La France n'a pas besoin du nationalisme.

Nous vivons dans des sociétés pluralistes où les croyances et les manières de vivre de ceux qui nous entourent sont diverses, y compris celles de nos amis les plus proches. Qui ne s’est jamais senti plus proche d’un Pakistanais rencontré lors d’un voyage au long court que d’un voisin incommodant ? Alors où trouver cette identité supposée servir de ciment aux membres du peuple ?  Quel est ce lien magique qui lie les hommes ?

Il suffit de réfléchir sur ce qui fait le lien social, ce qui lie les membres d’un peuple entre eux.

                               

LE LIEN QUI NOUS UNIT N’EST PAS IDENTITAIRE.

Ce lien n’est certainement pas en tous cas celui d’une identité nationale que l’on pourrait enfermer dans des frontières territoriales, comme le défend le Front National.

Pour les nationalistes le lien social est basé sur l’idée d’une communauté profonde et presque organique.Qui n’a jamais entendu : « on est chez nous en France »? Comme si la France était une grande maison et le peuple, les membres d’une même famille. Pourtant c’est faux : la plupart des Français ne sont pas frères au sens propre du terme.

On sait ce qu’a pu donner le principe du lien national élevé en idéal politique au XXe siècle : l’épuration ethnique, la xénophobie et la guerre.

Mais le nationalisme n’a pas de fondement : la crainte de l’étranger auquel il conduit est l’expression d’un fantasme, d’une superstition car l’étranger est partout dans une société pluraliste.

Il n’y a, en effet, plus d’identité nationale depuis longtemps, plus de « patrie à l’antique » comme nous disait Rousseau. Rome, Athènes et Sparte n’existent plus. Dans ces cités, les citoyens se sentaient liés par l’autochtonie, par une religion commune, par des mœurs profondément similaires. Les nationalistes d’aujourd’hui semblent nostalgiques de l’unité rêvée de ces cités. Mais tout cela est dépassé.

 

CE QUI FAIT QU’UN PEUPLE MODERNE EST UN PEUPLE.

Qu’est-ce qui fait aujourd’hui qu’un peuple est un peuple alors ? C’est d’abord le sentiment que chacun a de sa relativité, de sa finitude : chacun doit avoir le sentiment de faire partie d’un peuple plus grand que lui, de faire partie d’une personne morale commune qu’aucun ne saurait définir tout seul et qui nous est en partage.

Un citoyen c’est quelqu’un qui sait que sa tâche est de participer à la cohabitation d’un ensemble d’êtres divers libres de vivre comme ils l’entendent au sein d’un même peuple dont chacun fait partie à sa manière.

Un citoyen fait, ensuite, un contrat avec lui-même, celui de respecter les règles qui permettent la cohabitation fraternelle de tous. Mais cette fraternité n’est pas une fraternité de sang, c’est une fraternité construite par la volonté de chacun, par la participation de chacun à la vie publique et le respect des règles de vie commune. C’est dans l’expérience intime d’une subordination de sa volonté à la volonté générale que l’homme devient citoyen, dans le sentiment modeste de sa relativité.

Alors le citoyen est celui qui a fait un effort rationnel et volontaire de décentrement. C’est un être réfléchi, éduqué et autonome. Etre citoyen est une exigence de chaque instant grâce à laquelle chacun maintient en lui vivante une conscience politique.  La conscience politique c’est bien la conscience décentrée de celui qui fait l’effort modeste de se penser comme appartenant à un grand tout dont il n’est qu’un éclat fini.

Le citoyen, c’est aussi celui qui a arrêté de demander aux politiques de se mettre à son niveau mais qui se met au niveau des défis de la vie politique ; c’est enfin celui qui travaille dans le cadre de son pays à rendre possible la vie fraternelle avec ses concitoyens.

 

S’IL VOUS PLAIT, DIMANCHE, REFLECHISSEZ AVANT DE VOTER.

Il ne faut pas permettre au peuple de se baigner dans ses passions nationalistes qui n’ont jamais enfanté que des monstres. Etre citoyen, pour être à la hauteur des exigences de la démocratie, c’est la nécessité de l’intelligence ouverte toujours renouvelée pour permettre à tous de vivre ensemble dans la tolérance, loin des passions tyranniques trop faciles à attiser.

S’il vous plaît, dimanche, réfléchissez avant de voter !

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