Vive la République, et vive la France !

Sur internet, les réseaux sociaux prennent dans leurs rets tout et n’importe quoi pour alimenter la machine à rumeurs. Véritable fabrique de fake news, c’est une mécanique virale qui contamine les esprits et infecte les consciences en véhiculant de la désinformation à grande échelle.

 Emmanuel Macron est ainsi pris pour cible sur Face Book où il est la victime de facteurs de fake news pour le discréditer. On voit ainsi tourner en boucle sur internet des images de lui prises il y a des années qui sont détournées de leur sens et auxquelles on fait dire tout autre chose pour faire croire qu’il méprise la classe ouvrière.

S’il est vrai que l’ancien ministre de l’économie a eu des mots maladroits par le passé, notamment quand, à quelqu’un qui l’interpellait dans une rue de Lunel où il était en déplacement  le 27 mai 2016, il répondait : « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler », ou encore quand le 17 septembre 2014, pour parler de l’abattoir Gad, il disait : « Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. », une expression malheureuse qui avait choqué à l’époque, il s’agit là de maladresses de la part d’un ministre débutant et non pas d’une marque d’arrogance, de  dédain ou de mépris que Macron aurait à l’égard de la classe ouvrière, comme on a pu l’entendre. Mais tous ces ratés laissent des traces sur la Toile qu’exploitent à merveille les professionnels de la contrefaçon et de la manipulation, les experts de l’intoxication au service du Front national, mais pas seulement.  

Oui, les réseaux sociaux prennent dans leurs filets beaucoup de gens crédules qui ne vérifient pas la fiabilité des informations (ils oublient de les passer au filtre du logiciel Décodex), à l’image de Marine Le Pen, montée à bord d’un chalutier au large du Grau du Roi ce jeudi matin, pour partir à la pêche aux voix en parlant de la mer comme d’un gisement d’emplois en jachère,  ignorant délibérément la question de la surpêche en Méditerranée et de l’épuisement des stocks de poissons, n’ayant cure de la politique des quotas de pêche mise en place par Bruxelles qui n’a d’autre but que préserver la mer et par conséquent l’activité de la pêche, une politique que Marine Le Pen fustige aveuglément, comme d’ailleurs la politique agricole commune, qui aide financièrement les agriculteurs français et leur assure le marché européen comme débouché à leurs produits agricoles. C’est cela, le volet prétendument social du Front national, c’est en réalité un leurre qui masque sa dimension national-socialiste. Hitler n’avait pas procédé autrement dans l’Allemagne des années 30 en disant traiter le problème social, ce qu’il fit du reste, en réindustrialisation la Ruhr pour relancer l’industrie lourde, et en lançant les grands travaux en Allemagne avec la construction des autoroutes et le développement du réseau ferré. Mais le volet social n’était qu’une manière de ferrer le poisson, une manière d’endormir le peuple pour passer au stade suivant, le national-socialisme dont l’application allait mener à la seconde guerre mondiale et à la Shoah, pour aboutir à l’anéantissement du Reich qui devait durer 1000 ans selon les idéologues nazis.  

La lèpre lepéniste est en tout point similaire à la peste brune nazie. Elle empreinte les mêmes chemins, applique les mêmes recettes. Et le pire, c’est que cela marche auprès de la classe ouvrière en colère qui vote FN, une classe populaire fâchée et pas nécessairement facho, comme celle d’Hénin-Beaumont. Mais comment faire comprendre à tous ces citoyens qui votent FN par dépit, par rejet de la politique, ce qu’on appelle le vote contestataire, comment leur faire comprendre que le Front national n’a pas pour vocation à construire une société travailleuse plus heureuse, plus harmonieuse, mais à détruire, de même que le national-socialisme a fini par tout détruire sur son passage pour laisser une Allemagne anéantie au lendemain de la seconde guerre mondiale et une Europe ravagée. Pas seulement cela, mais aussi l’empreinte du Mal pur, cette empreinte indélébile que rien n’effacera et qui parfois remonte à la surface, de loin en loin, comme lors de la purification menée en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995, sous la houlette de Milosevic et mise en œuvre par ses sbires acerbes, Mladic et consorts. Le IIIe Reich a porté le Mal à sa quintessence, et les fours crématoires des camps d’extermination en ont répandu le parfum funeste à travers toute l’Europe, un parfum tenace, un parfum qui tient et dont certains cultivent le souvenir avec ferveur dans le premier cercle de Marine Le Pen.

Ainsi les anciens du GUD (Groupe Union Défense) dans l’entourage de la présidente du FN, dont Frédéric Chatillon, ancien chef du GUD, devenu communicant du Front national à travers son agence de communication Riwal, prestataire de services pour le Front national et le micro-parti Jeanne, et conseiller de Marine Le Pen.  C’est un proche de Marine Le Pen, un ami de longue date dont la rencontre remonte à ses années de fac. Ces anciens du GUD,  « Ce sont des copains qui ont toujours été fidèles, elle ne veut pas les lâcher en rase campagne », commente son ancien chef de cabinet, Philippe Martel, à qui la présidente du FN aurait confié un jour : « Je peux compter sur eux à la vie à la mort. »

Et si d’aucuns, comme leur aîné Philippe Péninque, avocat fiscaliste et militant politique d’extrême droite, s’emploient à minimiser la portée de tout cela, ne voulant voir dans les pratiques du souvenir des anciens membres du GUD que la survivance d’un folklore un peu trash, un genre de « hara-kiri d’extrême droite » comme il dit, et dans les « soirées Hitler » un « gimmick », ou dans le culte du Waffen-SS belge Léon Degrelle, une célébration du « génie de l’homme politique » selon ses propres mots, on aurait tort de prendre cela à la légère. Le nazisme a perdu la guerre, certes, mais l’esprit du nazisme, lui, ne s’est pas perdu. Il continue de hanter l’Europe où l’on peut en observer des résurgences en différents endroits et certains esprits réfractaires aux lumières de l’humanisme persistent et s’évertuent à l’invoquer, comme les anciens du GUD, lors de « soirées Hitler » qui ressemblent à des messes noires sous des dehors ludiques ou festifs. (Cf. L’enquête de Marine Turchi et Matthias Destal, auteurs de Marine est au courant de tout… ci-joint le lien pour un extrait de l’enquête consacrée au GUD) :

https://www.mediapart.fr/journal/france/150317/la-gud-connection-l-equipe-bis-de-marine-le-pen

 

Comment faire comprendre aux gens qui ne mesurent pas la portée de leur vote FN, que Marine Le Pen n’est pas une patriote comme elle le clame à qui veut l’entendre, mais une nationaliste, ce qui est tout à fait différent. « Le patriotisme c’est l’amour des siens ; le nationalisme, c’est la haine des autres. » disait Romain Gary. Le nationalisme, c’est la guerre, comme l’a rappelé (ce jeudi 27 avril 2017) Emmanuel Macron en meeting à Arras dans les Hauts-de-France. Et quand elle qualifie les électeurs supporters du Front national de « patriotes », en fait, elle les traite de nationalistes et les enrôle dans sa guerre contre l’Europe, contre  la République et la démocratie française.   

Faut-il que les Français soient des « somnambules » (le mot est d’Emmanuel Macron à Arras) pour donner ainsi du crédit à un parti politique qui n’en est pas un, puisque le Front national n’en a ni les instances ni le fonctionnement, et que ce n’est jamais qu’un comité de soutien de Marine Le Pen comme le dit Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France ? Des somnambules hagards qui reprennent le même chemin qui a débouché sur le chaos, la ruine, la dévastation, « l’abomination de la désolation », les mêmes causes entraînant invariablement les mêmes effet ?  Faut-il que les Français soient amnésiques, qu’il soient atteints de la maladie d’Alzheimer à ce point pour qu’ils n’aient pas souvenir d’avoir des problèmes de mémoire ? Comment une telle chose est-elle possible ? Une telle ignorance doublée d’aveuglement ? Car enfin, voter Marine Le Pen pour dire sa colère ou pour se venger de la politique en espérant que cela ira mieux, c’est un peu comme un soldat qui sortirait de sa tranchée juste au moment où pleut la mitraille parce qu’il a fait un vœu, et que ce vœu, par un curieux mélange de rite, de défi et de superstition, lui commande précisément de sortir de sa tranchée à ce moment-là s’il veut qu’il se réalise. Son vœu, c’est que la guerre se termine. Et de fait, pour le soldat haché par les balles des mitrailleuses, la guerre est finie pour lui parce que sa vie gît au bord de la tranchée.

 

À l’heure où fleurissent à Paris des slogans étonnants comme « Ni Marine ni Macron, ni patrie ni patron », plus que jamais il importe de faire comprendre aux tenants de l’abstention, du vote blanc ou du vote FN contestataire  que l’on n’a pas le droit de mettre sur un même pied Emmanuel Macro et Marine Le Pen, que c’est une question d’honnêteté intellectuelle et de discernement, et que cette qualité-là commande de faire le départ entre les intérêts particuliers et partisans et l’intérêt général, l’intérêt supérieur du pays. Les électeurs incapables de faire cette distinction-là, qui votent FN non pas par conviction idéologique mais pour « dire merde » au système, pour parler vulgairement, qui votent sans avoir conscience de la portée de leur acte, qui votent en se moquant des conséquences de leur vote, ou qui votent comme on parie, pour essayer, pour voir ce que cela donne, ces électeurs dénués de conscience ne devraient pas être qualifiés d’électeurs, mais traités d’illecteurs. Confier aux illecteurs le destin de la République française, c’est comme si l’on confiait à des illettrés la rédaction du dictionnaire de l’Académie française. Cette remarque n’inclut évidemment pas tous ceux qui votent résolument FN, en toute conscience et en connaissance de cause, ceux pour qui il s’agit d’un vote idéologique, d’un vote pleinement assumé, et qui aspirent au règne d’une pensée national-socialiste, raciste, xénophobe, avec toutes les déviances criminelles en germe : retour à la croyance d’une race pure, d’une race blanche prétendument supérieure, aryenne ou autre, devant régner sur les autres, les races inférieures, pour les soumettre ou les exterminer si nécessaire, en cas d’incompatibilité majeure. Ces gens-là, se servent des instruments que leur offre la démocratie pour les retourner contre elle et l’assassiner sans vergogne. Ces gens-là, la démocratie tolère leur présence et leur action pernicieuse contre elle parce que justement la tolérance est le propre de la démocratie, et que si elle ne le tolérait pas, ce ne serait plus une démocratie par définition. C’est là toute la grandeur et la faiblesse de la démocratie, son talon d’Achille. Votez pour Emmanuel Macron, c’est donner sa chance à la France. Votez pour Marine Le Pen, c’est favoriser le retour aux heures les plus noires, les plus pénibles de notre Histoire. Vive la République, et vive la France !

 

 

PS : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ? »  — Jean-Luc Mélenchon, en 2002.

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