La faille du DCRI ou la faillite complète du Renseignement intérieur français ?

Si les informations données par Le Monde se confirment, et que, Mohamed Merah, en plus d’avoir effectué deux séjours en Afghanistan puis au Pakistan, se serait rendu en Israël, en Syrie, en Irak, en Jordanie et en Iran, alors il convient de parler non pas d’une simple faille dans le renseignement français, mais d’une complète faillite. La théorie du « loup solitaire » ne tient plus debout.

À croire que seul le renseignement français n’était pas au courant de la dangerosité de Mohamed Merah, qui, pour après avoir été interpellé par les Américains dans la ville de Kandahar, en Afghanistan, figurait sur la liste noire des Etats-Unis, ce qui lui interdisait tout déplacement vers ce pays. En outre, après s’être rendu à une convention salafiste, en Catalogne, les services de police espagnols avaient alerté leurs homologues français. Après cela, comment peut-on encore parler d’un simple accroc dans le filet du renseignement français ? Ce n’est pas une faille, c’est un abîme, une fosse abyssale.

Le DCRI, qui se voulait un « FBI à la française », est né le 1er juillet 2008 de la fusion de la DST (direction de la surveillance du territoire) et de la direction centrale des renseignements généraux (RG). Son actuel directeur, Bernard Squarcini (ancien subordonné de Yves Bertrand, précédemment responsable des RG dissous), et proche de Nicolas Sarkozy, aurait avantage à s’interroger sur le sens de ses fonctions ainsi que sur celui du service dont il est le responsable, au vu du raté monumental qui s’esquisse, s’agissant de l’affaire Mohamed Merah, car de fait, cet individu appartenait bien à la mouvance djihadiste internationale, ses séjours dans des pays « sensibles » l’attestent.

Mais il faut croire que Bernard Squarcini était bien plus occupé par l’espionnage des journalistes à propos des fuites de l’affaire Bettencourt, et ce, à la demande de l’Elysée, qui s’était accaparé les services du DCRI à des fins non pas de sécurité publique mais bien privées, que de faire surveiller un individu dont la dangerosité n’était pas un mystère pour les Américains. Aussi, que l’on puisse dire après qu’il n’y avait aucun indice donnant à penser que Mohamed Merah pourrait passer à l’acte, alors qu’en 2010 une plainte avait été déposée par la mère d’un adolescent de la Cités des Izards, pour tentative d’embrigadement manifeste pour le compte d’Al-Qaïda, puis pour menaces, coups et blessures (Mohamed Merah aurait alors fait démonstration d’un sabre qu’il avait en sa possession), c’est se moquer purement et simplement du monde, et la preuve d’une incurie et d’une impéritie manifestes. Ce que le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, pour ne pas le nommer, avait laissé supposer à son corps défendant au micro d’une radio, en parlant de « faille », ou de possible faille, et en précisant qu’il convenait de tirer cela au clair. 

 

Pierre CAUMONT

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