B-a ba ou mixte, il s'agit bien de politique!

Une tendance semble se dessiner dans le paysage éducatif. On commence à se rendre à l'évidence que la globale, la galeuse, n'existe nulle part. Et donc, c'est la mixte qui serait responsable de l'échec persistant de l'apprentissage de la lecture...

Au moment où la recherche de consensus et d'accords avec l'opinion publique s'amplifie, un grand danger réapparaît dans la "comm" qui dirige le monde. Nous le connaissons depuis longtemps. On me dit que Natacha Polony, journaliste, soutien de Brighelli et de tout ce que le paysage éducatif compte de conservateurs, qui avait fait un portrait de moi au vitriol, de type "Wanted avec photo" sous le titre "PF, héraut du stalinisme pédagogique" (NB), qui a largement participé au dénigrement des pédagogues, reconnaît enfin que la méthode globale n'existe pas. Elle en conclut que c'est la "méthode mixte" qui est coupable de l'échec massif, persistant, de l'apprentissage de la lecture.

Le combat pour la réussite scolaire pour tous va devoir s'adapter. Il faudra des années pour que Natacha Polony et tant d'autres penseurs se rendent compte que les "méthodes mixtes" sont quasiment toujours une imposture, un habillage du b-a ba, pour lui donner une apparence plus intelligente. Quelques pages, au début des manuels, d'écrits proches du réel pour s'en libérer très vite et plonger dans la mécanique hors sol avec une meilleure conscience. On n’en sort pas.

C’est évidemment une question pédagogique, une conception des apprentissages et de la place de l’intelligence dans ces apprentissages. C’est une question politique au sens où il s’agit en fait de démocratie, de lutte contre les inégalités, d’émancipation, de liberté.

Le passage du b-a ba à la mixture soulagera les politiques qui risqueront moins de déranger l'opinion publique, surtout en s'appuyant sur une pensée que l'on répand facilement: "Tous les enfants n'apprennent pas de la même manière", ce qui est vrai, mais ce qui permet le plus généralement, d'imposer le b-a ba aux enfants qui n'ont pas la chance d'avoir appris à lire vraiment, dans leur milieu, avant d'apprendre à déchiffrer, à l'école. Pour les enfants de pauvres, il faut évidemment des méthodes plus bêtes que pour les autres...

Je n'oublie jamais que, gosse de pauvres, sans le moindre livre à la maison sauf le livre de messe en polonais, j'étais étonné de faire le «o » de coq (avec un magnifique dessin de coq affiché qui me fascinait indépendamment du « o ») et le « i » de je ne sais plus quoi, alors que je savais lire depuis longtemps (pas deviner), « interdit d'afficher » sur les murs de la fosse 3 de Liévin, « interdit de cracher », « interdit d'uriner », sur les murs du café du coron et aussi « vin de table », etc. Je cherchais les interdits ailleurs. Grande victoire quand j'ai trouvé un « interdit » dans un train et que mon père m’a dit « de descendre en marche ». Le b-a ba au CP me semblait autre chose, lié à l'école, "parce que l'on est à l'école", sans rapport avec cette découverte que dans "interdit", il y a un "i" qui ne se dit pas "i", début d'une mise en œuvre de l'intelligence en exploitant les comparaisons. On n’avait pas encore fait « i » et encore moins « in » que l’on était appelé à voir plus tard

Le combat sera rude... même avec les gens qui n'avaient pas de livres chez eux non plus, mais qui ont été bien conditionnés par une pensée dominante dont ils sont parfois (souvent?) les victimes.

La confiture sur le pain qui ne change pas depuis 100 ans et plus, ne change pas le pain...

http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2017/01/02/310-un-enfant-en-difficulte-que-faire 

NB. Dans Marianne où elle écrivait à l’époque. Sans jamais être venue enquêter sur le terrain ni m’avoir rencontré. Cela a fait rire dans ma circonscription et amusé mes collègues. Depuis, il  est vrai, nous  avons été capables d’échanger et même de débattre assez longuement sur RFI.

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