Victoire totale pour Jacques Risso

Le Tribunal administratif vient d’annuler le blâme infligé à Jacques Risso par l’inspecteur d’Académie du Vaucluse, toujours en poste. Un véritable camouflet C’est la 5ème condamnation de l’Education Nationale dans cette affaire scandaleuse! Pas un mot d’excuse, pas la moindre compassion pour les 3 années de souffrance vécues par Jacques Risso et son entourage.

D’une pitoyable inspectrice jusqu’au cabinet du ministère, en passant par tous les échelons de la hiérarchie – un malfaisant : l’inspecteur adjoint à l’inspecteur d’académie, un incompétent arrogant : l’inspecteur d’académie, un complaisant méprisant : le recteur de l’académie promu depuis -, l’Education Nationale sort par le très bas d’une affaire qui n’aurait jamais du exister dans une institution censée porter les valeurs humanistes les plus nobles.

  • Une décision scandaleuse de suspendre un directeur d’école dans des conditions aberrantes.
  • Un acharnement souvent ignoble avec des manœuvres, des chantages, des pressions.
  • Une vie brisée par 3 années de souffrance indescriptibles.
  • Une image détestable du fonctionnement archaïque du système éducatif.
  • Une déception abyssale face à la couardise, au silence, à la complicité de responsables syndicaux, politiques, associatifs, qui n’ont même pas l’honnêteté morale et intellectuelle de reconnaître leurs carences. FO Vaucluse a été la seule organisation qui, envers et contre tout, aura lutté sans faille, pour le  droit, la justice et le respect des enseignants de base.
  • Un doute et une grande tristesse face à la quasi absence de solidarité des collègues, encore fortement infantilisés et soumis à une hiérarchie sclérosée, des partenaires de l’école (Ligue, associations), des élus, comme si l’Education Nationale posait une chape de plomb sur la vie locale. Les fuites, les regards qui se détournent, les silences embarrassés, la lâcheté parfois, resteront gravés dans nos mémoires.

La Justice a condamné 4 fois l’Education Nationale, rendu son honneur à Jacques Risso, exigé le rétablissement de ses droits. Elle a débouté l’inspectrice  qui, avec le soutien de ses chefs, prétendait me faire mettre en examen pour diffamation parce que, expert en la matière, j’avais démontré objectivement son incompétence coupable. J’ai toujours considéré, en dépit d’un pseudo esprit de corps, que l’on n’a pas le droit de défendre l’indéfendable. A noter que l’Etat est condamné, au total,  à verser 10 000 euros à Jacques Risso. Si l’on y ajoute les frais de justice, le coût des remplaçants nécessaires, le coût du temps perdu par des cadres chargés d’éplucher les dossiers, on peut considérer que les pertes pour l’Etat sont loin d’être négligeables et qu’il serait bien logique, en bonne morale, que les coupables soient poursuivis et condamnés, pour le moins, à régler à l’Etat les sommes dues et les frais de justice. Les contribuables n’ont pas à prendre en charge les conséquences de l’incompétence des services de l’Etat. Il est vrai que Jacques Risso attendra longtemps le règlement des sommes qui lui sont dues.

Et voilà qu’enfin, le dernier acte à effacer, le blâme infligé à Jacques Risso par l’inspecteur d’académie, est enfin annulé. Cinq condamnations pour l’éducation Nationale. Victoire totale pour Jacques Risso La honte pour les coupables ! La justice a, à nouveau, tranché avec des arguments d’une logique imparable, parfaitement mis en lumière par l’excellente analyse juridique d’André Legrand publiée par la revue « Actualité Juridique Fonction Publique » de septembre/octobre 2016 (pages 267 et suivantes). Le rapporteur de la République a expliqué que l’on avait accusé Jacques Risso de n’avoir rien fait (pour une histoire de cour de récréation. Note PF) alors qu’il a toujours tenu son administration informée, et que, lorsque celle-ci est enfin intervenue, elle a été incapable de faire mieux (elle a même fait bien pire, détruisant le fonctionnement d’une école et semant le trouble dans le village. Note PF)

Au tableau noir, 3 années de souffrance, des préjudices de tous ordres, considérables, des moments dramatiques, des pertes financières en termes de frais de justice, de rémunération des avocats, de déplacements, de temps perdu…

Et pas un mot d’excuse. Pas le moindre regret exprimé. Au contraire, l’arrogance est toujours de mise. On affirme même dans certains milieux que l’inspecteur d’académie  attend une promotion. Si tel était le  cas, nul doute qu’il aurait droit à une des magnifiques caricatures de Jacques Risso, en hommage à ses grandes qualités professionnelles et humaines !!!

Jacques Risso ne doit sa survie et sa victoire qu’à lui – même, à son entourage, à son comité de soutien, à son syndicat (FO dont le secrétaire général national s’était lui-même ému et mobilisé), à son admirable déléguée départementale, Chantal Fassié, à son remarquable avocat.

Quelle joie pour moi à la lecture de tous les jugements successifs ! Mais quelle tristesse pour le militant syndical et politique qui a défendu et promu l’Ecole durant 50 ans, qui s’est battu depuis toujours pour une réelle refondation du système éducatif remettant en cause l’ensemble de son fonctionnement ! Et quelle déception devant l’absence de courage de nombre de ses anciens collègues inspecteurs, soumis, et de tant de soi-disant défenseurs de l’Ecole, absents, compromis ou complaisants, devant l’injustice pourtant si criante.

Comment changer l’Ecole ? Par exemple, dans un département où l’image du système éducatif a été aussi gravement détériorée ? Et, malheureusement, ailleurs, dans tous les départements où sévissent des petits chefs, où, pour rependre une pensée de Philippe Meirieu, « tant d’enseignants se laissent happer en quelques mois par l’entropie scolaire, ou bien, brutalement, dans un geste dérisoire ou terrible dont le bruit est bien vite absorbé par l’ouate institutionnelle ». Jacques Risso a échappé au pire. Nous sommes au moins quelques uns à nous en réjouir. Nous ne laisserons pas la ouate institutionnelle cacher les souffrances qui font des velléités de refondation, une grande illusion.

NB. Jacques Risso est ce directeur d'école, militant pédagogique, humoriste, dessinateur, qui a illustré mon livre "L'école. En rire, en pleurer, en rêver". Préface d'André Giordan. Postface de Philippe Meirieu. Editions Chronique Sociale; 2012.

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