François Fillon, fuyons !

Ne nous fions pas à la bonne mine de François Fillon à qui l’on donnerait le Bon Dieu sans confession pour ses bonnes manières, son air affable, son ton bienveillant, cette façon d’être qui sent bon le terroir, la terre de France authentique, non, ne nous y fions pas, car le gant de velours cache une main de fer

Ne nous fions pas à la bonne mine de François Fillon à qui l’on donnerait le Bon Dieu sans confession pour ses bonnes manières, son air affable, son ton bienveillant, cette façon d’être qui sent bon le terroir, la terre de France authentique, non, ne nous y fions pas, car le gant de velours cache une main de fer aussi ferme que celle de Madame Thatcher à l’époque de sa splendeur (si l’on peut dire), quand la dame de fer s’employa à mater les mineurs du Nord de l’Angleterre et à faire marcher le pays au pas de ses réformes passées au forceps. La femme de François Fillon est d’ailleurs anglaise et son visage quelque peu anguleux laisse augurer la part plus dure de son époux sous ses airs si doux. François Fillon semble n’avoir cure de la méthode à employer pour réformer la France. Pour lui, la fin justifie les moyens, et pour parvenir au redressement (théorique) de la France, il entend la soumettre à un dressage retors afin qu’elle soit capable d’appliquer les règles du contorsionnisme le plus strict qui soit. Ainsi le théorème des 500 000 fonctionnaires en moins en 5 ans et aussi celui du recentrage de la Sécurité Sociale sur « l’essentiel » pour annoncer la part de plus en plus importante des assurances privées et des complémentaires santé pour les « maux bénins ». Son mentor Philippe Seguin, gaulliste social s’il en est, peut se retourner allègrement dans sa tombe : François Fillon entend creuser profondément son sillon dans le pays qui à écorcher les valeurs et les principes qui le fondent. François Fillon ne croit pas au multiculturalisme de la France et regrette que le nom de Clovis et de Jeanne d’Arc (on pourrait croire à un appel du pied en direction du Front National si l’on avait l’esprit mal tourné) ne soit pas cité dans les ouvrages d’Histoire à l’école primaire. Pour l’Histoire, le candidat à la présidentielle n’a visiblement pas consulté les manuels qu’il fallait, quant au multiculturalisme auquel il ne croit pas (et qu’Alain Juppé défend), on ne demande comment il est possible en 2016 d’avoir cette idée d’une France qui ne serait pas baignée par le monde entier, d’une  France qui ne serait pas le lieu d’un perpétuel brassage d’influences venues de toutes parts ? Ne pas croire au multiculturalisme de la France, ou ne pas y adhérer, c’est un peu comme ne pas croire au réchauffement climatique, comme l’avait d’ailleurs déclaré Donald Trump pendant sa campagne pour finalement dire le contraire une fois élu en reconnaissant que le réchauffement planétaire était bien une réalité provoquée par les activités humaines. Ne pas croire au multiculturalisme de la France, c’est ne pas comprendre l’universalité de la France, c’est ne pas comprendre la place très particulière que la France a dans le monde depuis l’invention des Droits de l’Homme. Faut-il attendre que François Fillon endosse les habits de président de la République pour revenir sur ses dires et reconnaître comme une évidence que la France a pour vocation d’être multiculturelle ? Faut-il que François Fillon soit à la barre du Vaisseau France pour reconnaître qu’il est effectivement impossible de fixer l’objectif barre de 500 000 fonctionnaires en moins en 5 ans à moins de ne courir le risque de faire naufrage, ne serait-ce que par manque de personnel dans la salle des machines ? Faut-il que François Fillon se collette avec la réalité socio-économique du pays pour se rendre compte que l’idée qu’il se fait de la France ne coïncide pas avec la réalité et que l’idée qu’il se fait de la gouvernance du pays ne coïncide pas avec la réalité de l’exercice du pouvoir ? Lors de son débat télévisé avec Alain Juppé, François Fillon a déclaré qu’on n’avait pas le droit de se refuser la possibilité d’essayer une politique que d’autres jugent impossible. La voilà, la vérité, c’est que François Fillon est le candidat de l’impossible et qu’il va faire l’impossible pour s’y tenir.

Jean Baudrillard dit de la foi qu’elle est un défi à Dieu d’exister. Autrement dit, qu’avoir la foi consiste à mettre Dieu au défi d’exister, laissant entendre qu’on l’en croit incapable, ce qui est une manière de penser double pour ne jamais être pris au dépourvu. Le programme socio-économique de François Fillon relève de cela et y adhérer témoigne d’une confiance aveugle. S’en remettre à François Fillon, c’est d’une certaine façon défier l’impossible. C’est pure folie. Ce n’est plus une simple élection pour la présidentielle, non, c’est la fondation d’une nouvelle religion aux relents de fondamentalisme. Fuyons !   

 

 

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