Planète A,  A comme Atterrée

Sous la férule de son président d'extrême droite, le Brésil vient de refuser l’aide d’urgence de 20 millions d’euros accordée par le G7 pour la situation catastrophique en Amazonie, s’enferrant ainsi dans la posture consistant à considérer l’aide extérieure comme une ingérence dans les affaires intérieures du pays.

 Mais ce que Jair Bolsonaro fait semblant de ne pas comprendre, c’est que la forêt amazonienne, qu’il livre sans scrupules en pâture aux groupes agro-industriels dont les milliers d’incendies révèlent la rapacité criminelle — car les feux qui ravagent la forêt amazonienne sont d’origine humaine, non pas accidentelle (pour accroître les surfaces cultivables et la production de soja revendue en Europe pour nourrir nos bovins ) —  ce qu’il fait semblant de ne pas comprendre, c’est que la forêt amazonienne est un bien planétaire commun et non pas seulement la propriété du Brésil. Se soucier du sort de l’Amazonie, comme le fait Emmanuel Macron, ce n’est pas s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays, ce n’est pas faire preuve d’une « mentalité colonialiste », pour reprendre la formule intellectuellement malhonnête de Jair Bolsonaro,  c’est exercer sa responsabilité en tant que citoyen du monde devant la gouvernance criminelle d’un  président irresponsable en matière environnementale, devant un écocide qui pourrait un jour valoir à ce dernier d’être poursuivi  devant la cour de justice internationale de la Haye.

Qualifier d’ingérence toute critique venant de l’extérieur sur la façon dont est gérée au Brésil la catastrophe amazonienne, c’est un peu comme si toutes les plateformes pétrolières off shore d’un même pays étaient en feu au large des côtes de ce pays, laissant d’immenses quantité de pétrole se répandre dans l’océan, et que le pays propriétaire des plateformes interdisait la communauté internationale de s’en mêler sous le prétexte que ces infrastructures sont situées dans ses eaux territoriales. Un argument ridicule pour cette simple raison que la pollution au pétrole se moque éperdument des lois humaines. Si la fuite des puits de pétrole n’est pas colmatée, la pollution contaminera inexorablement les eaux de la planète entière en raison des courants (cf. la catastrophe en 2010 de la plateforme pétrolière de BP dans le golfe du Mexique,  Deepwater horizon).

La planète est une, elle est d’un seul tenant. Elle n’est pas divisée en compartiments étanches comme peut l’être un sous-marin, ce qui permet au submersible de contenir toute voie d’eau en cas de déchirure de la coque et de sauver ainsi le bâtiment. La planète Terre, elle, fonctionne sur le principe des vases communicants, c’est pour cette raison que la pollution est un problème planétaire, car elle l’affecte dans son entièreté. Dans le cas de la pollution au plastique, que celle-ci soit apportée par les eaux ou par les vents, l’océan en est le terminus planétaire. L’océan, cette masse liquide qui constitue 70% de la surface de la Terre et qui n’appartient à aucune nation mais à tout le monde. Un peu comme l’Amazonie, cet océan vert.

La solidarité internationale est la seule réponse au principe d’interdépendance étroite qui fonde le fonctionnement de la planète bleue dont la dynamique géophysique et climatique est systémique, pour cette simple raison qu’il n’y a de solution que globale. Le traitement national d’un problème aux répercussions planétaires (même si un pays particulier est à l’origine de ce problème) est une manière de minimiser la dimension réelle d’un problème en le confinant à un espace réduit dont il a déjà largement franchi les frontières.

Il n’y a pas de planète B, il n’y a qu’une planète bleue en proie à la voracité humaine qu’alimentent des gens comme Jair Bolsonaro et Donald Trump par leur comportement de prédateurs, qui ne voient la Terre que comme un gisement de ressources exploitables à loisir. Ainsi la dernière lubie de Trump manifestant son désir de faire l’acquisition du Groenland, en ignorant avec son arrogance coutumière, l’arrogance d’un homme d’affaires qui considère que tout est à vendre,  en ignorant le fait qu’il s’agit d’un territoire d’abord occupé par des êtres humains, un territoire avec une histoire particulière et des coutumes, et non pas seulement un gisement de ressources naturelles ou une côte susceptible d’accueillir des immeubles avec vue sur la mer.

Il n’y a pas de planète B, il n’y a pour l’instant qu’un seul exemplaire connu de planète où la vie a jailli. Le problème, c’est de constater que dans des pays aussi importants que les États-Unis ou le Brésil le pouvoir est confié à des individus aussi peu responsables, ce qui n’est pas bon signe pour l’état de santé de la démocratie dans le monde. Entre un Donald Trump qui dégaine un tweet plus vite que son ombre, substituant ainsi l’impulsivité compulsive à la diplomatie réfléchie, et qui s’emploie en permanence à prendre le monde à témoin de toutes ses réactions sur tous les sujets ou presque, et un ancien militaire nostalgique de la dictature brésilienne, qui déclare regretter que la  cavalerie brésilienne n’ait pas réussi à exterminer les indigènes amazoniens comme l’a fait la cavalerie nord-américaine avec les Indiens des grandes plaines, on se dit que le Nouveau Monde est entre les plus mauvaises mains qui soient à une époque de tous les dangers qui exigerait justement du doigté au lieu de ces Trump et autres Bolsonaro aux paluches de grizzli griffues, des présidents populistes, des prédateurs opportunistes, symptôme d’une humanité sur les dents.

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