L’entreprise de destruction du vivant par la pratique d'élevages de concentration

Une nouvelle vidéo de L 214 sur un élevage de lapins dans les Deux-Sèvres révèle les conditions de vie déplorables des petits locataires de cet espace concentrationnaire voués à la mort.

Cette vidéo est une nouvelle fois la preuve, s’il en était besoin, de l’inhumanité foncière de l’être (prétendu) humain qui traite les animaux qu’il élève et tue industriellement pour répondre aux besoins alimentaires de la population humaine comme s’il s’agissait d’objets auxquels il dénie toute sensibilité. Ce qui est terrible, c’est de prendre conscience que tout notre système alimentaire repose sur les agissements de bourreaux dépourvus de conscience. Il s’agit là de pratiques concentrationnaires nazies appliquées aux animaux, d’une  solution finale  animale  mise en place par une industrie agro-alimentaire dont les méthodes n’ont rien à envier aux maîtres d’Auschwitz de jadis, hélas. La seule différence, c’est que ces méthodes concernent des animaux et non des êtres humains, les Juifs surtout, considérés comme des êtres inférieurs, des nuisibles devant être éliminés pour purger l’humanité de leur présence selon le point de vue des criminels aryens.  Mais le principe demeure le même : de même que les Nazis dépouillaient les Juifs de leur humanité qu’ils éliminaient dans les camps d’extermination comme dans celui d’Auschwitz, ainsi les bourreaux qui élèvent des animaux en les rabaissant au niveau de déchets les dépouillent de leur qualité d’êtres sensibles pour les traiter comme des choses, des biens de consommation. Les Nazis, eux, parlaient des Juifs qu’ils éliminaient comme d’ « unités ». Comme si, en dépit de leur destruction, il s’agissait de produits. Comme s’ils produisaient de la destruction. Les responsables de  ce type d’élevage concentrationnaire ont gardé cet esprit-là : ils produisent de la destruction du vivant, et parce qu’il s’agit de destruction, ils n’ont cure des conditions de vie des « unités » promises à la mort. C’est une entreprise de destruction du vivant par une politique concentrationnaire.    

Cette industrie agroalimentaire de la mort a des ramifications profondes à travers la société civile, même si celle-ci refuse de le voir. On pourrait parler d’une « cascade trophique » vicieuse avec des répercussions psychiques sensibles sur les êtres humains dans leur rapport au vivant. Ainsi cette désinvolture scandaleuse que l’on observe à chaque migration estivale en France s’agissant d’abandon d’animaux de compagnie au bord d’une route pour partir « plus léger ». Une légèreté criminelle à l’égard des animaux dont on dispose comme de kleenex. On prend, on jette. Des animaux abandonnés qui finissent dans des refuges de la SPA, dans le meilleur des cas. D’aucuns peuvent considérer l’abandon d’un animal au moment de partir en vacances comme un problème mineur. Un problème mineur seulement aux yeux de ceux pour qui les animaux sont quantité négligeable et le symptôme révélateur de notre société de consommation, qui considère la présence vivante d’un animal doué de sensibilité et pourvu d’une personnalité propre comme un bien de consommation comme un autre dont il est loisible de se débarrasser à sa guise dès lors qu’elle est jugée encombrante.

L’association L 214 n’a de cesse de dessiller les yeux de notre société sur ses pratiques abominables à l’égard des animaux, et pourtant, malgré ses révélations successives, le scandale de la maltraitance animale perdure en France. Le propriétaire de cet élevage concentrationnaire infâme n’a rien trouvé de mieux comme réponse à la dénonciation de L 214 que de porter plainte contre l’association pour « intrusion ». Il conviendrait que le responsable de cette abomination soit traîné en justice. Sans doute faudrait-il qu’un Tribunal de Nuremberg de la cause animale soit mis en place pour condamner tous ces pratiques criminelles à l’égard des animaux et juger tous ceux qui poursuivent aveuglément leur entreprise de destruction du vivant dans le secret des abattoirs et des élevages de concentration

Il est vrai que la seule réponse radicale à tous ces agissements consisterait à renoncer définitivement à la consommation carnée, seule manière de mettre à bas cette agro-industrie de la mort. Et j’énonce cela sans avoir aucun affinité particulière à l’égard des véganes que je serais plutôt enclin à regarder comme des intégristes dans leur rapport au vivant, d’autant plus que je suis carnivore, autant par nature que par culture. Mais renoncer à la consommation de viande ne serait pas non plus sans conséquences sur le monde rural, et, partant, sur la société tout entière. Renoncer à la consommation de viande, à terme, aurait pour conséquence de vider les campagnes d’une grande partie des troupeaux d’animaux qui donnent une âme à tous ces pâturages, à tous ces paysages, il faut bien en avoir conscience. Et aussi de priver d’existence tous ces animaux domestiques voués, certes, à la mort, mais qui néanmoins ont pu jouir de la vie avant d’être tués pour nourrir les êtres humains.

On peut se nourrir de viande sans pour autant mépriser l’animal dont on tire subsistance, on peut même s’en nourrir en lui sachant gré de son sacrifice comme le faisaient jadis les Amérindiens à l’égard de leur prise, on peut se nourrir de l’animal en dénonçant l’entreprise de destruction du vivant dont l’homme se rend coupable.

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