Mélencholâtrie

La récente affaire Mélenchon qui déclenche les passions et la vindicte d’une partie du lectorat de Mediapart suite à un article collectif consacré au chef de la France insoumise,https://www.mediapart.fr/journal/france/191018/les-premieres-decouvertes-des-perquisitions-melenchon , parti turbulent voire trublion et dont le simple nom, la France insoumise, fait écho au côté gaulois de ses électeurs, qui estiment résister à César Macron, l’envahisseur jupitérien, cette affaire n’est guère étonnante en soi dans la mesure où le lectorat de Mediapart abrite une multitude d’adeptes de Jean-Luc Mélenchon, tribun populiste de gauche au sang chaud et dont le comportement pour le moins discutable n’est pas sans rappeler celui de Marine le Pen face à la justice de la République française. Et c’est ainsi que ce qui fait la marque du site d’information de Mediapart et qui le différencie des autres media, notamment de la presse traditionnelle, ce qui en fait un « média à part » en donnant la parole à ses lecteurs, en accordant pleine visibilité aux commentaires et aux réactions des uns et des autres aux articles de la rédaction comme aux billets sur la partie Club, cette différence à l’avantage de Mediapart vient de brusquement  se retourner contre le site d’information en révélant son effet pervers. 

L’esprit républicain de la démocratie, s’il est défendu comme principe théorique, dans la pratique est rapidement foulé aux pieds par nombre de lecteurs de Mediapart qui font preuve d’un esprit de meute.  C’est ainsi que le fil des commentaires sur nombre de sujets se change en torrent d’imprécations et vire à la foire d’empoigne où les affirmations à l’emporte-pièce le disputent aux menaces et aux déclarations de résiliation d’abonnement des plus vindicatifs. On se souvient de la formule de Mediapart : « Il  n’y a que nos lecteurs qui nous achètent ». À lire les réactions d’une partie du lectorat de Mediapart à l’article sur Jean-Luc Mélenchon, on a l’impression désagréable que de nombreux lecteurs de Mediapart ne lisent Mediapart que dans la mesure où le site d’information va dans le sens de leurs convictions, sinon, ils le font savoir haut et fort en se répandant en objurgations comminatoires. Oui, à voir le tumulte déraisonnable provoqué par l’article consacré à sa majesté Mélenchon, pour ne pas dire le tohu-bohu, à l’image d’ailleurs du concerné vociférant à l’adresse des policiers lors de la perquisition des locaux de la France insoumise (comme les images le donnent à voir), on dirait qu’une partie du lectorat de Mediapart estime que ce média lui appartient, comme si en s’abonnant au site d’information certains lecteurs estimaient avoir un droit de regard sur la rédaction et sur la conduite des enquêtes des journalistes. C’est curieux, cette ardeur théorique à défendre la liberté de la presse de la part des adeptes de la France insoumise devenue subitement réversible et qui se retourne contre une rédaction qui n’a de compte à rendre à personne et surtout pas à ses lecteurs, ne leur en déplaise, sinon, la formule naguère mise en avant par Mediapart : « Il  n’y a que nos lecteurs qui nous achètent » serait alors à prendre au second sens, et Mediapart serait alors un média vendu  qui aurait perdu son indépendance.

C’est là qu’on prend conscience qu’il y a loin du désir d’une démocratie plus participative à la réalité quand on observe à quel point la simple dimension participative d’un média comme Mediapart pose déjà problème, parce que nombre de citoyens français sont simplement intolérants, radicaux, vindicatifs et sanguins, à l’image du chef gaulois de la Gaule insoumise dont la gouaille n’a d’égale qu’un manque flagrant de respect pour la République pour laquelle il se prend (lors de la perquisition, on l’a entendu proférer sans vergogne : « la République, c’est moi ! ») et dont le comportement est tout simplement indigne et inadmissible de la part de quelqu' un qui aspire à la fonction présidentielle.

La démocratie n’est jamais acquise, cela s’apprend. Et ce que montre le comportement d’une partie des lecteurs abonnés de Mediapart, c’est que l’apprentissage est lent, long et laborieux. Il commence par un esprit d’ouverture et de tolérance qui, apparemment, n’est pas le fort des adeptes de la France insoumise mélencholâtre dont la hargne est devenue l’étendard de ralliement.

 

À bon entendeur salut.

 

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