L'enfer de Vincent Lambert

Ultime coup de théâtre dans l’affaire de Vincent Lambert, dans l’enfer de cet être humain dépossédé de sa vie et pris en otage par ses parents, de fervents catholiques issus du courant traditionaliste :

  la cour d’appel de Paris, saisie par les parents de cette personne devenue tétraplégique et maintenue dans un état de vie végétatif depuis son accident de la circulation survenu en 2008, a ordonné lundi 20 mai que le CHU de Reims où Vincent Lambert avait été débranché hier matin le rebranche en attendant que le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH) — un comité de l’ONU saisi par les parents de Vincent Lambert —, examine le dossier. L’arrêt du Conseil d’État et la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) se voient ainsi suspendus. Jean Paillot, l’avocat des parents Lambert, a parlé d’une « remontada » au micro de BFMTV, comme s’il s’agissait d’un match de football. Me Francis Fossier, l’avocat de l’épouse de Vincent Lambert, a déposé plainte contre les parents de Vincent Lambert qui ont mis en ligne, lundi 20 mai, sur le site du journal Valeurs actuelles sociaux, une vidéo prise de leur fils dans sa chambre d’hôpital pour faire-valoir la cause qu’ils défendent, des images prises à l’insu de l’épouse de Vincent Lambert, qui est aussi  sa tutrice légale. L’avocat dénonce des  « agissements inqualifiables ».

Interrogée sur la question sur France-Info lundi 20 mai, Marine Le Pen a déclaré que l’arrêt des traitements de Vincent Lambert, en état végétatif depuis dix ans, ne correspondait pas selon elle pas à l’esprit de la loi Leonetti sur la fin de vie. La présidente du Rassemblement national s’oppose donc à l’arrêt du maintien en vie végétative de Vincent Lambert. Ce qui n’est pas étonnant en soi : l’extrême droite et le catholicisme ont toujours fait bon ménage.

Eric Kariger, qui fut le médecin de Vincent Lambert au CHU de Reims, fut le premier à décider d’arrêter les soins du patient. Menacé de mort, il avait dû quitter son poste en 2013. « Savoir laisser partir, c’est bien plus difficile que de maintenir en vie. C’est tellement facile de maintenir la vie », explique-t-il.  

Saisie une nouvelle fois par les parents de Vincent Lambert, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui les avait déboutés le 30 avril 2019, a de nouveau rejeté lundi 20 mai leur demande faute d’ « élément nouveau ». Les parents avaient alors dénoncé une « folie ». Pour l’ancien médecin de Vincent Lambert, qui se dit aussi chrétien, il s’agissait pourtant de la plus sage des décisions. « La première chose qui nous anime, ce sont nos émotions, ensuite ce sont nos opinions », dit-il.

Mais de toute évidence, les parents de Vincent Lambert n’ont cure du sens de la vie et du bien-être réels de leur fils réduit à une vie végétative, leur fils réduit à une cause pour eux, une cause qu’ils entendent défendre bec et ongle envers et contre tout, leur fils qu’ils s’obstinent à maintenir en vie artificiellement et dont ils s’acharnent à vouloir prolonger l’état  de vie végétatif en dépit du bon sens.  Car qu’est-ce qui constitue une vie humaine sinon la faculté du libre arbitre, un libre arbitre dont Vincent Lambert est dépossédé de facto par un système sanitaire qui le réifie, un système exploité par ses parents dont il est devenu le jouet, un instrument au service de leur convictions religieuses. La foi, qui justifie toute les folies de l’Homme.

C’est comme si la réalité humaine de Vincent Lambert s’était effacée aux yeux de ses parents Lambert pour ne plus devenir plus qu’un terrain idéologique, un théâtre d’opérations où les opinions, les valeurs et les convictions se livrent bataille.  La foi des parents de Vincent Lambert est devenu une folie qui leur fait perdre de vue le fait que leur fils n’est plus qu’un corps que son esprit a déserté depuis une décennie déjà, qu’il n’est plus qu’un amas de matière organique dépourvue de conscience  — un corps par conséquent dépourvu d’âme —, que l’on maintient en vie par une assistance technique, une assistance qui porte bien mal son nom puisque que loin de venir en aide à cette personne morte à son humanité, par son insistance pathologique à le maintenir en vie, elle la ravale au rang de chose. Vincent Lambert n’a plus de vie propre, il n’est plus que la chose de ses parents, la cause idéologique de ses parents religieux. Ses géniteurs qui s’obstinent à ne pas lâcher prise, à tenir pour une proie la vie de leur fils vide de sens, ce fils dont la vie (ce semblant de vie) ne tient qu’à un fil, celui de l’assistance technique. Des parents comme des marionnettistes qui tirent les ficelles de leur pauvre fils forcé malgré lui (à son insu car il est hautement vraisemblable qu’il n’en a pas même conscience) à poursuivre cette pathétique pantomime de la vie pour leur bon plaisir.

Vincent Lambert, pauvre hère entre les serres de ses parents, devenu un enjeu de valeurs sociétales sur la question de la fin de vie et du libre droit à disposer de son corps et à faire le choix de la mort quand la vie est à l’agonie. Vincent Lambert devenu la proie de  ses propres parents parce que l’on n’a pas le droit, selon ces fervent catholiques, de disposer librement de sa vie, qui est un don de Dieu, quitte à ce que cette vie soit un enfer, comme c’est le cas de leur fils, dont le bien-être est sacrifié sur l’autel de leur valeurs chrétiennes.

L’enfer de Vincent Lambert, pavé par la ferveur de ses parents très chrétiens. Vincent Lambert, l’enfant sacrifié au Moloch médical. 

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