Affaire Risso. Comment on affaiblit une institution et la démocratie?

On s’inquiète de la montée de l’abstention, de la violence, de l’influence des extrêmes, du rejet du politique, de la désaffection et de la méfiance pour les syndicats. On ne mesure pas à quel point des scandales comme l’affaire Risso peuvent détruire les potentialités des citoyens de base, produire le désengagement, la résistance passive et ternir l’image des institutions en déclin.

Affaire Risso. Comment on enterre un scandale.

Un inspecteur d’académie décide brutalement de suspendre un directeur d’école suite à un incident comme il s’en produit tous les jours dans toutes les cours de récréation. Une inspectrice locale incapable de gérer les conflits avec une ou deux familles, qui claque la porte d’une réunion qu’elle a elle-même convoquée, qui met le feu à tout un village jusqu’alors paisible et fier de son école. Des décisions successives à l’emporte pièce,  au mépris des lois, règlements, usages et instances paritaires. Une véritable cabale pour tenter de dissimuler les fautes et les carences de la hiérarchie. Un acharnement choquant dans une institution censée porter les valeurs fondamentales de notre démocratie.

Un enseignant consciencieux qui n’avait jamais demandé à devenir directeur d’école mais que l’institution a supplié d’accepter cette fonction compte tenu de ses compétences et de son engagement au service l’école, qui  n’a eu que des rapports d’inspection favorables et même très élogieux au fil de sa carrière… Avec un petit bémol  cependant : ce directeur d’école est un dessinateur et un caricaturiste de talent qui n’hésite pas à dénoncer des abus, des excès, des malaises dans le monde enseignant et à se moquer de comportements archaïques de petits chefs.

Trois années de souffrances et de combat pour Jacques Risso. Avec le spectacle désespérant des fuites, des frilosités, des lâchetés, de l’aveuglement face au pouvoir. Après un temps d’unité syndicale exceptionnelle, la compétition a vite repris le dessus et FO, le syndicat auquel adhère Jacques Risso, s’est retrouvé bien seul face  

  • à l’arrogance de l’inspecteur d’académie, soutenu par le recteur, et, à l’évidence par les bureaucrates des cabinets de trois ministres successifs (de gauche !)

  • au silence des inspecteurs du département, obéissants et soumis, et de leurs syndicats, gênés.

  • aux amis de l’Ecole Publique, également soumis ou compromis

  • au doute d’une partie des parents d’élèves manipulés par les agents de l’administration

    Et pourtant, la Justice a condamné cinq fois l’Education Nationale, avec des attendus qui sont de véritables procès des hiérarques, qui mettent clairement en évidence le caractère scandaleux de cette affaire qui n’aurait jamais su se produire si l’encadrement avait été compétent, attentif, respectueux, juste. Cinq jugements qui comprennent de nombreuses possibilités d’exploitation et de jurisprudences utiles voire salutaires pour les enseignants de base.

    Et que croyez-vous qu’il advienne ?

  • Pas un mot d’excuse et de compassion à aucun niveau. La page est tournée pour les coupables.

  • Pas la moindre sanction pour ceux qui sanctionnent aussi facilement et aussi bêtement. Au contraire…une promotion pourrait être accordée au principal coupable.

  • Pas la moindre remise en ordre dans un département qui a souffert de pratiques inquiétantes, démotivantes, effrayantes même pour les directeurs et directrices d’école qui savent bien qu’ils n’auraient pas fait mieux que Jacques Risso, alors que l’inspectrice elle-même s’est montrée incapable de gérer les conflits. Les directeurs et directrices d’école savent qu’ils peuvent, eux-aussi, être suspendus pour le moindre prétexte ou la moindre bévue de la hiérarchie

  • Pas un mot de tout ce que compte le paysage éducatif, de responsables syndicaux, politiques, associatifs… On ferme les yeux.  

  • Pas un mot dans les grands médias (pour l’instant… car nous poursuivons le combat), même ceux qui sont si friands de scandale

    Il y a de grandes leçons à tirer du scandale Risso. Mais qui voudra les tirer ? La majorité très silencieuse préfère jouer de l’éteignoir.

    Le système n’a pas réussi à tuer Risso et à l’enterrer… Alors, on enterre le scandale comme si cela arrangeait tout le monde. Un directeur d’école martyrisé durant trois ans, ce n’est à l’évidence qu’un détail.

    On s’inquiète de la montée de l’abstention, de la violence, de l’influence des extrêmes, du rejet du politique, de la désaffection et de la méfiance pour les syndicats. On ne mesure pas à quel point des scandales comme l’affaire Risso peuvent détruire les potentialités des citoyens de base, produire le désengagement, la résistance passive et ternir l’image des institutions en déclin.

    C’est la démocratie qui est en danger… Mais courage, fuyons et veillons à ce que cette affaire soit bien enterrée ! Le silence règne… ici et là.

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