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Billet de blog 7 avr. 2022

Macron : non au chantage d’un autoritariste à la menace fasciste

M. Macron a construit Mme Le Pen comme une sorte d’alliée objective. Il veut amener la Gauche sociale à choisir le pire contre le pire. A ce chantage, disons non. Je prône une alliance sans faille aux Législatives d’un Bloc républicain, social et démocratique, pour en faire le vrai second tour.

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Madame Le Pen souhaite « organiser un référendum sur les questions essentielles de la maîtrise de l’immigration, de la protection de la nationalité et de l’identité françaises et de la primauté du droit national qui permettra de rétablir, par “la voie la plus démocratique qui soit”, pour reprendre l’expression du général de Gaulle, et donc de manière incontestable, la volonté souveraine du peuple français ». Elle s'inscrit clairement hors de l’universalisme des Pères fondateurs de la République, qui n’ont jamais voulu établir ces distinctions. Dans les pas de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, cette philosophie des Lumières ne distingue pas les hommes selon leurs origines.

La "primauté du droit national" ??? Mais elle existe déjà ! L’édifice légal français est conçu selon la pyramide Constitution/Traités (ratifiés par le Parlement, validés par le Conseil constitutionnel)/lois. Mais la Déclaration des Droits de l’Homme n’a été incluse dans l’appareil de droit qu’en 1971 par le Conseil constitutionnel. Les Traités, c’est la parole de la France. La France ne doit-elle plus avoir de parole ? La primauté des Traités est fondamentale, à l’heure, par exemple, où les derniers membres du Conseil constitutionnel, désignés par MM. Macron et Ferrand, auraient - selon Mediapart - de très forts conflits d’intérêts ! Cela, c’est la fin annoncée du bouclier des Questions prioritaires de constitutionnalité, que peut opposer tout justiciable à des Procureurs parfois trop zélés et toujours dépendants du Ministre de la justice ! Veut-on aussi, qu’en dernier recours, le citoyen ne puisse plus se tourner vers la Cour européenne des Droits pour se défendre ? Il lui reste ce recours, le seul peut-être, dans cette restriction générale des libertés que nous connaissons depuis les lois sur le Renseignement, sur fond d’une presse papier et audiovisuelle vassale comme jamais auparavant des intérêts particuliers des Oligarques de l’entourage de Monsieur Macron - et ce sans compter le fichage sans précédent des individus via (entre autres) leurs données santé.

Depuis cinq ans, usant de tous les subterfuges, noyant ses décisions (notamment sur le Covid) dans le Secret-défense pour éviter d’être un jour inquiété, Monsieur Macron a asséché les contre-pouvoirs. Sa réforme des retraites, notamment, disloque les régimes spéciaux, isole les individus, règle sur un unique curseur le maintien de leur pouvoir d’achat, selon le bon-pouvoir de ce Prince légal, obsédé par Machiavel, de plus en plus illégitime - qui sous estime cruellement le niveau de l’inflation. Et s’il n'y avait que cela : que dire des violences policières, dénoncées à juste titre par l’ONU, le Conseil de l’Europe, co-fondés par la France via des traités... qui disparaîtraient dès lors sous la primauté du droit national ??? Aussi lointaines soient ces institutions internationales, elles restent un contre-pouvoir, l’un des rares à tenir tête au cynisme macronien - et demain au néo-fascisme softement dur d’une Marine Le Pen. Dans Macron psychologie 2 : vers la démocrature (voir ici), nous avions cité à, propos du livre de Corinne Lhaïk, dans une partie traitant de la psychologie du président «cambrioleur» (selon l’expression de l’essayiste), plusieurs perles qui montrent qui est l’homme.

Des députés : « Ils se croient tout permis parce qu'ils ont mis leur tronche à côté de la mienne sur une affiche et qu’ils ont été élus ».

De LREM et Stanislas Guerini : « Et toi, le mouvement, y a que des gens qui passent leur temps à ne rien faire ! »

« Dans la vie », écrit l’auteur, « chacun essaie de développer les qualités qui compensent ses défauts. » Mais chez Monsieur Emmanuel Macron, cet « équilibre » semble rompu « par son accession au pouvoir : l’autoritarime et le goût de la domination ne sont plus contrebalancés ».

La chaîne Blast a donné la parole à Guillaume Duval, journaliste économique (voir ici). L’essayiste, après avoir brossé le panorama de la restrictions des libertés, met en exergue le fait que Monsieur Emmanuel Macron rompt le consensus qui avait prévalu jusqu’alors, dans le sillage de la sociale-démocratie, d’une recherche d’accords à travers la négociation. « Lui, il balaye ça d’un revers de main. » – « Mais est-ce que l’application de cette politique néo-libérale ne passe pas forcément par un moment donné une forme de dérive autoritaire ? », lui demande la journaliste. – « Oui, c’est ce que j’explique. Il est à la fois ultra-libéral et autoritaire ». – « Les deux sont imbriqués ? » – « et étatiste. Oui, les deux sont imbriqués, et ça c’est pas une spécificité française [...]. Il rappelle la politique de Margaret Thatcher [] Quand on veut changer les règles du jeu sur l’économie de marché c’est en fait une intervention de l’état très forte [qui est nécessaire] »... Il souligne alors que c’est ce que Pinochet a fait au Chili... – « Et c’est alors une logique dictatoriale ». – « Pour vous Emmanuel Macron est dans la même logique que Pinochet ??? » – « Je ne dis pas ça... pour l’instant, mais en tout cas il y a une logique autoritaire, étatiste, autoritaire-descendante... en résonance avec ce que j’ai pu dire tout à l’heure de l’aristocratie d’état et qu’incarne Emmanuel Macron dans cette logique... » La journaliste, parfaite, indique en contradiction que le mot « autoritaire » avait été prononcé – y compris pour François Hollande, en référence à l’imposition de la loi-travail – … prononcé, donc, un peu comme une figure obligée de style à la fin de tout quinquennat, de chaque quinquennat... – «Qu’est-ce qui distingue, selon vous, Emmanuel Macron de ses prédécesseurs récents ?», demande-t-elle alors. Tournant. A 17'33'' de l’interview, celle-ci devient passionnante. Guillaume Duval y souligne la spécificité française, où la marque de Napoléon reste prégnante, même de nos jours : tout a été organisé par ce général sous la forme «armée», avec une verticalisation marquée. Et sous le régime de l’unité, l’uniformité. Mais si l’état est premier, «en France, on s’organise pour qu’il n’y ait pas de remontée vers l’état des problèmes sociaux». Alors même que le poids des dépenses sociales est le même que dans les pays scandinaves. Ainsi l’état français est-il «sourd» et «aveugle»... et «du fait de l’affaiblissement des partis, de l’affaiblissement des syndicats, de l’affaiblissement de tous les corps intermédiaires... dont il [Emmanuel Macron] n’est pas responsable, mais qu’il accentue par la politique qu’il mène, il marque un seuil nouveau dans cette logique jupitérienne, verticale, autoritaire, bonapartiste, des institutions de la Cinquième République et, à terme, cela peut être très dangereux, même si ce n’est pas lui.»

La manipulation fondamentale menée par Monsieur Macron dans cette élection est de se définir démocrate par effet miroir, puisqu’opposé à une personne qui, elle, sans guère d’ambiguités, plonge ses racines idéologiques dans l’extrême droite : Marine Le Pen. Monsieur Macron est un vide autoritariste qui n’est pas capable de se définir lui-même parce qu’il est un Rien idéologique et éthique : ne l’intéressent que le pouvoir et la "tune". Certes, ce n’est pas le fascisme, c’est le Troisième Empire, mais rétrograde. Alors que Louis-Napoléon Bonaparte avait commencé par un coup d’état et la dictature, pour esquisser en fin de règne un parcours vers le parlementarisme et la liberté de la presse, M. Macron fait le contraire : il commence par un "hold-up", hurle à qui veut l'entendre de "venir le chercher" lors de l’affaire Benalla, et c’est la dégringolade : presse de plus en plus aux ordres, violences policières, impunités en tout genre, oligarchisation de la vie politique, destruction à coups de butoirs des contre-pouvoirs et de l’état-providence. Brutal. Intolérable.

Ne vous y trompez pas : en élisant cet homme, vous élisez Marine Le Pen. En élisant Marine Le Pen, vous élisez un Macron. Comme sa challengeuse, et quoiqu’elle en prétende, l’homme continuera à naufrager les libertés, l’égalité, les protections sociales - mais de manière plus perverse, sans le dire. Aux électeurs, il ne propose aucun pacte, aucune direction, aucun lien social. Il prépare une main d’oeuvre gratuite : les allocataires du RSA, sommés de produire quand leurs conditions sont déjà si dures ! Monsieur Macron n’est pas seulement un vide : il est un maître-chanteur. Un maître-chanteur électoral.

Cet homme a ouvert la voie à une dictature soft, un néo-fascisme à la manière de la Hongrie : lui ou Marine Le Pen à la tête de l’exécutif, c’est le même glissement. L’une le dit sans le dire, l’autre ne ne dit pas en le dissimulant.

Monsieur Macron "emmerde" les non-vaccinés : à notre tour, "embêtons-le", refusons ce chantage, avec politesse, respect, car nous ne sommes pas cet homme. Cassons sa manipulation ; reconquérons notre citoyenneté ; imposons nos reférendums ; imposons la proportionnelle ; imposons une nouvelle Constituante ; maintenons l’état providence ; protégeons les contre-pouvoirs, l’indépendance de la justice, du service public de l’audiovisuel ; restaurons l’hôpital ; fondons la transparence ; cassons les monopoles industriels, de l’édition, de la presse et des médias ; refusons les Oligarques. Lançons la nouvelle Révolution. La Révolution de 2022.

Considérez les Présidentielles comme un seul et premier tour ; les Législatives sont le second tour. Contre Mme Le Pen et M. Macron, recréons un bloc soudés des gauches. Une indéfectible alliance.

Pierre-Gilles Bellin

Ni l’une, ni l’autre ! © Ludovic Martin

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