Nos ancêtres les Gaulois...

« À partir du moment où l’on devient Français, nos ancêtres sont les Gaulois », déclara lundi 19 septembre 2016 Nicolas Sarkozy lors d’un meeting de sa campagne pour la primaire à droite, à Franconville, dans le Val-d’Oise. Les habitants de Franconville s’appellent des Franconvillois, mais ceux qui acclamèrent l’affirmation de l’ancien président sont franchement cons…ternants.

« À partir du moment où l’on devient Français, nos ancêtres sont les Gaulois », déclara lundi 19 septembre 2016 Nicolas Sarkozy lors d’un meeting de sa campagne pour la primaire à droite, à Franconville, dans le Val-d’Oise. Les habitants de Franconville s’appellent des Franconvillois, mais ceux qui acclamèrent l’affirmation de l’ancien président sont franchement cons…ternants.

Comme l’a rappelé opportunément Alain Juppé, parler d’assimilation (comme le fait Nicolas Sarkozy), c’est dire qu’on doit être tous pareils et refuser de reconnaître la multiplicité des origines qui fonde la diversité de la France. Assimiler, du latin similis, c’est rendre semblable, littéralement. Parler d’assimilation au lieu d’intégration, c’est pousser d’un cran plus à droite le curseur du discours politique pour séduire l’électorat d’extrême droite, et rendre moins digeste encore la marinade idéologique dans laquelle baigne le parti des Républicains dont l’aile droite dure cède aux sirènes lepénistes.  

C’est sûr, il vaut mieux entendre parler d’identité heureuse de la part d’Alain Juppé, qui prend le contre-pied de L’identité malheureuse d’Alain Finlkielkraut, essai paru en 2013, une formule  heureuse  que n’aurait pas reniée le philosophe Alain connu pour ses Propos sur le bonheur (publiés en 1923), que le discours identitaire martelé par Nicolas Sarkozy, un discours très orienté qui mine dangereusement le débat d’idées dans ce pays et qui n’est pas sans faire écho à la création du Ministère de l’Identité nationale, en 2007, sous l’impulsion de Patrick Buisson, éminence grise aux contours bruns, une création au relent vichyste qui sera finalement supprimée en 2010. L’identité heureuse est un slogan de campagne, certes, comme La force tranquille en d’autres temps, dans le sillage de la campagne mitterrandienne en 1981, une formule olympienne que Nicolas Sarkozy copia maladroitement avec sa France forte de 2012, mais c’est un slogan politique résolument positif à une époque bien sinistre, un slogan élégant qui fait le pari du bien vivre ensemble malgré l’existence de problèmes bien réels, n’en déplaise à François Baroin, ancien protégé de Jacques Chirac, qui juge la formule creuse et simpliste. C’est beau de mettre en avant l’idée du bonheur collectif comme le fait Alain Juppé plutôt que de jouer sur les peurs comme le fait désormais Nicolas Sarkozy, ce qui a toujours été la stratégie du Front National. Non, être français, ce n’est pas avoir en commun les mêmes ancêtres, qu’ils soient celtes, romains, francs, vikings, wisigoths ou autres, être français, c’est d’abord participer à un projet commun, partager une certaine idée de la France, un pays pétri d’humanisme aux multiples racines qui fit rayonner les Lumières et vit l’émergence des droits de l’Homme, c’est cela être français, c’est prendre pied dans l’universalité, non pas se retourner sur un passé tronqué et se réclamer d’un peuple prétendument originel, les Gaulois. Faire valoir le passé celte de la France indépendamment des autres peuples qui ont contribué à l’histoire de ce territoire depuis des milliers d’années relève d’une  vision contraire à la vérité historique, cela en dit long sur le daltonisme dont souffre son auteur qui procède à une sorte de révisionnisme en dissociant artificiellement les éléments constitutifs d’un tout alors que le destin de la France est le résultat d’innombrables greffes successives et d’un métissage infini entre des hommes venus d’horizons multiples. La pureté, toujours, est dangereuse, qu’elle soit raciale, idéologique ou historique. La pureté n’existe pas dans le règne vivant, le vivant étant le produit d’un mélange. Le vivant est par essence impur. La pureté penche du côté de la dégénérescence (comme le montrent les effets de la consanguinité) et de la mort, car cela s’inscrit contre la logique du vivant. La pureté est l’éternel prétexte auquel ont toujours eu recours les dictatures pour se débarrasser des impuretés avec le résultat qu’on connaît (la Solution finale était une manière  pour les Nazis de préserver la race aryenne de toutes impuretés).

 

Nicolas Sarkozy, en se réclamant d’une vision historique tronquée et orientée, se fait en vérité l’avocat d’une forme de pureté idéologique qui ne dit pas son nom, lui, dont le père est hongrois et le grand-père grec. Un comble ! Faut-il y voir un simple calcul politique à courte vue ou plus que cela, le symptôme d’une dérive résolue vers les extrêmes ?

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