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Billet de blog 19 mai 2021

«Je suis en terrasse», bis: la conception moderne de la liberté

Les terrasses rouvrent. Nous en profiterons. Mais jouons un peu les rabat-joie.

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Après les attentats de novembre 2015, les réseaux sociaux s'étaient couverts de l'inscription "Je suis en terrasse", comme une héroïque provocation à l'abjection terroriste.

Au-delà des multiples différences, la pandémie est un autre cataclysme, également vécu avec irrationalité, souvent avec peur, et donnant aussi lieu à un état d'urgence, à une énorme réduction des libertés. Mais, au bout du tunnel, se trouve maintenant le même espoir: aller en terrasse, "Je suis en terrasse", comme un retour aux jours heureux.

Aller en terrasse, bien sûr, est un plaisir. L'auteur ou autrice de ce blog ira en terrasse dès le 19 mai. Cafés et restaurant ne sont pas seulement "le sel de la vie", comme l'ont affirmé certains éditorialistes: ils sont au cœur de notre société, de l'art de vivre français et européen, de la civilisation.

Mais il est troublant et inquiétant de constater, comme en 2015, que la liberté se réduirait à cela: aller en terrasse, comme un symbole des libertés individuelles - et seulement individuelles. Aller en terrasse ou au cinéma, ou refuser de se faire vacciner: la notion de liberté est bien atrophiée. Selon cette logique, nous serions prêts pour l'extrême droite: n'est-ce pas le RN qui a revendiqué avec le plus de fermeté la réouverture des musées? Oublie-t-on que le fascisme italien ne restreignait guère le droit individuel d'aller au bar ou au spectacle? Et sans aller jusqu'au fascisme, conclura-t-on que le libéralisme, par son culte de la liberté des marchés, est le summum de la liberté?

Les libertés sont aussi collectives, et même: sans les libertés collectives, les libertés individuelles n'existent qu'en raison de la loi du plus fort. Malheureusement, on ne l'entend guère. "Je suis en terrasse" en 2015 se voyait plus que les manifestations contre l'état d'urgence. Les libertés de se réunir ou de manifester, entre autres, sont aujourd'hui en piteux état.

Nous réécririons ainsi ce que nous écrivions le 22 novembre 2015.

Tout en allant, bien sûr, néanmoins, dès ce 19 mai, boire un verre ou deux en terrasse.

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