Pierre Caumont
autre
Abonné·e de Mediapart

256 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 oct. 2018

Un café sang pour sang arabica nommé gésir

Pierre Caumont
autre
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La version servie par les autorités saoudiennes sur les circonstances de la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi survenue dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul, après plus de deux semaines de dénégation de Riyad, est à peu près aussi crédible que celle des deux agents des services secrets russes soupçonnés d’avoir empoisonné au Novichok l’ex-agent double Sergei Srkipal réfugié en Angleterre, à Salisbury, et qui ont déclaré sans sourciller sur une chaîne de télévision russe s’être rendus à Salisbury pour visiter la cathédrale, à quoi les Britanniques ont répondu que pareille allégation était une insulte faite à leur intelligence. Ainsi, si l’on en croit la version officielle des Saoudiens, la mort du journaliste saoudien réfugié aux États-Unis depuis septembre 2017 serait accidentelle : elle serait la conséquence d’une rixe inopinée survenue entre lui et les membres des services secrets saoudiens arrivés en nombre la veille au consulat, une rixe qui aurait dégénéré. On a un peu de mal à imaginer une rixe libre entre un homme seul opposé à plus d’une dizaine d’hommes venus du royaume wahhabite expressément pour lui. Il n’y a que le président Trump pour trouver crédible cette version parce que ça l’arrange et que les affaires doivent continuer. Business must go on…

Le plus grotesque dans cette terrible affaire, c’est encore qu’elle ait été révélée par le pouvoir turc, ennemi féroce des journalistes et de la liberté de la presse, ce pouvoir qui s’est complu à distiller savamment la trame de la tragédie dont fut victime le journaliste saoudien, une tragédie dont il n’ignorait rien, le consulat saoudien ayant été placé sur écoutes, comme pour entretenir le suspens avec un art consommé d’auteur de polar.

L’Arabie saoudite n’a pas seulement un sous-sol riche en or noir mais aussi et surtout un régime riche en horreur. Si en creusant le désert on fait jaillir le pétrole, en creusant dans les sphères du pouvoir saoudien on fait vite rejaillir la monstruosité noire et visqueuse d’une tyrannie religieuse brute dont le prince héritier Mohammed ben Salmane est le digne exploitant, n’en déplaise à l’Occident, qui a voulu croire opportunément à ses velléités de réforme, cette poudre aux yeux, comme la liberté théorique accordée aux femmes du royaume  de pouvoir conduire, une liberté nécessitant toutefois l’autorisation du mari, du père ou du fils, c’est-à-dire, une liberté soumise au bon vouloir du mâle. Le wahhabisme barbare dont Daech est l’avatar abominable est la face noire de l’Arabie saoudite dont la face dorée édifiée sur l’exploitation de l’or noir est une illusion,  un mirage du désert. Car la face dorée et la face noire ne font qu’une. L’Arabie wahhabite est noire, âpre comme un café tellement serré qu’il prend à la gorge : un café au goût de pétrole. Un café nommé gésir.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin
Journal
Franquisme : des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par « Le Figaro »
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Amérique Latine
Au Chili, la menace d’un refus plane sur la nouvelle Constitution
Face aux crispations sur certains points de la nouvelle Constitution, le gouvernement chilien prévoit déjà des réformes au texte en cas d’adoption par référendum le 4 septembre. Une position défensive qui témoigne de l’étroitesse du chemin vers la victoire du « oui ». 
par Mathieu Dejean
Journal — Amériques
Le jeu dangereux du Parti des travailleurs avec les militaires
Créé par Lula en pleine dictature, le PT, une fois au pouvoir, a malgré tout entretenu des relations cordiales avec l’armée brésilienne. Puis des tensions sont apparues, jusqu’à faire revenir officiers et généraux dans l’arène politique, en faveur de Jair Bolsonaro.
par Jean-Mathieu Albertini

La sélection du Club

Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·e·s, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis