Pour les étudiants, confinement rime parfois avec détresse sociale

La situation des étudiants sans ressources confinés dans les cités universitaires à Bordeaux et ailleurs est préoccupante. L'urgence sanitaire liée au coronavirus risque de produire une crise sociale parmi les plus défavorisés de nos étudiants.

Les CROUS semblent mettre du temps à réagir (même si des distributions de nourriture ont été organisées dernièrement ici à Bordeaux). Une cagnotte Leetchi  (https://www.leetchi.com/c/solidarite-continuite-alimentaire…) a été créée par un collectif qui organise la continuité alimentaire à Bordeaux (collectif "Solidarité: continuité alimentaire Bordeaux" dont vous trouverez l'appel en suivant ce lien : http://www.club-presse-bordeaux.fr/communiques/appel-collectif-solidarite-continuite-alimentaire-bordeaux). Un article du Monde d'hier relaie cette importante initiative locale. D'autres actions de ce genre se sont mises en place ailleurs, parfois par les universités elles-mêmes : à Paris 8, à Paris I ou à Lyon 3.

L'action individuelle (aussi généreuse soit-elle) ne saurait pallier l'insuffisance voire l'absence pure et simple d'engagement institutionnel à ce jour. Cette courte intervention revêt donc le caractère d'un appel. Il faudrait maintenant que les institutions concernées (les CROUS et les universités en particulier) généralisent les cellules de crise pour prendre en charge les situations de détresse liées au confinement à travers des mesures d'ampleur rapides et efficaces.

Comme un récit vaut mieux qu'un discours théorique, voici les faits à Bordeaux tels qu'ils m'ont été relayés par une collègue :

"Depuis le début du confinement, de très nombreux étudiants vivent isolés dans une détresse absolue : beaucoup n’ont pas mangé depuis plusieurs jours et vivent dans des conditions sanitaires déplorables : cafards dans les cuisines et sanitaires, punaises de lit, lieux vétustes, exiguïté des chambres (d’environ 9 m2).

Le CROUS a fermé ses restaurants universitaires et sommé ses résidents de rejoindre leurs familles en leur assurant que, dans ce cas, aucun loyer ne leur serait demandé. En revanche, un loyer continue d’être exigé des étudiants qui restent. Or il s’agit des plus vulnérables, précaires ou étrangers, dépourvus de leurs habituels revenus (jobs étudiants).

Le gel des loyers pour tous les étudiants s’impose d’autant plus que, sans revenus ni commerce de proximité, certains sont actuellement sous-alimentés. Sont également concernés au premier titre les étudiants qui ne dépendent pas du CROUS mais vivent actuellement confinés dans des studios exigus et continuent à verser leurs loyers, sans parvenir à se nourrir et se soigner correctement.

Sur le campus bordelais, le Collectif « Solidarité Continuité Alimentaire Bordeaux » a déjà livré en nourriture et produits de première nécessité environ 600 étudiants sur 750 demandes reçues. Les témoignages rapportés sont extrêmement inquiétants : certains étudiants « frissonnent » littéralement de faim. Le collectif ne compte actuellement qu’une vingtaine de membres. Il appelle des bénévoles et des fonds supplémentaires (cagnotte leetchi en ligne) mais surtout un relais institutionnel, celui du CROUS notamment, qui réponde à l’urgence de la situation (en assouplissant et en accélérant ses procédures notamment). L'action du collectif fera l'objet d'une dépêche AFP dans les prochains jours.

Il est malheureusement fort probable que cette situation de détresse absolue ne concerne pas seulement le campus universitaire bordelais. Face à l’ampleur de cette crise sanitaire, économique et sociale, il s’agit de relayer l’information, d’alerter les institutions et de débloquer les fonds et les moyens humains nécessaires, dans les plus brefs délais. J’en appelle donc à votre sollicitude."

 

 

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