Au final

Il y a comme cela des mots à la mode, des mots qui s’imposent envers et contre tout, des mots qui se disent et qui s’écrivent, en dépit du bon sens et du génie de la langue française. « Au final » est une de ces expressions-là qui vient, on ne sait pour quelle raison, relever la garde d’autres expressions, qui, elles au moins, ont le mérite d’être correctes, comme « en définitive », ou « au bout du compte », ou tout simplement, « finalement ». « Au final » est un barbarisme pour la simple raison que le substantif masculin « final » n’existe pas. Il existe en français le substantif féminin finale (comme la finale d’un tournoi de tennis, par exemple), mais de final au masculin, point. Le seul « finale » (avec un E à la fin) masculin qui existe est un mot d’origine italienne, qui désigne le dernier mouvement d’un opéra. Alors à moins que l’on n’écrive « au finale » (avec un E à la fin, ce qui aurait pour effet de passer directement du langage de la rue au langage de l’opéra), cette expression est tout simplement fautive. Et pour tous les irréductibles qui tiennent à cette expression fautive, pourquoi ne pas avoir recours à la bonne vieille locution latine, in fine, en trois syllabes, elle aussi ? En plus d’avoir le même sens, c’est plus français que ce « au final », à moins bien sûr que le collège d’experts du dictionnaire Le Robert n’ouvre une nouvelle catégorie : « Final : n.m. » Mais nous n’en sommes pas là, finalement.

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