Echec et math

La découverte des mauvais résultats des petits français aux évaluations internationales en mathématiques et en sciences est une nouvelle occasion de constater et de regretter l’addition et la multiplication des malentendus en matière d’éducation et d’apprentissages.

La découverte des mauvais résultats des petits français aux évaluations internationales en mathématiques et en sciences est une nouvelle occasion de constater et de regretter l’addition et la multiplication des malentendus en matière d’éducation et d’apprentissages.

Evidemment, les médias s’emparent de ce genre d’informations et en font des gros titres, toujours plus attentifs aux échecs  qu’aux réussites, souvent prompts à aider les tenants du retour à l’école du 19ème siècle parée de toutes les vertus. On oublie évidemment de rappeler la vérité historique : si l’école a été poussée à changer et à s’adapter, ce n’est pas parce que quelques ministres de droite et de gauche seraient devenus fous, c’est tout simplement parce que les résultats n’étaient pas et  ne sont pas à la hauteur des enjeux d’une société dont l’évolution s’accélère et impose des adaptations sinon des révolutions.

Dans ces circonstances, les conservateurs s’en donnent à cœur joie pour amplifier les procès et accumuler les condamnations.

Mais ceux qui se prétendent progressistes ne font pas mieux. En frôlant parfois la malhonnêteté intellectuelle, ils se rendent eux-mêmes complices de la réaction.

La France se trouve donc au dernier rang des évaluations internationales récentes pour les maths et les sciences. On ne peut évidemment pas se satisfaire de la situation et chacun s’empresse de donner son opinion au café du commerce et de proposer ses solutions.

A qui la faute ?

On accuse allègrement toutes les réformes ou réformettes successives dont aucune n’a pu être évaluée et régulée et qui, pour la plupart, n’ont pas été préparées et accompagnées correctement. On oublie qu’Edgar Faure, Olivier Guichard, René Haby, François Bayrou, ministres de droite, ont impulsé ou soutenu des réformes importantes et que l’école a connu une relative continuité républicaine de 1969 à 2007 (hormis la parenthèse réactionnaire de JP Chevènement). On oublie que Luc Ferry a cosigné les nouveaux programmes de 2002, qui étaient conformes à de grandes idées de réforme. Il est vrai que tous ces efforts ont été balayés d’un revers de main par Sarkozy/Darcos en 2008, pour imposer des programmes archaïques (proches de ceux de 1923) et un prétendu « retour aux fondamentaux », notion floue et facile qui étouffe la place de l’intelligence dans les apprentissages. On oublie aussi qu’il ne suffit pas de décréter, la mise en œuvre de réformes est très lente, d’autant qu’elles sont toujours contestées par les nostalgiques de l’école de Jules Ferry, même quand ils en ont été victimes.

La gauche met en cause les programmes de 2008. Elle a raison. Mais elle oublie qu’elle n’a rien fait pour les contester, qu’elle a laissé le pouvoir et l’administration poursuivre et condamner les enseignants qui s’y opposaient, qu’elle n’a rien fait pour informer et mobiliser l’opinion publique. Les « désobéisseurs », résistants aux politiques éducatives de la droite, ont été lourdement sanctionnés et la gauche revenue au  pouvoir, a refusé les réparations sollicitées. La gauche a fait mieux encore : faisant totalement l’impasse sur la loi de 1989 et les programmes de 2002, comme si elle en avait honte, elle a laissé penser, de 2012 à 2016, qu’il était possible de refonder l’école avec les programmes de 2008, les plus mauvais programmes que notre école ait connus depuis 1970. Certes, elle a annoncé de nouveaux programmes qui sont péniblement arrivés en 2016. Durant 4 ans, avec l’autoritarisme bien connu de l’encadrement, les « nouveaux vieux programmes » de 2008 ont continué à être imposés, promus, contrôlés, comme s’il n’y avait pas eu d’alternance politique et d’annonce de refondation. Le maintien de ces programmes a été un frein terrible pour la refondation. Il rend dubitatifs tous les enseignants qui ont connu ceux de 2002, ceux de 2008, et découvrent ceux de 2016 qui seraient, selon les experts qui ne savent pas faire l’école, différents de ceux de 2002 écrits par à peu près les mêmes auteurs ! Il y a vraiment de quoi s’emporter face à ces aberrations et se réfugier dans une résistance passive bien connue depuis longtemps dans le système éducatif.

La gauche met en cause la suppression de la formation des professeurs d’école par la droite. Elle a raison. Elle l’a rétablie… mais sans la changer, cautionnant fortement les tenants d’une formation universitaire disciplinaire cloisonnée, de haut niveau évidemment.

Les réponses officielles à l’annonce des résultats de l’évaluation internationale ont fusé. Il faut plus d’heures de math et de science… Il faut mieux former aux disciplines…Il faut des dispositifs de remédiation plus efficaces… Peut-être faudra-t-il plus d’inspecteurs pour contrôler l’application des programmes et piloter…Sans doute faudra-t- il moins d’élèves par classe… Evidemment, il  faudra, comme on le répète depuis 30 ans et plus, revenir aux fondamentaux, même si on ne les a jamais abandonnés. Mais qui connait les réalités des classes ?

Le sens des activités scolaires, la transdisciplinarité qui donne du sens et fait gagner du temps en permettant d’apprendre à penser, à parler, à lire et à écrire dans d’autres disciplines que la grammaire/conjugaison, la place de l’intelligence, la PEDAGOGIE… tout cela attendra les prochaines évaluations.

Les « pédagogistes prétentieux » pour M. Fillon et les « assassins de l’école » pour  de tristes auteurs seront à nouveau d’affreux boucs émissaires dans les collimateurs de ceux qui, à droite et à gauche, font tout pour que rien ne change.

Et, dans le nouveau contexte prévisible, on peut s’attendre au pire, malgré tous les efforts des enseignants dans les écoles. Que d’intelligence gaspillée et d’occasions ratées !

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