Affaire Risso. L'Etat à nouveau condamné

Une forme d’omerta existe aussi à l’Education Nationale. Malgré les conquêtes syndicales contre les risques d’arbitraire et l’autoritarisme, malgré le paritarisme, des hiérarques ont le pouvoir absolu et les sujets vivent dans la culture de la soumission ou de la compromission. L’exemple de Jacques Risso dans le Vaucluse est un cas d’école qui devrait provoquer des révoltes et des réformes...

 

Affaire Risso. Suite.

 

Condamnée à nouveau au TA, l’Education Nationale a tout faux.

 

Quel gâchis !

 

Une forme d’omerta existe aussi à l’Education Nationale. Malgré les conquêtes syndicales contre les risques d’arbitraire et l’autoritarisme, malgré le paritarisme, des hiérarques ont le pouvoir absolu et les sujets vivent dans la culture de la soumission ou de la compromission. L’exemple de Jacques Risso dans le Vaucluse est un cas d’école qui devrait provoquer des révoltes et des réformes, mais le silence règne…Effrayant dans un monde où l’on parle de valeurs, de démocratie, de respect, de justice… Ministres de droite ou de gauche, rien ne change.

 

Il est vrai que Jacques Risso dérange. Il est syndiqué à FO. C’est un pédagogue. Et surtout, il dessine avec humour, il caricature avec talent, il dépeint le fonctionnement de l’institution et la souffrance des enseignants avec une pertinence coupable. De plus, il a illustré le livre de Pierre Frackowiak, « L’école. En rire, en pleurer, en rêver », préfacé par André Giordan et postfacé par Philippe Meirieu ! Quel crime !

 

Le 30 août 2013, Jacques Risso, directeur d’école, est suspendu d’office de ses fonctions de directeur et de professeur des écoles, par l’Inspecteur d’Académie du Vaucluse, dans des conditions scandaleuses, au mépris du droit et de la démocratie. Le fait du prince !

 

Le 4 décembre 2013, un rapport de l’Inspection Générale souligne les erreurs de l’administration de l’Education Nationale et l’incompétence des hiérarques concernés. Le recteur oublie de lire les 20 dernières pages accusatrices. On range le rapport au fond d’un tiroir.

 

Le 11 septembre 2014, un jugement en référé du Tribunal Administratif de Nîmes  attribue à Jacques Risso la direction de l'école Empereur à Saint-Saturnin lès Apt.

 

 

 

Le 18 février 2015, le Tribunal correctionnel d’Avignon déboute l’inspectrice de l’Education Nationale de sa plainte pour diffamation contre le syndicat FO qui défend Jacques Risso. A noter que cette inspectrice n’a pu accomplir sa démarche qu’avec l’accord et le soutien de l’inspecteur d’académie. Elle avait également poursuivi Pierre Frackowiak pour diffamation, mais la présidente du tribunal avait, après une longue audition, renoncé à la mise en examen envisagée.

 

 

 

Le 21 janvier 2016, le Tribunal administratif  de Nîmes confirme la légitimité de la nomination de Jacques Risso sur un poste de directeur, annule les décisions de l’IA et condamne l’Etat à 6 200 euros d’amende.

 


Le 18 février 2016, le Tribunal administratif impose au rectorat de communiquer le contenu du dossier informatique, constitué contre Jacques Risso à son insu, et condamne l’Etat à 1000 euros d’amende.

 

 

 

Au total, l’Education Nationale est durement sanctionnée. L’Inspecteur d’Académie du Vaucluse, le recteur de Marseille, la hiérarchie intermédiaire (IEN, IEN A), probablement des membres du cabinet des ministres successifs sont gravement mis en cause pour une affaire qui a fait des dégâts considérables sur le plan humain pour Jacques Risso et ses proches, au niveau de l’école et du village de Rustrel, au niveau de l’image de l’Education Nationale dans l’opinion publique, au niveau de la capacité de mobilisation des enseignants pour une refondation annoncée de l’école.

 

 

 

Quel gâchis !

 

 

 

Mais l’inspecteur d’académie est toujours là, avec sa suffisance, accumulant les erreurs.

 

Mais le recteur concerné a été promu.

 

Mais le ministère se tait.

 

Mais de nombreux responsables syndicaux, associatifs, politiques, se détournent ou plongent la tête dans le sable…

 

L’institution peut tuer un enseignant de base… mais il ne faut pas en parler. On ne dérange pas la pyramide, même quand elle écrase sa base.

 

 

 

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