La ministre et les bonnes vieilles méthodes

Extrait de l’éditorial de la lettre de ToutEduc n° 338. 16/11/2016 Il sera plus difficile de se réclamer de lui (Dehaene), ou de Michel Zorman auquel la ministre a rendu hommage, pour vanter la "méthode syllabique et les bonnes vieilles méthodes"

Extrait de l’éditorial de la lettre de ToutEduc n° 338. 16/11/2016

 

 

« Najat Vallaud-Belkacem avait confié à Stanislas Dehaene le soin de faire la synthèse des propositions de la pléiade de scientifiques impliqués. Lui dont les travaux sont souvent cités par les politiques partisans du "retour aux fondamentaux", s'est réjoui de n'avoir entendu aucun de ses pairs évoquer l'imagerie cérébrale, sa spécialité qui lui a souvent servi d'argument d'autorité pour ses thèses sur l'apprentissage de la lecture. Pour lui, ce sont les sciences cognitives qui doivent être au centre de la réflexion sur les apprentissages... ".. Il sera donc plus difficile de se réclamer de lui, ou de Michel Zorman auquel la ministre a rendu hommage, pour vanter la "méthode syllabique" et "les bonnes vieilles méthodes. »

 

Avis

Ce n’est pas la première fois que notre ministre Najat Vallaud-Belkacem affiche sa préférence pour les bonnes vieilles méthodes. Et on sait que la parole médiatisée est plus importante que les programmes. On se souvient peut – être de la souffrance des enseignants de  CP progressistes, en 2005, quand des parents, des maires (achat de manuels),  des collègues de CE1, l’association ultra réactionnaire SOS Education,  exigeaient le “retour au b-a ba” puisque le ministre l’avait dit à la télévision... Najat Vallaud-Belkacem  a exprimé depuis longtemps son soutien à Zorman (qui est un médecin, qui n’a pas de compétence dans le domaine des apprentissages...) et son choix de Dehaene n’est pas neutre...

Il est vrai qu’elle dit et  fait comme Allègre, comme Lang (qui s’est félicité du retour à la grammaire comme préalable à la maitrise de la langue dans les programmes débiles de 2008)... comme Darcos et Sarkozy.

Ce n’est pas un conflit de “méthodes”, d’opposition entre républicains et pédagogues, de querelles dérisoires... Et c’est amusant de voir comme les conservateurs s’emparent des travaux d’une tendance des neurosciences pour déclarer que le débat est dépassé et que les neurosciences « prouvent » que les méthodes du 19ème siècle sont les meilleures, oubliant qu’elles avaient fait la preuve de ... leur inefficacité. Voir les résultats des gosses arrivant en 6ème du collège unique au début des années 70.

En fait, il s’agit d’un problème idéologique... Eh oui... Rien moins que celui de la place de l’intelligence dans les apprentissages. Une broutille...

Pas étonnant que lorsque l’on passe tout au tamis, on cherche en vain le sens de la refondation au-delà des réparations nécessaires et de la communication.

Je le redis, avec une immense tristesse: dans les classes, dans les écoles, à part la juxtaposition des activités périscolaires aux activités scolaires qui n’ont pas changé, il n’y a rien de neuf. Dans les écoles que je connais bien, les enseignants disent que rien n’a changé vraiment depuis 2012. Hélas ! Hélas ! Hélas !

J’entends déjà les voix de soi-disant progressistes s’exclamer : « Mais ce débat est dépassé ». Evidemment. Cela soulage les conservateurs obstinés. Surtout, ne changeons rien. Tout va bien…

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