L'enterrement de la refondation de l'école

La refondation de l’école était morte avant d’avoir vécue. On ne pourra pas reprocher à Benoît Hamon un manque d’honnêteté, il n’en parle quasiment pas. Elle est donc enterrée. Il ne parle que de l’aménagement du temps scolaire, qui, malgré sa nécessité et ses vertus, n’a pas grand-chose à voir avec une refondation.

La refondation de l’école était morte avant d’avoir vécue. On ne pourra pas reprocher à Benoît Hamon un manque d’honnêteté, il n’en parle quasiment pas. Elle est donc enterrée. Il ne parle que de l’aménagement du temps scolaire, qui, malgré sa nécessité et ses vertus, n’a pas grand-chose à voir avec une refondation. Il est vrai que la refondation n’a jamais été définie.

Je l’affirmais dès le lendemain de la consultation nationale de l’été 2012 : l’usage du terme « refondation » était un abus de langage.

 Il est inconcevable de refonder l’école en se limitant à la réduction de 45 minutes de la journée scolaire et en y ajoutant des activités périscolaires diverses, juxtaposées aux apprentissages scolaires, en fonction des moyens financiers et humains des collectivités locales.

Il est impossible de refonder l’école et d’évoquer un projet éducatif de territoire sans mobiliser dès le départ l’ensemble de la communauté éducative qui a été contrainte d’attendre les consignes frileuses de l’Education Nationale, seule habilitée à valider des projets selon des critères issus des politiques précédentes et des règles strictement administratives. Le sevrage de la machine école, devenue autoritaire et techniciste, formée au pilotage par les résultats apparents, n’est toujours pas réalisé.

Il est impossible de refonder l’école avec les programmes de 2008, maintenus souvent avec zèle par une hiérarchie formatée par le pouvoir précédent, contestés pour leur indigence par tous les progressistes. L’annonce de nouveaux programmes pour 2015, ou 2020 tant la chose est délicate, ne permet guère la prise de conscience dans les milieux enseignants de l’exigence de ruptures, de transformations fondamentales, si l’on veut vraiment inscrire l’éducation dans une perspective à long terme.

Il est impossible de refonder l’école avec la même formation rétablie, avec les mêmes pratiques d’inspection, avec la même manie de considérer que tout va bien quand les usines à cases fonctionnent, avec le même fonctionnement pyramidal, avec les mêmes cloisonnements entre les disciplines, entre le scolaire et le périscolaire, entre les finalités et les contenus, entre le formalisme et la vie réelle, etc

L’idée était belle

Faute de courage politique, faute de mobilisation de l’intelligence collective du terrain, faute d’écoute des spécialistes libres, elle n’aura été qu’un mirage.

Elle aura vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin… Exactement comme la loi de 1989 (loi Jospin) qui était pourtant refondatrice et qui fut abandonnée par ses propres auteurs et leurs amis, sans une larme, et sans jamais avoir citée comme une référence pour la prétendue refondation de 1012.

La gauche aura raté ce grand rendez vous de l’histoire. Malgré les efforts budgétaires, la destruction se poursuivra et s’accélèrera avec le tsunami du numérique.  

Dommage.

 

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