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Billet de blog 28 nov. 2020

L'éclaboussure

Les mots ont un sens dont les  médias mésusent. Une bavure, c’est ce qui déborde et laisse des traces. Comme une trace d’encre qui  s’étale en débordant hors du motif d’une lettre lors de son impression. Une bavure policière, c’est une intervention policière qui déborde du strict cadre de la loi pour dégénérer en violence.

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Le passage à tabac du producteur Michel Zecler par trois policiers (au motif qu’il ne portait pas de masque), le 21 novembre à Paris, ne peut être qualifié de « bavure policière ». Ce n’est pas une intervention policière qui dégénère, l’intervention en elle-même, gratuite, illégitime, illégale, est déjà en soi une infraction à la loi. Ce n’est pas une bavure, mais des violences volontaires en réunion d’une rare brutalité commises par des agents de la force publique sur la personne d’un homme d’origine africaine pour des motifs raciaux puisque la victime tabassée a été traitée de « sale nègre » par ses agresseurs. Des agents dépositaires de l’autorité publiques coupables de faux en écriture dans la mesure où les policiers ont établi dans leur procès-verbal que leur victime avait tenté de leur dérober leur arme, ce qui est contraire aux faits comme le révèlent les images des caméras de sécurité diffusées par le média Loopsider.

On ne peut pas parler là de bavure policière mais d’éclaboussure sur l’institution policière. Car ces policiers ne se sont pas comportés comme des agents de la force publique mais comme les membres d’un gang. Il est à espérer que l’enquête diligentée par l’IGPN sur les agissements de ces agents placés en garde-à-vue aboutira à leur révocation car ces individus n’ont pas leur place dans la police. Quand des agents dépositaires de l’autorité publique en arrivent, par leur comportement, à déposer ce qui fait le bien-fondé même de l’ordre républicain qu’ils sont censés représenter, on se dit qu’il y a là un sérieux problème de société.

Que les forces de l’ordre abritent en leur sein des individus violents, racistes, tenants de thèses d’extrême droite n’est pas chose nouvelle en soi, de même que la classe politique recèle aussi des gens qui n’ont cure de l’intérêt général et qui ne font de la politique que pour se servir, pour assouvir leur quête de puissance. La société humaine a ses brebis galleuses et les institutions républicaines n’y échappent pas, qui ne sont pas nécessairement des lieux d’exemplarité comme on pourrait l’espérer.

Si les mots ont un sens, il est très regrettable que Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, au journal télévisé de France 2, vendredi soir 27 novembre, ait parlé « de gens qui déconnent » en faisant référence aux exactions des policiers. L’avocate de Michel Zecler, Maître Afida el Ali, en réaction à ce terme « déconner », a déclaré que, pour poursuivre dans la même veine triviale, c’était « dégueulasse », car ces hommes n’avaient pas « déconné », qu’ils avaient commis des infractions, en l’occurrence des violences, que c’étaient purement et simplement des délinquants.

Pascal Quignard l’a écrit quelque part : « sous le vernis des ongles se cache la sauvagerie des griffes ». De nos jours, la barbarie affleure de plus en plus à la surface du masque de la civilisation.

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