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Billet de blog 21 oct. 2019

Les fous du foulard

Il y a en France des citoyens qui, sous couvert de laïcité, considèrent que le port du foulard par les femmes croyantes et pratiquantes de confession musulmane est la marque d’une discrimination intolérable à l’égard de la femme dès lors que le musulman croyant et pratiquant n’en porte pas.

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Il s’agit en l’occurrence d’un point de vue. Considère-t-on en effet que la femme est victime de discrimination quand elle porte une robe ou une jupe quand l’homme ne porte cet article textile (hormis en Écosse pour la jupe) ? Non. La robe ou la jupe est un vêtement qui augmente la panoplie vestimentaire féminine et par la même occasion sa liberté en lui proposant un choix plus vaste de tenues que l’homme.

Il y a en France des citoyens qui estiment que le foulard, dans le cas d’une femme musulmane, est un signe ostensible (ou ostentatoire) intolérable de leur croyance, une forme de prosélytisme muet qui ne dit pas son nom dans l’espace public. Il s’agit là d’une opinion, d’une appréciation toute particulière du sens du foulard. Estime-t-on en effet que les bonnes sœurs, quand elles déambulent dans l’espace public, affublées de leur tenue traditionnelle, avec leur coiffe caractéristique, font du prosélytisme à l’égard des personnes non religieuses autour d’elles? Non. Elles se contentent de marquer leur différence par leur mise et passent leur chemin.

Alors, pourquoi un tel ramdam autour du foulard ? Parce que si l’on accepte le foulard, on craint de devoir accepter dans la foulée le voile intégral, le niqab arabe ou la burqa afghane? Reconnaissons tout de même qu’il y a de la marge (textile) entre un simple foulard, qui recouvre les cheveux de la femme musulmane et le voile intégral, qui soustrait entièrement le corps de celle-ci au regard. Si une femme musulmane se sent mieux en portant un foulard, qu’est-ce qui nous autorise, en France, à vouloir l’en priver ? En invoquant un impératif d’égalité entre hommes et femmes, un impératif qui s’apparente à un diktat ?

La devise de la République française est liberté, égalité, fraternité. L’égalité forcée, imposée aux citoyens est la méthode qu’utilisent les dictatures. L’égalité est une égalité en droit, non pas un prétexte pour raboter les différences entre les êtres humains. La liberté accorde ce droit à la différence. Une femme musulmane, qui revêt un foulard, a tout à fait le droit de le faire dans la mesure où l’on vit dans un pays laïc, garant de la liberté religieuse et de la liberté individuelle, dès lors que cette liberté s’exerce dans le respect des lois de la République et qu’elle ne porte pas atteinte à l’ordre public. Le port du foulard est-il en contradiction avec les lois de la République ? Objectivement, non. Porte-t-il atteinte à l’ordre public ? Objectivement, non. Le port du foulard dérange seulement les citoyens dont la tolérance est si faible qu’ils y voient une atteinte intolérable à l’ordre de la République. Ce qui est là le signe manifeste d’une pathologie.

Il est vrai  qu’en France, cette question du foulard, apparue lors de l’affaire de Creil en 1989, où trois jeunes filles musulmanes ont été exclues de leur collège pour avoir refusé d’ôter leur foulard en classe, cristallise une obsession toute française. Le foulard : le signifiant, un simple morceau de tissu (qui recouvre les cheveux des musulmanes), a comme signifié l’islam. Un signifié qui renvoie à l’Algérie perdue, et sans doute aussi à la mauvaise conscience de la France, empêtrée dans une sale guerre. C’est curieux comme la France continue de s’empêtrer sans fin dans des considérations mesquines au sujet d’une pièce de tissu enveloppant la tête de femmes musulmanes pratiquantes. Comment la France de Descartes et de Voltaire, de Rousseau et de Montesquieu, a pu en arriver à une production d’esprits aussi pusillanimes pour que le foulard islamique voile le bon sens, la raison et l’intelligence ?

Ne nous voilons pas la face, le foulard qu’on agite comme un chiffon rouge dans l’arène sociale fait office de défouloir collectif qui permet de masquer nombre de problèmes autrement plus difficiles à rétrécir au lavage…

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