La France dans les affres du terrorisme

Le propre du terrorisme, quand il est réussi (si j’ose dire), c’est de prendre par surprise, d’avoir toujours un coup d’avance sur la société qu’il laisse démunie et interdite.

Le propre du terrorisme, quand il est réussi (si j’ose dire), c’est de prendre par surprise, d’avoir toujours un coup d’avance sur la société qu’il laisse démunie et interdite. C’est la raison pour laquelle il est si difficile d’anticiper un attentat terroriste puisque le terrorisme se définit par son effet de surprise, par la menace permanente qu’il laisse planer et qui frappe de façon imprévisible et imparable, comme la foudre. La force du terrorisme réside là : on ignore l’heure et le lieu de son forfait, ainsi que son mode opératoire. Certes, il est parfois mis en échec, les attentats déjoués montrent que la lutte contre le terrorisme fait bien office de paratonnerre contre ce péril, mais il suffit de quelques succès aux agents invisibles de la terreur pour diffuser la propagande de la peur. Et c’est peut-être ce qui est en train de se passer sous nos yeux, insidieusement.  Le meurtre d’un vieux prêtre dans une église, à Saint-Étienne-de-Rouvray, dans l’agglomération de Rouen, au moment même de la messe en présence de quelques fidèles, marque un nouveau palier degré dans la gradation de la terreur. La foudre a frappé, encore une fois, et ce dernier attentat marque d’autant plus les esprits qu’il touche un lieu voué à la paix, une église, dont le prêtre a été égorgé devant ses ouailles. On dirait un sacrifice sanglant au Moloch Daech. Et ce dernier attentat est d’autant plus redoutable qu’il s’agit là d’un attentant low cost, nécessitant peu de moyens et aucune logistique. Un couteau a fait l’affaire. Un tel attentat laisse les pouvoirs publics démunis : quelle parade trouver ? Et ce ne sont pas les objurgations sentencieuses de Nicolas Sarkozy, drapé dans sa dignité de tribun républicain et de défenseur des valeurs de l’Europe chrétienne, qui vont dans le sens de l’apaisement, lui qui demande qu’on applique sans délai les propositions de son parti quitte à porter atteinte à l’État de droit en avançant que « les arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles ». Et que dire de la réaction de la députée frontiste du Vaucluse, Marion Maréchal-le-Pen, qui exhorte les Français à se réveiller et les chrétiens à se lever pour résister à l’islamisme ? Autant de réactions à chaud qui ne sont que des façons de jeter de l’huile sur le feu.

 

Le péril est grand, c’est indéniable, car Daech est devenu une franchise terroriste à la mode pour tous les desperados et meurtriers en herbe qui se rappellent qu’ils sont musulmans quand ils choisissent la « voie de la mort » faute de savoir quoi faire de leur vie. Tous ces franchisés de Daech qui sortent brutalement de l’ombre pour entrer dans la lumière médiatique en perpétrant leur forfait, tous ces fanatiques qui sont autant de malades criminels au sein de notre société, combien sont-ils réellement ? On ne le sait pas, car même le terroriste de Nice, qui a fait de son poids lourd une arme effroyable pour perpétrer un massacre de masse le soir du 14 juillet, était inconnu des services de renseignement français. C’est là où la peur fait son chemin dans les âmes. Mais ces derniers attentats, en France comme en Allemagne (les trois derniers attentats survenus en Bavière), ne sont-ils pas le signe que Daech, qui perd du terrain sur le théâtre de guerre moyen-oriental, est entré dans la phase finale de son règne  et que la Bête est dans les soubresauts de l’agonie, même s’il ne faut surtout pas commettre l’erreur de sous-estimer sa capacité de nuisance ? 

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