L’horizontalité, la verticalité, l’état de démocratie

Nicolas Sarkozy était l’invité du JT de TF1 lundi soir dernier, pour faire la promotion du livre qu’il a écrit pendant le confinement, Le temps des tempêtes, époque où apparemment, il se serait trouvé dans une de ses propriétés situées vers le centre de la France.

Dans cet ouvrage, Nicolas Sarkozy, cabotin sur le plateau de TF1 comme à son habitude dès qu’il prend la lumière, se complaît à défendre la politique qu’il a dû mener de 2007 à 2012, pour faire vivre au lecteur les enjeux de la politique « de l’intérieur », précise-t-il.

L’ancien président ne croit pas à « l’horizontalité », il ne jure que par la « verticalité », où le pouvoir s’exerce de haut en bas. Il ne croit qu’à l’autorité de l’État. La transcendance républicaine contre l’immanence, où tout le monde aurait voix au chapitre. L’immanence est-elle possible en démocratie ? Une démocratie avec un haut degré de participativité, qui ferait participer sa population entière à l’exercice de sa propre gouvernance ? Quand on voit les soubresauts que notre société a connus avec l’émergence du mouvement des Gilets jaunes en octobre 2017 et sa violence concomitante, on peut sérieusement en douter. Une démocratie à haute participativité suggère un haut degré de responsabilité de ses citoyens. Une conscience citoyenne collective élevée. Or l’irresponsabilité collective couve en permanence, comme le montre actuellement l’incapacité de la population à s’autogérer concernant les risques de propagation de l’épidémie du Covid-19, qui est repartie à la hausse, de par un relâchement manifeste de la population concernant les gestes barrières, l’insouciance du temps des vacances l’emportant sur la plus élémentaire des prudences.

Comment expliquer une telle irresponsabilité collective ? La population d’un pays se comporte-elle  inévitablement comme un enfant dès lors qu’un État est constitué et que l’autorité de l’État s’exerce, semblable à celle de parents à l’égard de leurs enfants ? Est-ce l’existence même de l’État, faisant office de parents symboliques, qui crée cette situation, et, partant, qui est à l’origine de ce retour en enfance de la population placée sous son autorité ? Si l’on mettait à bas l’autorité de l’État, ne favoriserait-on pas, en théorie, la responsabilisation de la population qui ne pourrait plus se reposer et se défausser sur elle (l’autorité de l’État), et qui, se verrait contrainte à être plus responsable ? Avec le risque (important) d’aboutir à l’effet inverse, à savoir, une situation d’anarchie et de désordre telle que le chaos social pourrait tout emporter.  

Dans Les frères Karamazov, Dostoïevski fait dire au personnage Ivan Karamazov, un intellectuel matérialiste : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis. » Il est indéniable que, en France comme partout ailleurs, une partie de la population ne respecte les règles élémentaires (qui permettent aux citoyens de coexister pacifiquement) que par la peur du gendarme, et que les gendarmes en moins, le respect des règles communes ne tiendrait plus à ses yeux, libérant ainsi les pulsions de la sauvagerie naturelle présentes chez l’homme.

La verticalité du pouvoir est une manière efficace de lutter contre l’impossibilité de décider quand tout le monde devient partie prenante. La démocratie est un savant dosage entre verticalité et horizontalité. Un excès de verticalité finit par produire une dictature, ou une démocratie qui n’en a que le vernis, comme par exemple la Russie ou la Hongrie, un excès d’horizontalité finissant par l’impossibilité de gouverner. Ainsi, la dose de proportionnelle au parlement pour permettre une certaine représentativité des sensibilités de la population ne peut dépasser une certaine mesure, sinon l’assemblée se trouverait dans l’impossibilité de légiférer faute de pouvoir dégager une majorité.

La pratique de l’horizontalité du pouvoir ne peut réellement s’exercer que dans des communautés humaines peu nombreuses, où la gestion des intérêts de la communauté est possible si tous les acteurs se sentent responsables du sort de leur communauté et sont placés sur un pied d’égalité. Il existe en France de petites communautés (villageoises, rurales, autour d’une exploitation agricole souvent) qui pratiquent l’autogestion concernant leur lieu de vie commun et les moyens de production (agricole) dont elles disposent. Mais au-delà d’un certain nombre, l’autogestion devient purement et simplement impossible de par la complexité croissante des situations et la multiplication inexorable de tensions qui naissent du fait de l’apparition d’intérêts contradictoires.

On peut rêver d’une démocratie idéale, d’une VIe République qui réglerait tous les problèmes, notamment la question du présidentialisme que dénonce en permanence Edwy Plenel, présidentialisme s’inscrit  précisément dans la « verticalité » dont parlait Nicolas Sarkozy, mais la réalité, c’est que les sociétés humaines sont soumises à de telles tensions internes, à une telle entropie (l’entropie est ce qui mesure l’augmentation du désordre  inhérente à tout système) que la démocratie parfaite semble pure utopie. Ce qui ne doit pas non plus nous empêcher de vouloir y tendre, de même qu’en mathématiques une asymptote tend vers plus l’infini, car au bout du compte, ce qui importe, ce n’est pas tant la destination que le cheminement pour y parvenir. Si tant est qu’on y parvienne…

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