Religion, Spiritualité

« “Dieu créa l’homme à son image”, lit-on dans la Genèse. Cela ferait douter de l’original. Que l’homme descende du singe me paraît bien davantage (…) ressemblant. »

« L’homme ne descend pas du singe ; il en monte. »

« Nous sommes fils de la terre (humus, d’où vient humilité),  et cela se sent…Autant l’assumer et inventer le ciel qui va avec. »

 

                    André Comte-Sponville

  

« Traduire la fameuse révélation hénologique biblique : “éhyèh asher éhyèh” par “Je suis celui qui suis (ou qui est)” est une monumentale bêtise ; le verbe être n’existe pas en hébreu (…) et le verbe HYH utilisé ici signifie “devenir”. La traduction correcte est “Je deviendrai ce que je deviendrai.” (…) Et l’on comprend facilement que cela change tout dans le rapport au Divin. Dieu n’est plus ce centre de permanence au-delà de la Vie, mais il est en devenir au sein même de sa Vie. Dieu, même, s’identifie à cette Vie-même. »  

 

                       Marc Halévy

 

1.

 

Religion, spiritualité sont souvent confondues. Il est vrai que ces deux notions ont en commun le rapport à une forme d’immatérialité, pour autant, elles désignent des choses différentes.  

La religion est du côté de la communauté, voire de la communion, la spiritualité du côté de l’intimité, de la solitude et du silence. Certes, dira-t-on, mais la spiritualité tire sa substance de la religion. Et si c’était le contraire ? Si c’était la religion, qui tirait sa substance de la spiritualité pour en détourner le sens ? 

 

2.

 

Mais qu’entend-on précisément par religion ? Voici la définition qu’en donne Durkheim :  « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».

 

L’étymologie, qui fait dériver religion du latin relegere,  « recueillir, relire », semble plus plausible que l’hypothèse de religare, « relier », même s’il est vrai que la religion produit du lien, du liant, ce qui assure la cohésion d’une communauté. Une religion se fonde sur des textes (qu’on relit avec recueillement), qui en constituent l’ossature. La foi est la chair qui s’y fixe et qui leur permet de prendre corps. Le fait religieux repose sur la notion de sacré. Durkheim toujours : « Les choses sacrées sont celles que les interdit protègent et isolent, et les choses profanes étant celles auxquelles ces interdits s'appliquent et qui doivent rester à l'écart des premières.» Introduire du sacré, c’est aussi introduire son contraire dans un système d’oppositions qui s’inscrit dans l’ordre des choses, où le jour s’oppose à la nuit et l’été à l’hiver. Qui dit sacré dit aussi sacrifice. La religion revient toujours à sacrifier quelque chose à la divinité à laquelle on s’en remet.   

 

La religion crée du lien, une cohésion, elle fait qu’une société ne se résume pas à une simple somme d’individus juxtaposés : la religion crée pour ainsi dire une communion. « Communier, c’est partager sans diviser » écrit André Comte-Sponville. Un peuple est une communauté dont les individus communient en quelque chose : sans lien, il n’y a pas de société, sans communion, il n’y a pas de communauté. Pour l’Occident, l’Évangile néotestamentaire est le socle sur lequel s’est édifiée la civilisation chrétienne.

 

La religion s’articule autour de la notion d’un être supérieur, d’un être suprême auquel l’on voue un culte et auquel l’on demande protection.  Jean Guilaine, paléontologue : « La notion de culte implique de vénérer certaines forces ou entités dans le but de s’assurer protection ou effets bénéfiques. Il y a là la recherche d’une certaine rentabilité. Dans le même temps, il y a dans ce terme  culte  un aspect de soumission, la confiance en un être supérieur. Entre le sacré et le croyant existe une hiérarchie dont le second espère tirer un meilleur confort psychologique, sinon ou matériel. »

Qui dit être supérieur dit aussi êtres inférieurs, qui lui sont subordonnés : la religion naît de cette transcendance où Dieu, en haut, donne, et où l’homme, en bas, reçoit.

 

3.

 

Spiritualité vient de spiritus, « esprit ».  La religion, chrétienne notamment, s’est emparée de l’esprit pour constituer la trichotomie humaine : corps, âme, esprit. Pour autant, ni l’esprit ni la spiritualité n’est l’apanage de la religion. On peut tout à fait concevoir la spiritualité détachée de toute idée d’un Dieu transcendant, la concevoir comme un rapport subtil au monde et à l’invisible. Dans L’esprit de l’athéisme, André Comte-Sponville, philosophe tenant d’un « matérialisme ascendant », expose la notion d’une spiritualité sans Dieu. Dans ce rapport-là, le sacré ne vient plus d’en haut, il est immanent au monde, il se confond avec lui. L’homme n’est plus débiteur d’un être supérieur dont il dépend, il n’est plus en attente du don de Dieu ni non plus dans l’espérance de sa grâce à venir, il est acteur de sa propre spiritualité qu’il lui est loisible de mettre en acte en accord avec son état d’esprit du moment. De la sorte, l’homme spiritualiste n’espère plus Dieu ni ne s’efforce de se mettre en accord avec sa loi, il n’a plus à chercher ailleurs ce qui réside dans la pure présence de soi au monde.

 

4.

 

Il faut bien comprendre que l’histoire des civilisations a partie liée avec la religion, ainsi pour l’Occident, la religion chrétienne, qui a servi de ciment pour constituer les différents peuples du continent européen. En 325 après J.-C., le concile de Nicée (dans l’actuelle Turquie), qui se tint sous l’égide de l’empereur Constantin, propulsa le christianisme religion d’État. Cela faisait les affaires de l’empereur romain, qui voyait dans cette nouvelle religion le liant  idéal pour assembler durablement les pièces de son empire. Précisons que Constantin fit incorporer dans cette religion d’État des éléments du culte solaire de Sol Invictus (« Soleil invaincu », une divinité solaire qui reprend des éléments du culte de Mithra) dont il était adepte, notamment en faisant coïncider le jour du Seigneur, fixé le samedi (jour du Shabbat) dans la tradition israélite avec dimanche, le jour du soleil. Le christianisme récupéra ainsi le jour de fête officielle du jour suivant le solstice d’hiver (dies natalis solis invicti) pour en faire la fête de Noël.

Depuis cette date, et surtout depuis le schisme de 1054, qui vit la séparation entre l’Église d’Occident (l’Église catholique) et l’Église d’Orient (l’Église orthodoxe), l’Église catholique romaine (catholique vient du grec katholikos, « universel ») s’est employée à maintenir l’Occident dans la nuit de l’ignorance pour régner sur la communauté d’êtres humains qui le composait. Sans vergogne aucune, elle a lutté autant que faire se peut pour retarder la diffusion des lumières qui menaçaient son pouvoir. C’est ainsi qu’un savant comme Galilée (1564-1642), dont les travaux remettaient en question l’autorité de l’Église (Galilée était partisan de la thèse héliocentrique de Copernic (1473-1543) alors que l’Église défendait la thèse inverse, celle du géocentrisme, qui plaçait la Terre au centre de l’Univers connu), fut sommé de s’expliquer devant le Saint-Office. En 1616, la théorie copernicienne est purement et simplement condamnée, et cet arrêté prononcé par l’Église s’étend à tous les pays catholiques. En 1633, Galilée fut condamné personnellement par le Saint-Office pour la publication d’un autre ouvrage, il dut se rétracter et adjurer qu’il tiendrait « pour vrai à l’avenir tout ce que la Sainte Église Catholique Apostolique affirme, présente et enseigne. »

 

Il y a dans le fonctionnement même de l’institution religieuse quelque chose qui s’inscrit résolument contre la connaissance, qui est la condition même de la liberté. C’est d’ailleurs la question de l’ignorance qui sous-tend le fameux argument théologique du « Dieu caché », argument développé notamment par saint Augustin, qui explique que Dieu se cache pour ne pas s’imposer à l’Homme, lui donnant ainsi la liberté de ne pas croire en lui. Or comment l’homme pourrait-il être libre en restant dans l’ignorance, dans la mesure où l’ignorance est un facteur non pas de liberté mais d’enfermement. La connaissance est la condition de la liberté, et c’est parce que l’Église ne souhaitait pas que les êtres humains puissent être libres de penser par eux-mêmes qu’elle a fait régner l’ignorance aussi longtemps. La religion est une arme, l’alibi qui justifie tout et son contraire, même de tuer des ennemis du Christ au nom d’un Dieu d’Amour, à l’exemple de la première Croisade en Terre Sainte, déclenchée par le Pape Urbain II dont l’appel de Clermont, en 1095, fut la porte ouverte à tous les déchaînements de haine jusqu’au bain de sang final lors de la prise de Jérusalem, en 1099.  Oui, le Dieu des Chrétiens a bon dos, il est même du côté des salauds : Gott mit Uns (« Dieu avec nous »), pouvait-on lire sur les panzers allemands de la seconde guerre mondiale…

 

Avec l’usure du temps, la religion chrétienne a perdu ce qui faisait sa qualité première, sa teneur en humanisme dont résultait le liant social, pour ne plus servir que l’ambition de l’institution. L’Évangile est l’alibi parfait de l’Église qui justifie son existence et son pouvoir sur la communauté de croyants au destin de laquelle elle préside. Si le Christ  avait pu deviner ce qu’on ferait de sa Parole dans les siècles à venir, cette Parole qui justifiait tout et son contraire, nul doute qu’il aurait exigé des apôtres qu’ils s’en tiennent à une transmission orale de son enseignement, à la façon des druides, afin que celui-ci ne soit pas instrumentalisé et détourné comme il l’a pu l’être depuis deux millénaires. Par  Christ, il faut entendre le personnage revu et corrigé par l’Église, et dont l’institution s’est servi pour promouvoir son pouvoir sur Terre, non pas le personnage réel, Jésus le Nazôréen (et non pas Jésus de Nazareth, puisque l’existence du village de Nazareth est postérieure de quelque trois siècles à la venue du Christ), personnage complexe avec une dimension spirituelle, qui l’avait amené notamment à côtoyer la communauté des Esséniens établie autour de la mer Morte, et une dimension  temporelle, qui l’inscrivait dans la lignée davidique et en faisait l’héritier naturel du trône d’Israël, d’où la mention de « Roi des Juifs », inscrite sur une pancarte au-dessus de la Croix à laquelle il fut suppliciée, mention qui n’est nullement ironique, comme l’Église a tenu à le faire croire, mais qui est à entendre au sens littéral, dans la mesure où le Christ pouvait prétendre au pouvoir usurpé par Hérode, placé sur le trône de Jérusalem par Rome, lequel n’était pas d’origine juive mais iduméenne (de la région d’Édom, au sud de la Judée et de la mer Morte). Jésus le Nazôréen était par conséquent une figure révolutionnaire, raison pour laquelle il était entouré de Sicaires, des activistes juifs et aussi de Zélotes (des extrémistes révolutionnaires : ainsi la présence autour de lui de Simon le Zélote et de Judas l’Iscariote, — Iscariote vient du latin sica qui a donné sicaire), c’était un résistant, comme a pu l’être Jean Moulin, doublé d’une vocation spirituelle : c’était un chef militaire et un chef spirituel. C’est d’ailleurs le sens de messie, mashia’h, en hébreu (et non pas au sens ecclésiastique de « sauveur », produit d’un sérieux glissement sémantique), qui allie dimension temporelle et spirituelle, et se réfère à une fonction où se mêle royauté et prêtrise : un messie était un prêtre-roi.  

 

Pour en finir avec le rapport entre la religion et l’institution, c’est parce que la religion est le produit d’une civilisation et son expression qu’elle s’éteint quand la civilisation disparaît : c’est ainsi qu’après avoir fonctionné pendant plusieurs millénaires, la religion de l’Égypte ancienne disparaît purement et simplement avec l’effondrement de l’organisation sociale et politique à laquelle elle était liée.

 

5.

 

La religion est du côté de la communauté, du côté du troupeau (on disait naguère les « ouailles », du latin ovis, « brebis »), la spiritualité du côté de la personne, de l’être. Pour tous ceux qui ressentent le monde comme menaçant, la religion est un refuge qui fait sens, ne serait-ce qu’en raison du sens de la communauté qui en découle et de la solidarité qu’on peut en attendre. Pour tous ceux qui peinent à penser leur vie par eux-mêmes et à sécréter un sens qui leur soit propre (un peu à la manière d’une araignée qui sécrète son fil de soie pour fabriquer sa toile), la religion offre un cadre de pensée et de croyance dans lequel il suffit de se couler. Certes, la religion n’est pas faite sur mesure, la personne qui l’adopte prend le risque d’être gênée aux entournures, pour autant, elle présente l’insigne avantage d’offrir une sorte de mode d’emploi de la vie pour tous ceux qui renâclent à faire l’effort de penser leur vie.

 

Pour l’anthropologue français Dan Sperber et l’un des pères de l’approche cognitive de la religion, « Les symboles religieux, les rituels, les mythes, n’ont pas nécessairement de signification précise pour les pratiquants. Ils sont plutôt une source d’évocation.» En d’autres termes, le sens d’une religion ne réside pas tant dans ses rituels, sa liturgie, sa doctrine ou ses dogmes, que dans le lien qu’elle entretient avec les ancêtres. Adopter une religion est une manière de s’inscrire dans l’Histoire en perpétuant sa pratique.

Une chose est certaine, c’est que plus une représentation du monde est attractive et mémorable, plus elle a de chance de se répandre et de s’imposer fidèlement au sein  d’un groupe. C’est pourquoi les croyances religieuses remportent une pareille adhésion. Contrairement à une rumeur dont le sens peut être déformé lors de sa transmission au point de devenir totalement méconnaissable à l’arrivée par rapport à son contenu initial, les idées religieuses traversent des sociétés entières sans subir de déformation. Dan Sperber encore : «  Les idées qui imprègnent le plus fortement l’esprit humain sont transmises, les autres tombent dans l’oubli. » Le temps est le tamis qui filtre.

Contrairement à l’évolutionniste américain David Sloan Wilson, selon lequel l’homme serait prédisposé dès sa naissance à entretenir des croyances religieuses, de même qu’il est conçu pour se tenir debout et dormir, Dan Sperber estime que les idées religieuses découlent simplement de notre évolution. Elles ne rempliraient aucune fonction et n’auraient pas nécessairement incité les groupes humains à la coopération ou à la cohésion, comme le montrent notamment les conflits religieux et les guerres de religion à travers toute l’Histoire (ainsi les Croisades au Moyen Âge ou encore le massacre de la Saint-Barthélemy au XVIe siècle). L’anthropologue français précise : « Notre cerveau a évolué, non pour avoir des idées religieuses, mais pour permettre une compréhension pertinente de notre environnement naturel et social. Et ce sont les mécanismes de cette compréhension qui nous rendent réceptifs aux représentations d’êtres surnaturels — lesquels seraient extraordinairement pertinents s’ils existaient vraiment — donc aux idées et aux pratiques religieuses. » Pour les partisans de cette thèse, les idées religieuses seraient donc culturellement transmises et ne répondraient pas à un besoin inné.

 

Par opposition à la religion, expression d’une communauté (voire alibi de l’institution religieuse), la spiritualité, elle, est personnelle. Comme pour toute chose personnelle, tout est toujours à inventer. Il n’y a pas de mode d’emploi, pas de notice technique : on entretient un rapport au sacré du monde en fonction de ce qu’on est.

 

6.

  

Mais pour que les gens communient, il faut bien qu’ils s’entendent sur quelque chose, sur un sens du sacré, même s’il est vrai que l’on peut communier autrement, comme par exemple dans l’idée qu’on se fait du progrès social, dans l’idée de la justice, ou dans l’idée qu’on se fait de la conduite des affaires d’un pays, de l’État, ce qu’on appelle la politique. La religion se réfère au surnaturel, un rapport qui, pour certains, est source de spiritualité. Ainsi les grands mystiques de l’Église, comme François d’Assise (1182-1226) ou encore Thérèse d’Avila (1515-1582), dont les ravissements sont célèbres.  

Il y a aussi la parole de la philosophe Simone Weil (1909-1943), issue d’une famille juive agnostique, qui se rapprochera du christianisme au cours de sa courte vie, laquelle révèle une spiritualité des profondeurs :

 « La création est de la part de Dieu un acte non pas d’expansion de soi, mais de retrait, de renoncement. Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul. Dieu a accepté cette diminution. Il a vidé de soi une partie de l’être. Il s’est vidé déjà dans cet acte de sa divinité. (…) Dieu a permis d’exister à des choses autres que Lui et valant infiniment moins que Lui. Il s’est par l’acte créateur nié lui-même (…). Dieu s’est nié en notre faveur pour nous donner la possibilité de nous nier pour Lui. Cette réponse, cet écho qu’il dépend de nous de refuser, est la seule justification possible à la folie d’amour de l’acte créateur. »  

 

(in La pesanteur et la grâce)

 

À l’opposé, il y a aussi la parole d’André Comte-Sponville, dont l’esprit de l’athéisme atteint de belles hauteurs :  

 

« Dieu, étant tout le bien possible, ne peut créer que moins bien que lui — il ne peut que créer le mal ! Car si le monde était parfait, il serait Dieu —  et Dieu n’aurait rien créé. La créature, n’étant pas Dieu, est imparfaite par définition. Elle n’est créature que par le mal qui l’habite. Créer, pour Dieu, c’est faire le mal (il n’existait pas avant la création). Et puisque le mal n’est rien qu’une limitation, qu’un manque, la création est une diminution, un moindre être. Dieu renonce — par amour — à être tout. C’est comme une amputation de soi : son membre absent et douloureux, c’est le monde. À la limite, ce que Dieu crée, c’est le néant — ou la matière, ce qui peut revenir au même.  Toute création, pour Dieu, est amoindrissement, déchéance, condescendance. N’était-ce pas là, l’essence, perçue de toute religion ? S’il y a un Dieu transcendant, le monde d’ici-bas, c’est toujours ici-bas. Créer, donc : un abaissement. »

 

(in Du Corps)

 

En réalité, il n’est nul besoin d’appartenir à une Église pour avoir une vie spirituelle. La religion est une sécurité pour ceux qui ont besoin d’être rassurés, une béquille pour ceux qui boitent. Mieux vaut avoir une béquille que risquer de trébucher à chaque pas pour finir par tomber par terre. Mais si l’on peut s’en passer, c’est encore mieux, on gagnera en liberté. La liberté, c’est la condition pour cheminer en direction de la vérité.

 

7.

 

Et de finir avec Marc Halévy qui, dans Le sens du divin, publié en 2011, aux éditions Oxus, écrit : « Il faut impérativement inverser le “Je pense donc je suis” en un “Il y a de la pensée”. Il faut tout aussi impérativement inverser le : “Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux” en un : “Oublie-toi toi-même et se connaîtra le Réel”. Ce n’est pas un “moi” qui connaît, mais la Connaissance qui se révèle ici par ce qu’elle appelle “moi”. (…) Ce “moi” ne pense pas ; c’est par lui que le Réel se pense en ici et maintenant. »

Marc  Halévy est un tenant du monisme, théorie selon laquelle le Divin existe et que le Monde existe, que le Divin est pour partie dans le Monde et pour partie hors du Monde, et enfin, que le Monde est pour partie dans le Divin et pour partie hors du Divin. C’est d’ailleurs cette théorie (hénologie, en grec, soit « le concept de l’Un »), laquelle exclut radicalement le dualisme, l’idéalisme et le nihilisme, qui fait dire à ce spécialiste de la Kabbale et de la pensée taoïste :

 

« L’Être est ce qui est, mais n’est rien puisque tout coule, tout change, tout se change perpétuellement.

L’Être n’a de sens que dans la permanence, dans l’absoluité de sa permanence : alors seulement il peut être parlé d’Être.

Mais le Réel est Devenir pur, excluant toute notion d’Être.

Rien n’est puisque tout devient. 


L’Être existe mais n’est pas.

Il meurt à chaque instant pour renaître aussitôt, tout autre ?

Il y a Existence.

Il y a Devenir.

Mais il n’est point d’Être.

La métaphysique du Devenir est une métaphysique sans ontologie ». 

 

 

 

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