même  de la République qui directement attaqué. Un acte barbare qui plonge le milieu enseignant dans un état de sidération et qui risque de provoquer une autocensure plus forte encore parmi les enseignants s’agissant de la défense de la liberté d’expression et de son illustration dans le cadre de l’instruction civique.

Le comble, c’est que l’enseignant, quand il a montré les caricatures de Mahomet, par prévenance, aurait invité les élèves musulmans de sa classe qui le souhaitaient à sortir pour justement ne pas heurter leur sensibilité. Un geste maladroit qui se serait retourné contre lui dans la mesure où cela a pu être perçu par les élèves musulmans comme une forme de discrimination à leur égard.

Il semblerait qu’un parent d’élève, outragé par le sacrilège de l’enseignant qui s’est seulement appliqué à illustrer le principe de la liberté d’expression dans le cadre d’un cours d’instruction civique, aurait lancé un appel à la vindicte contre le blasphémateur républicain sur les réseaux sociaux, un appel qui aurait été relayé par une mosquée.

On peut quand même s’interroger sur la raison pour laquelle cet enseignant, qui fut l’objet de menaces de mort sur les réseaux sociaux suite à cet appel, n’a pas été protégé par l’État. Il faut souhaiter que tous les individus à l’origine de cette incitation à la haine contre cet enseignant ou ayant proféré des menaces de mort à son encontre sur les réseaux sociaux seront identifiés et punis avec sévérité, car cette situation est tout intolérable au pays des Lumières. 

Ce qui est terrible, c’est que par sa nature même, par la liberté qu’elle protège, la démocratie donne des armes à ses ennemis qui s’évertuent à lui nuire pour tenter d’instaurer un ordre fondé sur la négation du principe même de la liberté de pensée. Ainsi, les réseaux sociaux, la courroie de transmission de la désinformation de masse, tirent parti de la liberté d’expression que la République française permet pour porter atteinte à cette liberté-là en véhiculant des appels à la vindicte comme l’a fait ce parent d’élève à l’encontre de cet enseignant, une incitation  à la haine ayant abouti à un meurtre odieux perpétré par un individu d’origine tchétchène qui a employé les méthodes abominables des bourreaux de Daech, une méthode destinée à répandre la terreur. Il faut espérer que ce parent d’élève sera poursuivi par la justice pour ce qu’il a fait.

Après l’attaque au hachoir survenue il y a quelque temps en bas de anciens locaux de Charlie Hebdo par un Pakistanais âgé de 25 ans ayant menti sur son âge et sur son identité, et qui se réclamait de la secte Barelvi,  une secte pakistanaise très remontée contre la diffusion en France des caricatures de Mahomet, voilà que l’obscurantisme criminel islamiste revient sous les feux de la rampe de l’actualité.

Si « la foi est un défi à dieu d’exister », comme dit Jean Baudrillard, la folie religieuse, elle, donne corps au diable. Dieu, le divin alibi, qui justifie tout et son contraire, dans les affaires humaines, est surtout l’occasion de faire sortir le diable de sa boîte. 

 

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