Humanisme, tolérance, et politique de l’autruche au Collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon

Le meurtre atroce d’Agnès Marin, interne au Collège Cévenol, un établissement privé au Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, dont on a retrouvé le cadavre calciné vendredi soir 18 novembre après sa disparition deux jours auparavant, au-delà de la vive polémique que cette affaire a fait naître en France et de l’opportunité de la réaction gouvernementale, dénoncée par certains comme une pure instrumentalisation, pose quand même des questions de fond s’agissant de la direction de l’établissement. Lors de sa conférence de presse, vendredi soir 18 novembre, le procureur de la République de Clermont-Ferrand déclarait que l’établissement qui accueillait Mathieu, élève de 1ère, l’assassin d’Agnès, élève de 3ème, avait été pleinement informé de la situation judiciaire de cet élève, originaire du Gard, où il avait commis un viol aggravé en 2010, ce qui lui avait valu d’effectuer quatre mois de détention. L’élève n’a d’ailleurs pas encore été jugé pour ces faits, la procédure est toujours en cours. Le directeur du Collège Cévenol, lui, affirmait juste après que si la direction de l’établissement avait bien été informée de la situation du jeune homme, elle n’avait pas eu connaissance de la nature du crime qui lui était reproché. Or, on sait maintenant qu’un contrôleur judiciaire du Gard s’est rendu à l’établissement en mars 2011 pour y rencontrer le directeur. Il est peu vraisemblable que ce dernier n’ait pas été mis au courant de la situation exacte de l’interne en question. À partir de là, on peut tout de même s’étonner de la légèreté de la direction du Collège Cévenol s’agissant du suivi de Mathieu, même si l’expertise psychiatrique avait conclu à sa capacité de réinsertion. D’autant plus que, en juin de l’année 2011, le futur assassin d’Agnès Marin aurait été exclu trois jours de l’établissement pour une affaire de vidéo pornographique. Au vu du passé de cet individu et de ses conditions d’amission, on peut s’étonner du manque de réactivité de la direction de l’établissement, qui aurait pu au moins s’enquérir auprès de la Justice pour avoir accès à une information complète sur la situation judiciaire de l’élève. La première responsabilité d’un chef d’établissement est de garantir la sécurité des élèves qu’il accueille au sein de son établissement. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a eu défaillance en l’espèce. Certes, on ne peut jamais tout prévoir et la garantie zéro risque n’existe pas, dans quelque domaine que ce soit, pour autant, dans le cas de cet élève, des mesures élémentaires de surveillance auraient pu être prises qui ne l’ont pas été, pour la simple raison que l’encadrement pédagogique était dans l’ignorance de la situation. Le site internet du Collège Cévenol, qui insiste sur les valeurs d’humanisme et de tolérance, à l’image du village du Chambon-sur-Lignon dont les habitants furent déclarés « Justes parmi les Nations » par Israël, pour leur comportement exemplaire à l’égard des Juifs pendant l’Occupation, gagnerait en justesse en étant un peu plus humble. Il faudra notamment revoir à la baisse des formules comme « Ici, l’éducation va bien au-delà de l’enseignement. »

En parcourant la brochure numérique, on apprend au passage que la qualité d’interne coûte 12 330 € par année scolaire. L’établissement ne se fonde pas seulement sur une conception généreuse, humaniste et responsable de l’existence, comme on peut le lire, mais aussi sur des frais de scolarité importants. Il ne serait d’ailleurs guère étonnant que l’argent soit une des raisons ayant poussé la direction à fermer les yeux sur le passé de Mathieu. Ah, si seulement l’accès à la connaissance rimait avec âme et conscience ! Car il est clair qu’avec un peu plus de conscience, on aurait pu éviter ce drame. Comme le disait il y a peu la maire du village, Éliane Wauquiez-Motte, maire UMP, la voix entrecoupée par des sanglots, qui aurait pu croire que l’horreur du monde atteigne ce petit paradis situé aux portes des Cévennes, à mille mètres d’altitude sur les hauts plateaux du Vivarais où l’air « est extrêmement sain et vivifiant toute l’année » ?

Pierre CAUMONT

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