Hollow man

Jean-Luc Mélenchon a réitéré sa démultiplication sur scène mardi 18 avril depuis Dijon, où son hologramme fut diffusé à Clermont-Ferrand, Grenoble, Montpellier, Nantes, Nancy et sur l’île de la Réunion.

 Ce qui fait un total de sept Jean-Luc Mélenchon pour une seule présence en chair en et os depuis la ville associé à la fabrication de la moutarde. Sept, le chiffre divin, de même qu’il a fallu 7 jours à YHWH pour faire le monde. Jean-Luc Mélenchon voudrait-il refaire le monde ?  

S’il est indéniable que Jean-Luc Mélenchon manifeste des qualités de tribun hors pair pour haranguer la foule, ce que reconnaît même Jean-Marie Le Pen, c’est dire, il n’est pas certain que l’inclination pour l’ubiquité high-tech du candidat de la France dite insoumise apporte quoi que ce soit dans le débat démocratique de cette campagne plutôt basse en termes vibratoires. On pourrait même penser que ce penchant pour cette technique de diffusion est à l’image d’un projet pour la France qui est une illusion, notamment au sujet de l’Europe que Jean-Luc Mélenchon conçoit comme un fléau alors qu’elle constitue  la matrice dont sont issus nombre de projets novateurs où la France est impliquée.  C’est curieux de voir à quel point Jean-Luc Mélenchon, souvent hostile aux médias traditionnels dans le passé, évolue aisément sur la Toile, via Youtube, Twitter ou encore Facebook, où il organise sa campagne numérique.  Cet ancien apparatchik du parti socialiste converti au mouvementisme et au populisme de gauche théorisé par la philosophe belge Chantal Mouffe (résolument opposé à la démocratie libérale) tient du caméléon, avec sa technique de camouflage éprouvée, ses raideurs hypnotiques et son pas cadencé comme passé au crible d’un stroboscope, une stratégie qui lui permet de se mouvoir sans attirer l’attention jusqu’au lancement fulgurant de son organe lingual projeté comme un carreau d’arbalète sur la proie convoitée qu’il engloutit d'un trait. 

Oui, à l’inverse de Hollow man, l’homme invisible de Paul Verhoeven, parce qu’il accroît sa visibilité tout en se fondant dans le paysage politique, Jean-Luc Mélenchon déploie avec maestria ses hologrammes sur le territoire français et même ultramarin pour fasciner le peuple de France. La fascination a partie liée avec le fascisme. En français, fasciner vient de faisceau d’où vient le mot fascisme (dont l’emblème comprend un faisceau de licteur).  Les grands-messes politiques où sont déployées des stratégies fascinantes pour hypnotiser l’auditoire renvoient à ces grands-messes nazies de Nuremberg où la pompe national-socialiste avait atteint son apogée dans la mise en scène pour porter à un degré d’incandescence inégalé la ferveur de la masse humaine électrisée. Plus le spectacle politique a d’effet sur ceux qui y assistent, plus le sens de ce spectacle pose question, même si, comme un politologue le déclarait récemment sur l’émission 28 minutes diffusé par la chaîne Arte, il y a un  phénomène campagne  qui gagne les candidats au cours de cette échéance démocratique majeure et qui fait qu’ils cherchent à se dépasser, à se transcender, portés par cette marée montante citoyenne grisante, ce mouvement pendulaire de la démocratie qui rythme la vie de notre pays. 

 

 

 

  

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