L'ennui : un sujet tabou ?

L’ennui des élèves est une réalité. Son accroissement régulier au fil des ans est incontestable. Il ne peut échapper ni aux observateurs attentifs aux comportements en classe ni aux enseignants eux-mêmes aux prises avec les difficultés d’attention, ni aux parents et grands parents qui écoutent les commentaires de leurs enfants après la classe.

L’ennui des élèves est une réalité. Son accroissement régulier au fil des ans est incontestable. Il ne peut échapper ni aux observateurs attentifs aux comportements en classe ni aux enseignants eux-mêmes aux prises avec les difficultés d’attention, ni aux parents et grands parents qui écoutent les commentaires de leurs enfants après la classe. On pourrait problématiser les situations, analyser les réalités, expérimenter et comparer des solutions, au moins s’interroger et réfléchir, sans accuser les élèves en regrettant qu’ils ne sont plus ce que nous avons été.

Il y a de nombreuses hypothèses à vérifier par rapport au sens des activités scolaires – ce qui n’est pas un problème nouveau - , aux démarches pédagogiques, au refus de prendre en considération les savoirs des élèves qui se sont considérablement accrus depuis quelques dizaines d’années avec les changements de l’environnement immédiat, avec l’usage généralisé des outils numériques, avec l’évolution des relations humaines entre les élèves hors l’école, entre adultes et enfants… Rien que de plus normal que les choses changent avec le temps et le progrès.

Pourtant, dès que l’on aborde ce problème avec les enseignants, en particulier dans le second degré, chacun sort son bouclier et sa lance, comme si la personne de chaque enseignant était mise en cause de manière inacceptable, intolérable, voire stupide. Certes les choix  des enseignants, leur personnalité, leur enthousiasme, peuvent avoir une influence sur l’attention des élèves et sur leur implication dans leurs apprentissages. Mais on sait bien que le problème n’est pas là. L’importance du charisme est discutable (cf le danger de la séduction), l’enthousiasme pour sa discipline n’est pas naturellement partagé, les choix ne concernent le plus souvent que l’apparence mais pas le fond. On peut mettre de la confiture et du numérique sur le pain, si c’est le même pain, il n’est pas sûr que la digestion sera meilleure. Un cours magistral bien préparé par un enseignant sympathique avec un zeste de technologies nouvelles reste un cours magistral.

Ce n’est généralement pas l’enseignant qui est en cause. En tout cas, s’il l’est, ce qui peut arriver, c’est dans une proportion très faible par rapport aux vrais problèmes :

  • Celui      de la formation des enseignants. Traite-t-on les questions de l’ennui, de      la fatigue, du sens des apprentissages scolaires pour les élèves, des      outils, du travail hors cours ?
  • Celui      des programmes disciplinaires. Articulation avec le socle ?      Possibilité de réaliser tout, programmes que l’on ne réussit jamais à      finir et socle ?
  • Celui      de la pédagogie. Prise en compte des savoirs acquis et des compétences      construites  hors de l’école.

L’ennui des élèves ne peut pas être un sujet tabou. Et il n’y a pas de scandale à traiter intelligemment, collectivement, avec le concours d’experts, un problème qui gangrène l’école et souvent pourrit la vie des enseignants eux-mêmes, démunis. Les savoirs disciplinaires cloisonnés à transmettre et la rigueur de la didactique des disciplines ne résoudront jamais le problème.

 

 

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