Chronique de ma mort annoncée de la refondation de l'école

On aurait mieux fait de ne pas choisir le mot refondation pour l’école en 2012. On ne l’a d’ailleurs jamais défini précisément, oubliant même son sens profond (quel lien avec fondement, fondation, fondamental ?)...

On aurait mieux fait de ne pas choisir le mot refondation pour l’école en 2012. On ne l’a d’ailleurs  jamais défini précisément, oubliant même son sens profond (quel lien avec fondement, fondation, fondamental ?), acceptant que la notion soit d’emblée noyée dans une réforme du temps scolaire sans rien changer d’autre et sans garantir une réelle articulation entre le scolaire et le péri scolaire, et, au-delà, avec l’éducation populaire.

La refondation est morte depuis longtemps. Elle est désormais enterrée. Personne n’en parle d’ailleurs. Les programmes des candidats aux primaires n’utilisent pratiquement pas le mot, sans doute dans un réflexe salutaire d’honnêteté intellectuelle. Même les anciens ministres de l’Education Nationale l’ont quasiment oublié ! Ils ne présentent que des mesures, des dispositifs, des promesses de moyens, l’amélioration de l’existant… Que des corrections, des réparations, des aménagements, sans toucher au fond. On sait bien que l’électoralisme à court terme interdit la prospective et l’audace.

On a connu exactement la même histoire avec la loi d’orientation de 1989 (loi Jospin). En 2002, son auteur, candidat malheureux aux élections présidentielles, n’en a jamais dit un mot au cours de sa campagne… En 2012, personne n’a osé évoquer l’ambition perdue à l’époque, on a tenté d’engager des réformettes comme si on partait de la table rase, jetant aux orties tous  les textes produits par les penseurs contemporains, par les mouvements pédagogiques et même par les groupes d’experts du PS lui-même.

Comme le conservatisme dans le domaine de l’éducation est bien réparti de l’extrême droite à l’extrême gauche, partageant les mêmes idées (hors la question des moyens de l’augmentation des moyens que la gauche promet encore), on peut considérer que le combat pour une école démocratique est perdu … même si la gauche l’emportait miraculeusement !

Au niveau des moyens, on persiste à laisser croire que le renforcement des moyens sans engagement de transformation fondamentale des pratiques pédagogiques suffira à améliorer les résultats. C’est absurde : on peut par exemple dédoubler les CP (cela a déjà été tenté… par la droite ! Cf Luc Ferry), si c’est pour  faire de la même chose de la même manière, ou pour faire pire au nom du « retour » aux bonnes vieilles méthodes qui ont fait la preuve de leur inefficacité, cela ne change rien. Et c’est vrai pour tous les apprentissages.

La refondation était indispensable. Elle est foutue. De profundis !

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