Pourquoi Vincent Peillon s'est-il enfui du ministère?

Nous aurons raté, une fois de plus *, un grand rendez vous avec l’histoire.Malgré les efforts considérables de communication du pouvoir, malgré l’accumulation de réparations et de mesures, comme l’avait déjà dit Edgar Faure après la crise de 1968, « l’immobilisme est en marche et on ne sait pas comment l’arrêter ». Certes, les efforts sont incontestables et bienvenus...

 

Malgré les efforts considérables de communication du pouvoir, malgré l’accumulation de réparations et de mesures, comme l’avait déjà dit Edgar Faure après la crise de 1968, « l’immobilisme est en marche et on ne sait pas comment l’arrêter ». Certes, les efforts sont incontestables et bienvenus, mais ils n’ont rien changé au fond et le maintien des réformettes antérieures sans engagement sur un projet global neuf mobilisant la Nation toute entière a cassé les velléités de refondation.

 Le pouvoir en place porte une lourde responsabilité dans cette dégradation. Même Vincent  Peillon qui aurait pu être un grand ministre de l’Education Nationale, qui s’est laissé enfermer dans l’affaire du temps scolaire noyant la refondation, n’a pas eu le courage politique nécessaire. Pourquoi s’est-il enfui ? Qui le sait ?

L’encadrement intermédiaire dont le rôle pouvait être déterminant, qui avait été formaté sous Sarkozy par la “blanquerisation” ** (mastérisation, pilotage par les résultats, développement de l’autoritarisme, pensée unique) n’a pas su profiter de la période favorable en 2012 pour s’engager dans une nécessaire refondation des missions et des pratiques (l’éthique de l’inspection ! Cf Dominique Senore) attendue. Il est vrai que le fonctionnement pyramidal autoritaire ayant été conforté, les marges de manœuvre pour l’innovation n’ont pas pu s’élargir.

L’éducation populaire n’a pas su se refonder alors qu’elle en avait la possibilité dans les projets éducatifs de territoire (PEdT). Elle aurait pu être un acteur majeur de la mobilisation nécessaire de la Nation et un levier pour la transformation de l’école. Elle a été réduite au complaisant « service après vote ». Les PEdT ont été administratisés, technocratisés, dans le droit fil de l’histoire contemporaine de l’école avec ses usines à cases et son dérisoire pilotage par les résultats apparents.

Les Jean Macé et les Jules Ferry des temps modernes sont absents. Ils ont peut être été étouffés par le défaut de courage politique des gouvernants, le conformisme dominant, l’électoralisme à court terme qui conduit les candidats aux responsabilités à se réfugier dans le conservatisme et la nostalgie, avec quelques réparations et corrections aux marges pour se donner bonne conscience.

L’Histoire expliquera pourquoi la Nation a été incapable de mettre en œuvre un grand projet neuf, démocratique, ambitieux, avec une vision prospective de la société et pourquoi la gauche a été incapable d’assumer sa responsabilité en la matière. Mais il sera évidemment bien trop tard. La destruction de l’école sera achevée.

(*) Rappel des abandons : propositions de Jean Zay, plan Langevin Wallon, école fondamentale, loi d’orientation de 1989 (Jospin)…

(**) du nom d’un très haut fonctionnaire qui a joué un rôle déterminant sous Sarkozy.

 

 

 

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