Mohamed Merah, Khaled Kelkal, même combat ?


Mohamed Merah serait-il un Khaled Kelkal « Bis », devenu « l’ennemi public numéro un » pendant l’été 1995, lors de la vague d’attentats qui secoua la France ?  

Khaled Kelkal, jeune homme d’origine algérienne issu de Vaulx-en-Velin, banlieue est de Lyon, tombé dans la délinquance sous l’influence de son frère aîné, puis passé sous la coupe du GIA, et dont la cavale meurtrière s’acheva tragiquement en septembre 1995 à Maison Blanche, dans l’Ouest lyonnais (Vaugneray), sous les balles des gendarmes, escadron parachutiste d’intervention  de la gendarmerie nationale (EPIGN). Il avait alors 24 ans. 

De toute évidence, Mohamed Merah n’était pas un inconnu des services de police. Condamné à quinze reprises pour des affaires de droit commun, il avait passé près de deux années en prison, entre 2007 et 2009. On savait aussi qu’il s’était rendu en Afghanistan en 2010, puis dans la zone tribale du nord du Pakistan, en 2011. Issu de la Cité sensible des Izards, où il était connu pour son comportement de voyou, on sait aussi que, en 2010, il aurait tenté d’embrigader un jeune de la Cité des Izards en lui montrant des vidéos d’Al-Qaïda, notamment des scènes de décapitation, affaire qui s'est soldée par le dépôt d’une plainte de la part de la mère du jeune, plainte qui n’a été suivie d’aucun effet.

Marine Le Pen a beau jeu de surfer sur la vague des tueries effroyables que Mohamed Merah revendique, il n’en demeure pas moins qu’il y a des incohérences manifestes s’agissant de la connaissance (et de la méconnaissance) que les autorités avaient de cet individu. À plus forte raison quand on sait que Mohamed Merah avait été convoqué récemment par la DCRI (direction centrale du renseignements intérieur) pour s’expliquer au sujet de ses déplacements en Afghanistan et au Pakistan. Il y a incohérence dans la mesure où, étant fiché par la DCRI, et même si, en apparence, rien ne permettait de prévoir son passage à l’acte, on peut s’étonner qu’il n’ait pas été plus surveillé de plus près. À plus forte raison quand le service du renseignement déclare qu’il n’y a qu’une centaine de personnes en France ayant ce profil-là. Dans ce cas-là, on peut se demander si légitimement il n’y a pas eu faille de la part des autorités, ou, à tout le moins, une étrange sous-estimation de la dangerosité de cet individu qui, dès lors qu’il figurait sur Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux), le fichier de la DCRI, aurait dû être mieux évalué.

Il est aussi vrai que l’actuel pouvoir, au lieu d’utiliser le DCRI  à des fins partisanes pour espionner des journalistes français (affaire qui a valu une mise en examen de Bernard Squarcini,  directeur du service du renseignement), eût été mieux inspiré de laisser les services de renseignement à leur véritable vocation, à savoir, la surveillance d’éléments troubles voire potentiellement dangereux, qui mettent en péril la République française.

 

 

Pierre CAUMONT

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