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Billet de blog 20 nov. 2021

Macron psychologie 2 : vers la démocrature. Pourquoi, comment.

Question iconoclaste ? Monsieur Macron l’evacue, avec le charme et le charisme que nous constatons tous. Il dit, à propos des critique de la loi Sécurité globale : «C’est un grand mensonge. On n’est pas la Hongrie ou la Turquie». Mais si, au contraire, ces deux pays lui montraient la voie à la constitution d’un pouvoir personnel ? Développement.

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A l’heure où pourtant Monsieur Emmanuel Macron invoque les mânes de l’antiracisme, de la Résistance à travers l’enterrement de Joséphine Baker au Panthéon, prend pour six mois la tête de l’Union européenne, plus vaste structure démocratique au monde, l’idée qu’il renforce irrésistiblement les structures autoritaristes de la Cinquième République n’est pas iconoclaste. Cela est d’autant plus aisé à faire qu’en contrepoint, le discours de Zemmour le range par enchantement du côté des démocrates:or, beaucoup ne se reconnaissent plus en lui. Après la Turquie, la Hongrie et la Pologne, notre pays pourrait-il être touché par la même dérive, sous la houlette de Monsieur Macron?

L’interview de Monsieur Macron par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin : coupez le son et regardez à l’image se succéder les émotions de Monsieur Emmanuel Macron. Elles contiennent davantage d’informations que son discours.

Terreau d’une démocrature : la démocratie n’a jamais été une évidence constitutionnelle en France

Si, dans le précédent article, j’insistais tant sur les Traités internationaux, c’était que, pour la France, ils sont les principaux garants du respect des Doits de l’homme. Car la situation du pays est atypique. En effet, il y a d’une part les lois, d’autre part le Préambule de la Constitution. Et ce n’est pas pareil ! Par exemple, du délit de blasphème : issu du Concordat entre la France et l’Eglise catholique, encore localement en vigueur lors du retour dans le giron national de l’Alsace et de la Lorraine, il punissait « celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants ». Il ne fut abrogé que par la loi du 27 janvier 2017. Autre restriction à la liberté d’expression, dès les années 1990, la loi réprimant les propos négationnistes... exception en Europe où l’on s’en remet au débat. Apologie du terrorisme : 1986, avec un durcissement via la loi du 13 novembre 2014... qui conduira un petit demi-millier de personnes à faire de un mois à trois ans de prison, via la procédure ultra-rapide de la comparution immédiate. Il est si répugnant de faire l’apologie d’actes criminels, qu’en effet, que dire ? Donc, que tout va bien : mais voici qu’en 2021, pourraient être déférés en comparution immédiate toute personne ayant fait l’apologie de «crimes ou de délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, ainsi que de provocation à la haine xénophobe». Puis voici qu’apparaît la loi du 24 août 2021, censée conforter «le respect des principes de la République». (Voir ici.)

Sous couvert de contrer le « séparatisme », l’islamisme... la xénophobie, ce texte, long et aride, technique, vise aux détours d’ajouts semblant insignifiants un tout autre but. Les «Musulmans» ne sont pas seuls visés. Par exemple, le gouvernement a souhaité rajouter un « contrat d’engagement républicain » (article 6 du projet de loi présenté au Sénat), selon lequel les associations s’engagent à être conformes aux« principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de respect de la dignité de la personne humaine, ainsi qu’à respecter l’ordre public, les exigences minimales de la vie en société et les symboles fondamentaux de la République ». Or, comment définir ces principes ? Ecoutons France 24 : « Parmi les acteurs de terrain, les critères du contrat suscitent de nombreuses craintes et même de franches oppositions. Certains mouvements écologistes considèrent que l’engagement à " respecter l’ordre public " va à l'encontre de leurs actions de désobéissance civile ». En outre, l’article 7, prévoit que le " contrat d'engagement républicain " soit un critère de reconnaissance des associations par l’état, ouvrant l’accès aux subventions et réductions fiscales. Toujours sur France 24, Gabriel Mazzolini, responsable des actions citoyennes aux Amis de la Terre, s’inquiète : « Nous œuvrons pour l’intérêt général depuis cinquante ans mais ce texte nous met le couteau sous la gorge » [] « La désobéissance civile est utile à la démocratie et nous ne pouvons pas compter uniquement sur des procédures judiciaires pour nous faire entendre. Si l’extension de l'aéroport de Paris a finalement été [] abandonné [] c’est [...] grâce à nos actions. Or demain ce texte ambigu pourrait être utilisé pour nous coûter notre agrément et nos subventions, pour peu qu’on ne rentre pas dans ses cases ». Voir ici. Je reçois souvent des mails de l’association Pollinis... J’avoue que je les ignorais jusqu’à ce que l’un attire mon attention : la création d’une cellule spéciale «militants écologiste» au sein de la Gendarmerie, la cellule Démeter. Comme, che(è)r(e)s lecteur(rice)s, mon but n’est pas de documenter les atteintes à l’état de droit, mais ce qu’ils disent de M. Macron, je vous ai tiré un extrait de la communication de Monsieur Castaner (alors Ministre de l’intérieur) (sinon, voir en annexes le communiqué de presse de Pollinis  affreux, pour nos droits  ) : « La nécessité d’appréhender la globalité du phénomène des atteintes au milieu agricole implique que le périmètre de compétence de la Cellule DEMETER englobe la prévention et le suivi : des actes crapuleux, qu’il s’agisse d’une délinquance de proximité et d’opportunité (ex : vol isolé de gasoil ou d’outillage,etc.) ou d’une criminalité organisée voire internationale (ex : filière de vol de GPS agricole, etc.) ; des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques. » Ce qui est intéressant, dans cet extrait de « l’édito » qui présente la cellule, c’est la confusion sémantique, la mise en égalité, des voleurs de « GPS » et des « simples actions de dénigrement ». C’est ainsi, de la sorte, une mise en abyme du « en même temps » macronien, et la révélation de son côte Out of Africa (selon le titre d’un ouvrage de Karen Blixen) : la tête de Monsieur Macron a tant pensé son corps qu’elle l’a sorti, en quelque sorte, non seulement de la perception de la nature, mais tout simplement de l’idée que celle-ci existe. Seuls, en définitive, l’emportent les intérêts... D’où, une première impasse qui apparaît.

Aujourd’hui, trois des neuf membres du Conseil constitutionnel (hormis les anciens présidents de la République, membres de droit) doivent être renouvelés : un par le Président du Sénat, un par celui de l’Assemblée nationale, un par le Président de la République. Sans préjuger des nominations, on peut craindre qu’elles ne fassent tomber dans l’escarcelle de Monsieur Macron au moins deux nouveaux membres. Or, ce n’est que par sa décision du 16 juillet 1971... que le Conseil a donné valeur « constitutionnelle » à la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen (!!). Sa jurisprudence se trouva dès lors de plus en plus souvent en porte-à-faux, tant avec les restrictions des libertés que l’on justifiait par la lutte contre le terrorisme (exemple : consultation de sites djihadistes), que tant par le développement des contenus haineux sur Internet (allant jusqu’à censurer une loi de 2020 visant à lutter contre ceux-ci. Loi qui ne prévoyait aucun contrôle du juge, laissant donc les Gafas seuls juges de ce que leurs tuyaux laissaient paraître. Mais déjà, auparavant, une pression forte s’exerçait sur ceux-ci, comme le montre sur Wikipedia la bio de laurent Solly, l’actuel patron de Facebook France : « Laurent Solly, né le 27 mars 1970 à Villefranche-sur-Saône (Rhône), est un haut fonctionnaire et un dirigeant de l’audiovisuel français. Après avoir fait partie de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy notamment en tant que directeur adjoint de sa campagne présidentielle en 2007, il entre à TF1 puis à Facebook France où il devient directeur général. » [] « À l’été 2012, Facebook France est perquisitionnée par les services fiscaux français, qui à l’automne, continuent de mettre la pression sur la société. C’est dans ce contexte qu’au début 2013, Facebook France se met à la recherche d’un dirigeant susceptible de calmer l'administration française. Alors que Laurent Solly n’était pas en recherche d’un nouveau poste, il est tout de même contacté par l’entreprise américaine pour occuper [] le poste de directeur général spécialement créé pour lui. [] Depuis sa prise de fonctions en 2013, Facebook France, contrairement à d’autres GAFAM n’a plus fait l’objet de perquisitions. La direction de Facebook avait annoncé dès 2012 qu’elle s’emploieraient à « travaille[r] avec les autorités compétentes afin de s’assurer que l’entreprise est en conformité avec la loi. ». Le 31 août 2016, Laurent Solly étend son périmètre et prend la direction Europe du Sud de Facebook (Portugal, Espagne, France et Italie). » (Voir ici.) Le contentieux de base est l’audace fiscale de Facebook, qui ne paye quasimment aucun impôt. Mais combien de comptes, pas forcément complotistes, racistes, etc., seront radiés ou limités?

« On n’est pas la Hongrie ou la Turquie » (Emmanuel Macron)

«On n’est pas la Hongrie ou la Turquie» : Charles de Gaulle, François Mitterrand, Georges Pompidou, la plupart de nos présidents, auraient-ils eu à se justifier ainsi ? C’est en cela que la citation devient intéressante. Elle incite à aller voir côté turc ou hongrois si la dynamique contre les liberté amorcée au quinquennat de François Hollande, accélérée sous l’actuel quinquennat, possède des précédents européens «répétables».

Viktor avant d’être Orban © Crédit à venir.

Cependant, on ne peut s’abstraire ici encore d’une analyse institutionnelle. Tant, en effet, les structures du pouvoir à la française semblent formatées pour un tête-à-tête entre un homme seul et le peuple – et, encore, c’est pourquoi l’analyse de la psychologie macronienne est essentielle. Ecoutons donc d’abord François Hollande, dont les propos à ce double sujet sont particulièrement éclairants. Dans ses Mémoires – ce qui a été peu remarqué –, François Hollande dresse un premier constat, incroyablement dangereux à mon sens : « Faut-il présidentialiser définitivement la Cinquième République ? C’est la logique du quinquennat et de l’inversion du calendrier électoral [] Notre Constitution n’est plus parlementaire depuis que le Chef de l’état est élu au suffrage universel, mais elle n'est pas non plus présidentielle, dès lors que le Premier ministre est responsable devant l’Assemblée nationale. [] Il n’est plus possible de rester au milieu du gué. S’il y a une réforme constitutionnelle à mener, c’est celle-là. » Il est tout à fait évident qu’au sein de l’Elysée, puis que comme ministre de l’économie, Monsieur Emmanuel Macron a partagé ce constat : en témoigne indirectement la verticalisation très prononcé, amorcée dès l’origine de la création de En marche (et le choix direct de députés via des CV avalisés au plus haut niveau)... Et, d’emblée, son refus d’une alliance avec le PS... ce qu’il aurait pu faire en réservant à celui-ci des sièges au sein de l’Assemblée nationale – comme il l’a fait, finalement, et à contre cœur, pour le Modem. Ce n’est qu’au chapitre 15, « Faire confiance », que François Hollande aborde ses relations avec Monsieur Macron. « Macron vous a-t-il trahi ? Combien de fois ai-je entendu cette question... ». « Emmanuel Macron se révèle un conseiller hyperactif, dormant peu et recevant beaucoup, s’intéressant à tout, formulant des vues originales [] Il croit volontiers que tout dossier peut être réglé dès lors qu’on s’y attaque avec fougue, que tout risque de conflit peur être surmonté par un dialogue direct entre personnes de bonne foi » […] « Il est sûr que le réel se pliera de bonne grâce à sa volonté dès lors qu’elle s’exprime ». C’est alors qu’est mise sur les rails la loi Croissance, celle qui déchaînera les foudres de certains députés socialistes, qui deviendront les « frondeurs », et qui ne devra son adoption qu’à l'article 49.3 (si une motion de censure contre le gouvernement n’est pas déposée, la loi passe). A cette époque, notre homme est devenu ministre de l’économie. Mais, au final, son analyse de l’utilisation du 49.3 n’est pas démocratique mais, d’ores et déjà, très narcissique : « Emmanuel Macron a pensé que le recours au 49.3 avait été conçu par le Premier ministre pour l’empêcher de glâner les lauriers d’un débat parlementaire réussi ». L’électeur, lui, vous peut-être mais moi en tout cas, y vit la marque d’un tempérament plutôt porté vers la négociation, et l’électeur de gauche en oublia ses piques assassines à l’égard des 35 h. Ecoutons à nouveau Monsieur Hollande : « A l’été 2015, le jeune ministre a pris de l’assurance et s’aventure sur un terrain plus politique. Dans un hebdomadaire, il affirme que la France vit dans une nostalgie implicite de la monarchie, que la disparition du roi a laissé une place vide au sommet de l’état. […] Je mets cette idée sur le compte de son goût pour les débats d’idées. Pourtant, rétrospectivement, cette dissertation éclaire bien la pratique du pouvoir qu’il met en œuvre depuis son élection ». Il s’agissait de « L’hedomadaire le 1 », où Monsieur Macron développe ainsi cette idée : « La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif, le roi n’est plus là ! »

« La démocratie ne se suffit pas à elle-même » (Emmanuel Macron)

Certes, le libéral Tocqueville a pu dire : «Le risque pour une démocratie, qu’elle soit centralisée ou fédérative, présidentielle ou parlementaire, c’est d’atteindre le point fatal où elle ne se suffit plus à elle-même.» Or, ce qui est intéressant, c’est qu’en sur-soulignant l’absence-présence de cette figure du Roi, Emmanuel Macron souligne tout autant l’absence-présence de son Mémoire qu’il fit sur Machiavel, dans le cadre de sa maîtrise en philosophie à Nanterre (et jamais communiqué au public). Donc, en creux, l’homme dessine finalement non un vide idéologique, mais un plein tactique, peut-être stratégique... Explications. Voici donc ce qu’a écrit à ce sujet dans la Revue des deux mondes Philippe Raynaud. Auteur d’une trentaine de livres, enseignant-chercheur partout, spécialiste des idées politiques, il met en épilogue à son analyse ces deux citations :

- Machiavel, tout d’abord ("Discours sur la première décade de Tite-Live", livre III, chapitre III) : « S’il s’agit de délibérer sur son salut, [le citoyen] ne doit être arrêté par aucune considération de justice ou d’injustice, d’humanité ou de cruauté, de honte ou de gloire. Le point essentiel qui doit l’emporter sur tous les autres, c’est d’assurer son salut et sa liberté. Les Français suivent cette maxime dans leurs discours et dans leurs actions, en défendant la majesté du roi de France et la grandeur de ce royaume ; il n’est rien qu’ils souffrent aussi impatiemment que d’entendre dire que telle chose est honteuse pour leur roi, quelque parti qu’il prenne, ou dans la bonne ou dans la mauvaise fortune ; leur roi, selon eux, est toujours au-dessus de la honte ; qu’il soit vainqueur, ou vaincu, tout cela, disent-ils, est d’un roi. »

- Montesquieu, ensuite ("De l’esprit des lois", livre XXI, chapitre XX) : « On a commencé à se guérir du machiavélisme et on s’en guérira tous les jours. Il faut plus de modération dans les conseils. Ce qu’on appelait autrefois des coups d’état, ne serait aujourd’hui, indépendamment de l’horreur, que des imprudences.Et il est heureux pour les hommes d’être dans une situation où, pendant que leurs passions leur inspirent la pensée d’être méchants, ils ont pourtant intérêt à ne pas l’être. »

Après, comme nous tous (et c’est en cela que c’est très drôle), l’essayiste se prend à rêver trop fort et écrit (extraits) : «Une des différences les plus significatives concerne évidemment la question du rapport entre la morale et la politique, sur lesquelles la volonté de «moralisation de la vie politique» affichée par le nouveau président semble évidemment aux antipodes de l’«immoralisme» de l’auteur du Prince. La politique suivie par Macron a d’ailleurs été l’objet d’une critique très aiguë de la part du philosophe allemand Peter Sloterdijk, d’autant plus frappante que celui-ci avait salué «l’apparition Macron» comme un signe éclatant d’un retour espéré de la France dans le camp des Lumières, qui venait interrompre le cycle sinistre commencé avec la victoire du Brexit et avec la montée des populismes en Europe. » Il est fascinant de voir à quel point Monsieur Emmanuel Macron nous a renvoyé à chacun le miroir que nous souhaitions trouver en lui : à ce stade, il est un magicien hors norme. Vraiment !

L’interview d’Edwy Plenel et de Jean-jacques Bourdin : premier dévoilement de Macron derrière Emmanuel

Avec pertinence, Edwy Plenel a mis sur le Net l’extrait de l’interview qu’il a mené avec Jean-Jacques Bourdin de Monsieur Emmanuel Macron, celui où justement il l’interrogeait sur l’absence de contre-pouvoirs en France (quatorze minutes résumées, 16 avril 2018). Voir ici.

Edwy Plenel : – « Vous vous êtes trompé sur le nom de votre mouvement : vous auriez du l’appeler en force ! Et si vous avez ajouter récemment le mot '' unir '', dans votre communication, est-ce que ce n’est pas parce que vous prenez soudain conscience que vous avez divisé le pays au lieu de le rassembler ? »

Emmanuel Macron : – « Est-ce une question ou un plaidoyer ? » […].

Monsieur Emmanuel Macron : le regard du tueur 1.

Nous passons ensuite aux contre-pouvoirs, dont on voit bien l’antagonisme qu’ils suscitent entre un Montesqieu et un Machiavel, à plusieurs siècles de distance. Edwy Plenel : – « Il y a un problème démocratique en France dès que les armes parlent... Vous êtes seuls à décider... Le Parlement va débattre... sans vote... Il est juste informé... Il n’y a aucun véritable contrôle sur ce que vous faites, en notre nom. Est-ce que vous trouvez cela normal ? Cet archaïsme d’un pouvoir solitaire et absolu quand il s’agit de ces questions-là ? »

Emmanuel Macron : – « Vous savez, d’abord, je ne parlerai pas d’un pouvoir solitaire. Je parlerai d’une responsabilité, celle de chef des Armées, qui est définie par une Constitution. C’est pas moi qui l’ai décidé, c’est notre constitution ! Et cette constitution, elle a été votée par le peuple français ». Donc, à partir de là, Monsieur Emmanuel Macron semble commencer à tomber dans le piège que lui a tendu Edwy Plenel, à savoir celui de la légalité opposé à la légitimité. Ce n’est qu’à 10'20'' que le piège va tenter de se refermer. Mais, avant, l’intervieweur souligne que la question qu’il pose est celle des contre-pouvoirs en général ; Monsieur Emmanuel Macron tire des deux bras sur le régalien, qui veut qu’une Armée ait un chef. Au hiérarchique et au solitaire, qui lui est reproché, il oppose en fait... le hiérarchique et le solitaire !

Edwy Plenel (10'20'') : – « Là, on est sur le bilan d’un an, c’est l’entretien d’évaluation, après votre embauche il y a un an [sourires d’E. Macron, qui montre son profil, comme s’il souriait à quelqu’un hors du champ]. Est-ce qu’on est pas au cœur d’un malentendu. Qu’on vous avez rappelé, d’ailleurs, quand vous étiez venu à Mediapart le 5 mai, juste avant votre élection, le 7 mai... Vous n’avez pas été élu par une adhésion majoritaire à votre programme. Il n’y a pas une légitimité dans tout le pays... laissez-moi terminer [se concentrer sur les expressions faciales de Monsieur Macron, comme les lèvres qui tombent], sur votre programme. Vous avez eu au premier tour 18 % des inscrits, et vous êtes le produit d’une circonstances accidentelle, exceptionnelle, comme Jacques Chirac en 2002, face à l’extrême-droite […]. Est-ce que vous considérez que sur ce socle de 18 % des inscrits (ironie de Monsieur Macron, léger sourire], vous avez carte blanche, un chèque en blanc, et que vous pouvez y aller, en force, comme je vous le disais tout à l’heure, et pas en marche. Est-ce que c’est pas ça le cœur du malentendu et des mécontentements divers dans le pays ? ».

Emmanuel Macron : « Mais les mécontentements, ça ne vous a pas échappé, ça fait longtemps qu’ils durent [… interruption du montage...]. Vous êtes parmi les rares personnes qui, quand il s’agit de votre serviteur [là, il retourne la situation, se place sous l’intervieweur], ne prenne pas les votes exprimés, mais les inscrits... Mais dont acte, on pourrait le faire, on s’amuserait à regarder la légitimité de nombre de parlementaires de la France insoumise qui, parfois, ont des chiffres qui posent problème, même au deuxième tour... » [là, l’homme fait venir une figure rhétorique connue, qui consiste à ouvrir un tiroir qui n’a rien à voir avec le sujet : si l’autre s’y précipite, il aura gagné. Mais l’autre ne peut pas, il n’a pas potaché le sujet. Ni celui qui affirme cela, d’ailleurs. C’est du poker, Monsieur Macron bluffe et l’emporte].

Monsieur Emmanuel Macron : le regard du tueur 2.

EdwyPlenel : – « L’absence, les blancs, les nuls, c’est important... »

Emmanuel Macron : – « Je vais vous donner simplement deux états de fait... Les Français et les Françaises m’ont mis en tête du premier tour. Et la règle démocratique, c’est les deux candidats en tête qui passent. [se tourne à droite et à gauche, pour souligner l’évidence. Bouche pincée. Il n’y a pas à en dire de plus). Et ensuite, vous avez tout à fait raison, le deuxième tour a été très particulier, car il était face à Madame Le Pen. Mais dans un contexte très différent de celui de l'élection de Jacques Chirac, puisqu’il n’y a pas eu de front républicain à ce moment-là, puisque certains dirigeants n’en ont pas appelé, quelles que soient les différences, à voter... Mais j’ai toujours dit... Je pense pas qu’il y ait de toute façon 65 % de nos concitoyens qui se sont exprimés au deuxième tour qui ont une adhésion positive massive à mon projet... Vous avez totalement raison. Mais il y a eu quelques semaines plus tard des Législatives, et les parlementaires ils sont venus sur un projet, qui était le projet du Président de la République. Et je crois pas qu’il y ait eu d’ambiguïtés sur les Législatives [...]. » En quoi, de fait, la case sur laquelle pousse son pion met, provisoirement au moins, Edwy Plenel en échec. Là où il réussit, c’est qu’il a fait venir une émotion sur le visage de Monsieur Macron. Fondatrice pour le comprendre. Nous verrons cela.

De la légitimité aux Législatives : étude de 5 cas à LREM

Je me suis donc amusé à prendre cinq exemples de candidats de La République en Marche aux Législatives, qui ont donné à parler d’eux : Florian Bachelier, que j’ai interviewé à Rennes, «à l’arrache» ; Richard Ferrand, Président de l’Assemblée nationale ; Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur ; Sébastien Grivaux, candidat malheureux à la mairie de Paris ; Marlène Schiappa. Je les ai pris au hasard et ne compabiliserai que les inscris. Calculette :

– Marlène Shiappa : aux Municipales de 2014, au Mans, elle est est élue sur la liste d’Union de la gauche. La liste recueille 45,74 % des voix (abstentions : 42,20 %) (voir ici). Elle est battue aux Départementales de 2015. Aux Municipales de Paris, la liste LREM ne recueille que 8,4 % des voix: Madame Shiappa, étant quatrième, elle n’est pas élue. Elections régionales de 2021 : tête de liste LREM à Paris, elle se retire. En Île-de-France, l’union LREM-Modem réalisera 9,2 % des voix. Pour 7,25 millions d’inscrits, il y aura 4,8 millions d’abstentions... soit 66 % du corps électorale. 0,33 (de votants) x 9,2 % = 3,03 % de voix pour l’union LREM-MODEM à Paris. (voir ici). Pour la France entière, comme on a du mal à accéder à l’agrégat sur le site du ministère de l’intérieur, voir ici. Deux tiers des électeurs ont boudé ces élections, LREM n’est élu nulle part, et n’a totalisé que 7 % des voix au niveau national, « le pire score jamais réalisé par un parti au pouvoir » selon Solenn de Royer, du journal Le Monde (voir ici). Sept pour cents des suffrages exprimés, soit seulement 0,33 x 7 % = 2,31 % des électeurs inscrits !!! – Benjamin Griveaux : élu à la cinquième circonscription de Paris par 56,27 % des électeurs, soit 19 212 votes, avec un taux d’abstentions de 51,72 % des inscrits (39 252 inscrits), ce qui fait : 0,4828 x 0,5627 % = 27 % des électeurs. – Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur : élu sur la liste conduite par Xavier Bertrand aux régionales de 2015 : 52,77 % des voix, 4,2 millions d’électeurs inscrits, 1,6 million s’étant abstenus, soit 28,76 % des voix. Soit : 0,7124 x 52,77 % = 37 % des électeurs inscrits. (voir ici). Ex maire de Tourcoing (devenu premier adjoint après sa nomination comme ministre de l’action et des comptes publics), Monsieur Darmanin tient cependant ici la tête, de par ses mandats électifs, de la légitimité démocratique. – Richard Ferrand : élu avec 56 % des voix, soit 20 000 suffrages exprimés. Abstentions : 37 212 inscrits, soit 41,86 %. 0,5814 x 0,56 % = 32 % du corps électoral a voté pour Monsieur Ferrand, à quoi il faudrait bien sûr retrancher les blancs et les Nuls (soit 5 934 voix, soit 6 % du corps électoral), ce qui nous amène à 26 %. – Florian Bachelier : il semble le mieux élu de cet échantillon aléatoire, avec 40 % des voix au premier tour, 60,96 % au second. Mais si l’on compte abstentions (53,29) + blancs (5,11) + nuls (1,85) = 60,25, nous posons que 0,3975 x 60,96 = 24 % du corps électoral de la huitième circonscription d’Ille-et-Vilaine a voté pour le questeur de l’Assemblée nationale. Aux deuxième tour des Municipales à Rennes, l’amie de Florian, Carole Gandon, sur la base d’une participation de 31,25 % réunissait 6 241 électeurs (sur 117 195 inscrits à Rennes), soit 17,49 % des suffrages exprimés, ou plutôt : 0,3125 x 17,49 % = 5,56 % du corps électoral. Bienvenue au pays des minoritaires, appelez-moi que je vous dise quoi faire (voir ici) (voir ici).

Ainsi, si nous rebondissons en piochant juste au hasard sur la critique du PR concernant la légitimité démocratique des élus de la France insoumises, ou de certains d’entre eux (n’étant pas précisé lesquels, ce qui là encore est une figure rhétorique... l’adversaire ignorant ce dont il s’agit), on voit que ce qui semble être une fake news se retourne facilement contre Monsieur Macron. Au terme de ce premier exercice, Monsieur Emmanuel Macron pourrait se révéler gouverner de manière verticale un pays avec 2,31 % des électeurs inscrits ayant soutenu, sans ambiguïtés, son parti aux Régionales. Ceci, bien sûr, étant relativisé par le fait que ce scrutin est caractérisé par sa faible participation. Quand on rentre plus dans le détail, on voit en effet – comme l’a indiqué Edwy Plenel – que le socle de Monsieur Macron se situe, du moins en début de mandat, à une vingtaine de pour cents des électeurs inscrits. Mais cela est légalement suffisant pour diriger le pays.

Monsieur Emmanuel Macron : le regard du tueur 3.

Le «hold-up» sur l’état : figure rhétorique ou figure pratico/idéologique ?

L’intérêt de l’interview d’Edwy Plenel et de Jean-Jacques Bourdin, en 2018, est d’avoir su cerner, par petites touches, Monsieur Emmanuel Macron : tant ses expressions, que son logos, sa rhétorique. «Est-ce que quelqu’un peut penser raisonnablement, que, élu président, il aura une majorité présidentielle uniquement avec son parti. Moi je n’y crois pas. Non seulement ce n’est pas possible, mais ce n’est pas souhaitable, parce que ce serait un hold-up». Citation d’Edwy Plenel ? Non : d’Emmanuel Macron, le 28 février 2017 (voir ici). Pour regarder sur Twitter, voir ici).

Mais allons à l’ouvrage de Fabrice Lhomme et Gérard Daguet, Le traître et le néant, et écoutons les propos qu’ils rapportent au sujet de François Bayrou, qui envisage une alliance avec Macron : « Ecoute, c’est très simple, lance F. Bayrou à G. Collomb (qui jouait les entremetteurs). On regarde les sondages le jour où on fait un accord, et on répartit à la proportionnelle les sièges. » Selon Bayrou, Colomb « top là ». (Pour la petite histoire, E. Macron posséd(ait) un pied-à-terre dans le septième arrondissement de Paris, près de chez François Bayrou). Les deux hommes finissent par passer alliance (en échange d’une loi... sur la moralisation de la vie politique), et Monsieur Macron bondit dans les sondages de 17 à 24 %. Conséquence : F. Bayrou peut guigner le poste de Premier ministre, et on répartit, une fois le deuxième tour gagné par Monsieur Macron, les sièges au Législatives : 144 circonscriptions où le Modem se présentera seul. Et là... le lendemain, Richard Ferrand appelle Marielle de Sarnez pour lui proposer... 16 circonscriptions. De 144 on est donc passé à 16 ! Mais comment le dédommager ? Un député rapportant 40 000 euros/an à son parti, on propose à F. Bayrou un chèque de 4 millions d’euros. Monsieur Bayrou de s’étrangler : finalement, le Modem aura 50 députés  et même un peu plus. LREM pèsera donc 268 députés (nombre de députés : 577, majorité : 288). Mais la descente aux enfers de F. Bayrou n’est pas terminée. La colère jupitérienne va prendre son temps pour s’abattre.

Souvenez-vous : l’une des conditions de son alliance au pouvoir était la moralisation de la vie politique. D’abord, pour Matignon, c’est non : mais on lui propose la Justice. Pas mal, non ? Seulement, voici le nouveau garde des Sceaux obligé de démissionner presque aussitôt. L’accusation : avoir utilisé des assistants parlementaires européens pour des travaux partisans (il est donc mis en examen pour « complicité de détournement de biens publics », et ce dès décembre 2019. F. Bayrou, in le livre de Daguet/Lhomme : « Elles [ces informations] ne sont peut-être pas venues par hasard. Le hasard est un grand maître ».

Les grands menteurs disent, en fait, quelque part, toujours la vérité... Quand ils avancent, le 28 février, qu’ils ne font pas de hold-up et que, le mois de mai de la même année, ils assomment François Bayou en lui donnant 16 circonscription au lieu de 144, lui donnant ensuite l’illusion d’un bon marchandage avec 50 députés... et qu’ensuite il lui refuse le poste de Premier ministre pour le donner à un homme de droite... sachant qu’il le place, comme Garde des sceaux, dans un poste délicat pour lui... le chantre de la moralisation... sachant que tous savent certainement déjà l’emploi (possible, probable ?) des attachés parlementaire européens du Modem... Eh bien cela s’appelle être mis échec et mat en six coups ! Sachant qu’à près de 70 ans la carrière de F. Bayrou est en train de s’achever. Il est donc doublement refait. Quand François Hollande plaidait pour que M. Macron envisage une alliance avec le PS... on réalise à quel point l’ancien Président de la république était loin du compte !

Il y a, semble-t-il, en Monsieur Emmanuel Macron, peut-être comme une science du choc émotionnel, méthodiquement planifiée et parfaitement exécutée. François Bayrou en aurait fait, et en ferait encore, les frais.

Moi Macron narcissiquement et perversement vôtre… est un livre daté du 4 août 2019 et dû à Victor Ojeda Mari (un auteur plutôt branché catholicisme) (voir ici). Voilà un extrait de la présentation par l’éditeur de ce livre des mêmes faits, évidemment très différente de celle de Lhomme/Daguet : « Tout d’abord, l’auteur dresse le profil psychologique de Macron. Pour lui, c’est un pervers narcissique, un psychopathe, un mythomane. Un être atteint du syndrome de l’hybris ou de la démesure ou encore de la maladie du pouvoir qui rend fou. Il n’est pas psychiatre ou psychologue. Loin de là ! Cependant, considérant que tout effet résulte d’une cause, il se fait un devoir de remonter dans chaque cas de l’effet à la cause pour établir le diagnostic en accord avec des spécialistes. Ce sera au lecteur de conclure. Ensuite, l’auteur démontre que Macron a commis un braquage de la République et en décrit les différentes étapes que Bayrou, Collomb et Macron ont confirmé preuves à l’appui. Bayrou : « Si on s’allie Macron et moi, on fait sauter la banque ». Voilà un propos d’un braqueur plutôt que d’un homme politique .Collomb : « Oui, c’est vrai, il y a l’aspect '' Casse du siècle ''. Ça ne s’est jamais vu dans la vie politique française. » Philippe Besson, le biographe de Macron, donne la parole au principal intéressé qui, au soir de la victoire, a dit perfidement : « On vient de réussir un braquage. C’est comme dans Ocean’s Eleven, sauf qu’on était moins nombreux […] Faut dire que l’on connaissait le proprio et qu’on avait les plans. » Or, cela n’est peut être pas si clair. (Outre le fait que je vois peu MM. Collomb et Bayrou parler ainsi.)

Monsieur Emmanuel Macron : le regard de l’ironie.

Macron à l’Elysée, le casse du siècle, est cependant le titre d’un documentaire politique diffusé sur BFMTV en avril 2018, et réalisé par Pauline Revenaz, Jérémy Trottin, Guillaume Bernhard, Alexandre Funel (voir ici le résumé par Télérama). Ce n’est qu’un proche qui aurait dit, le 7 mai 2017 : « C’est comme dans Ocean’s eleven, sauf qu’on était moins nombreux. » Et ajouté : « Il faut dire qu’on connaissait le proprio et qu’on avait les plans. » Mais, ce type de remarque donne-t-il un peu le la ? Souvenez-vous des fameux Macronleaks, imputés à des hackers russes - et donc indirectement à Vladimir Poutine. Ma source, toujours Télérama : « Et la petite équipe fait marcher à fond son réseau, comme en témoigne ce mail rendu public lors d’une cyberattaque – les fameux Macronleaks. Cédric O., trésorier de La République en marche, y évoque la possibilité de solliciter l’aide d’une certaine Milène, qui travaille à la Banque Rothschild : « Très maline, hyper sympa, c’est son job de soutirer de la maille aux gens qui ont de la thune, et en plus c’est une meuf, ce qui est un atout non négligeable »Mieux encore : quand Macron encore ministre de l’Economie « socialiste » « au Puy-du-Fou, où il affiche sa complicité avec Villiers devant les caméras et en profite pour lâcher : « L’honnêteté m’oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste, je suis dans un gouvernement de gauche, mais quelle importance… ». « L’honnêteté » : voici un trait macronien. Une ironie incroyable, mordante, presque joyeuse, hyper provocante. On est hyper-malhonnête intellectuellement parlant : mais c’est tellement assumé, vécu, que cela en est presque sympathique. Irrésistible. Comme l’homme, au moins lors des préliminaires.

Ce flirt avec les limites a, récemment, été pratiqué par Brigitte Macron elle-même. Voir Sarkozy/Kadhafi & Brigitte Macron : le scandale étouffé. (voir ici). Je vous mets le chapô, du Media YV : « Brigitte Macron a-t-elle soutenu et proposé des services de sécurité à Michèle Marchand dite Mimi Marchand, impliquée dans l’affaire des financements libyens de l’ex-président français Nicolas Sarkozy ? En tout cas, les nouvelles révélations exclusives de nos confrères de Mediapart sèment le trouble. Preuve du sérieux de l’enquête, ces nouveaux éléments ont été versés à la procédure par la justice, selon Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart. Sur le plateau de la contre-matinale, Théophile Kouamouo revient sur cette affaire tentaculaire aux connexions multiples. Il met en exergue les liens entre la macronie et la sarkozie avant de dénoncer le silence de l’AFP et des grands médias qui pour la plupart, ont décidé de ne pas s’intéresser à ce qui constitue très certainement un scandale d’État. Ni actionnaire, ni publicité, Le Média TV est indépendant et ne vit que de vos dons. »

Un autre ouvrage reprend cette thématique du braquage : celui de Corinne Lhaïk, Président cambrioleur, paru chez Fayard en 2020. C’est un peu en vainement que l’on cherchera là cette thématique du braquage «en soi». Mais pour l’argent, en revanche. Un jour, une personne se fait insistante, et Monsieur Macron la fait renvoyer en disant : «Il a été payé, non ?» (sous-entendu : on l’a dédommagé d’un poste).

Le livre de Corinne Lhaïk : la psychologie pointilliste d’un président « cambrioleur » ?

Pour Corinne Lhaïk, si l’homme est cambrioleur, c’est non pas qu’il ne retourne sa veste, mais qu’il emprunte la veste des autres – dans une garde-robe qu’il ne cesse d’agrandir. Sur les cintres, tous les costumes, mais aussi toutes les idées, suspendues à côté des carnets d’adresses dérobés ici et là. Surprend-t-on, dans cet ouvrage parfois assez laudateur, des instants qui cristallisent l’homme Macron ? Oui. Le livre est plein de perles, où je reviendrai piocher. Des députés : « Ils se croient tout permis parce qu'ils ont mis leur tronche à côté de la mienne sur une affiche et qu’ils ont été élus ». De LREM et Stanislas Guerini : « Et toi, le mouvement, y a que des gens qui passent leur temps à ne rien faire ! » Sur Edouard Philippe, son ex-Premier ministre : « Si je vous ai challengé, c’est que je sais que vous êtes le maillon solide et que je veux tester le Premier ministre. Je sais bien qu’il n’est pas capable d’animer la majorité. » « La carte comportementale d’Emmanuel Macron pourrait se résumer à ce constat : près des yeux, loin du coeur », écrit ainsi Corinne Lhaïk dans un chapitre remarquable (le 10), intitulé Avec ou sans affect. Elle décrit la noria des conseillers, des jeunes ralliés du départ, mais qui ne lui apportent pas l’expérience dont il a cruellement besoin. Dès lors, la plupart partent, « et la froideur présidentielle n’est pas toujours étrangère à leur décision ». » Très vite, il devient mitterrandien, « distant avec nous », dur injuste. Il met en lumière ce qui ne va pas et ne dit rien quand ça va bien ». De fait, l’ubris s’impose : « Au moins quand il y a des gens autour de nous, tu m’appelles Monsieur le Président », dit-il à l’un de ses jeunes qui a, à peu près, son âge – et s’en va. « Dans la vie », écrit l’auteur, « chacun essaie de développer les qualités qui compensent ses défauts. » Mais chez Monsieur Emmanuel Macron, cet « équilibre » semble rompu « par son accession au pouvoir : l’autoritarime et le goût de la domination ne sont plus contrebalancés ». Il rappelle un peu, dans la gestion/management de son équipe, la révolution permanente de Mao Tsé Toung. Il est le seul dont le statut soit clair et assuré. C’est ainsi, dit-il, qu’il n’y a pas de « cabinet » (présidentiel) mais seulement « des gens qui me donnent des conseils. » Il ne vire pas quelqu’un, il l’ignore. Il lui donne un rendez-vous, il ne l’honore pas. Une fois, plusieurs fois. Il invite un ministre à un voyage présidentiel et, une fois arrivé, lui enjoint de quitter l’avion – la personne devant en outre attendre que l’appareil décolle. A l’Elysée, nul autre que lui n’écrit, ou ne fait fuiter... très mauvais souvenirs de l’ère Hollande, bien sûr. Nul ne monte, comme lui-même l’avait fait sous F. Hollande. On reste dans l’ombre. Si on est mauvais, il le dit ; si on est bon, il ne le dit pas. Cela pourrait donner des ailes, et les ailes amener un rival. Cela ressemble moins à la révolution permanente qu’à l’écrasement permanent. Or, oui, si cela est confirmé, une telle mise en infériorité est un trait pervers-narcissique fondamental. C’est une science émotionnelle où l’émotion de l’autre est le pion. Cette émotion négative qu’il provoque chez l’autre est vécue par le pervers comme une vraie volupté, sachant que lui-même n’a pas d’affect. Monsieur Macron, avec ou sans affect ? On y reviendra encore en analysant son intervention du début du mois de décembre 2021 (en P3).

Monsieur Emmanuel Macron : le regard de l’irritation.

Macron, vers un bonapartisme qui ne dit pas son nom ?

Si l’on croit que la Cinquième République est un régime solide parce qu’il est présidentiel, et qu’il a succédé à un régime fragile car trop parlementaire – la Quatrième république –, cela est certainement faux : car la Cinquième république donne assez facilement toutes les clés à un homme qui serait un aventurier de l’exercice du pouvoir solitaire. Et les rajouterait sans se gêner à son propre porte-clefs. Et cela d’autant plus aisément que l’aventurier «disruptera» aisément, sera «border-line». On voit donc vite comment la Cinquième République peut se dissoudre dans l’ambition d’un homme (ou d’une femme). Puisqu’il n’y a pratiquement pas de contre-pouvoirs.

La chaîne Blast a donné récemment la parole à Guillaume Duval, journaliste économique (voir ici). L’essayiste, après avoir brossé le panorama de la restrictions des libertés, met en exergue le fait que Monsieur Emmanuel Macron rompt le consensus qui avait prévalu jusqu’alors, dans le sillage de la sociale-démocratie, d’une recherche d’accords à travers la négociation. – « Lui, il balaye ça d’un revers de main. » – « Mais est-ce que l’application de cette politique néo-libérale ne passe pas forcément par un moment donné une forme de dérive autoritaire ? », lui demande la journaliste. – « Oui, c’est ce que j’explique. Il est à la fois ultra-libéral et autoritaire ». – « Les deux sont imbriqués ? » – « et étatises. Oui, les deux sont imbriqués, et ça c’est pas une spécificité française [...]. Il rappelle la politique de Margaret Thatcher [] Quand on veut changer les règles du jeu sur l’économie de marché c’est en fait une intervention de l’état très forte [qui est nécessaire] »... Il souligne alors (et, à mon sens, il va peut-être un peu loin) que c’est ce que Pinochet a fait au Chili... – « Et c’est alors une logique dictatoriale ». – « Pour vous Emmanuel Macron est dans la même logique que Pinochet ??? » – « Je ne dis pas ça... pour l’instant, mais en tout cas il y a une logique autoritaire, étatiste, autoritaire-descendante... en résonance avec ce que j’ai pu dire tout à l’heure de l’aristocratie d’état et qu’incarne Emmanuel Macron dans cette logique... » La journaliste, parfaite, indique en contradiction que le mot « autoritaire » avait été prononcé – y compris pour François Hollande, en référence à l’imposition de la loi-travail – … prononcé, donc, un peu comme une figure obligée de style à la fin de tout quinquennat, de chaque quinquennat... – « Qu’est-ce qui distingue, selon vous, Emmanuel Macron de ses prédécesseurs récents ? », demande-t-elle alors. Tournant.

A 17'33'' de l’interview, celle-ci devient passionnante. En effet, Guillaume Duval y souligne la spécificité de la construction française, où la marque de Napoléon Bonaparte reste prégnante, même de nos jours : en ce sens que tout a été organisé par ce général sous la forme « armée », avec une verticalisation marquée (exemple : les préfets, dont François Hollande soulignait l’importance dans ses Mémoires). Et ce sous le régime de l’unité, voire de l’uniformité. Mais si l’état est premier, « en France, on s’organise pour qu’il n’y ait pas de remontée vers l’état des problèmes sociaux ». Alors même que le poids des dépenses sociales est le même dans les pays scandinaves. Ainsi l’état français est-il « sourd » et « aveugle »... et « du fait de l’affaiblissement des partis, de l’affaiblissement des syndicats, de l’affaiblissement de tous les corps intermédiaires... dont il [Emmanuel Macron] n’est pas responsable, mais qu’il accentue par la politique qu’il mène, il marque un seuil nouveau dans cette logique jupitérienne, verticale, autoritaire, bonapartiste, des institutions de la Cinquième République et, à terme, cela peut être très dangereux, même si ce n’est pas lui. » Aujourd’hui 13 décembre 2021, Emmanuel Macron, qui préside pour six mois l’Union européenne, a entrepris le tour des capitales européennes. Le voici donc en Hongrie. Ce pays est, selon Gabor Eross, maire d’un arrondissement de Budapest (et sociologue), « un pays gouverné par l’extrême-droite ». Et de dépeindre les cinq critères lui permettant de qualifier ainsi le gouvernement de Viktor Orban : 1 – corruption généralisée ; 2 – campagne anti LGBT ; 3 – fraude électorale ; 4 – oligarchisation de l’économie ; 5 – répression massive de la société civile.

Que penser de la potentialité d’une dérive autoritaire de Monsieur Macron à travers le livre de Daguet/Lhomme ? Les cinq critères énoncés par Gabor Eross sont-ils déjà cochés ou, pour certains, en voie de l’être ?

1 – De la corruption « généralisée » : selon Transparency International, la France se classe au 23ème rang des pays les plus corrompus, la Hongrie au 46ème rang (et la Turquie au 86ème). Il s’agit de niveau de perception de la corruption... résultat d’un panel, composé d’hommes d’affaires et d’experts, donc assez objectif (la méthodologie est bien détaillée). Le score moyen est à 46, soit le niveau de la Hongrie. « Suite aux états d’urgence constitutionnels en France, en Hongrie, en Italie et en Espagne, Democracy Reporting International a interpellé les gouvernements concernant ces restrictions importantes des droits fondamentaux. En outre, en raison de la COVID-19, les élections ont été retardées dans au moins 11 pays de l’UE. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence de graves problèmes liés à l’état de droit dans toute la région, la corruption affaiblissant encore davantage les démocraties ». Ni la Hongrie (mais la Pologne), ni la France, ne figurent dans les pays à surveiller (voir ci-après le PDF).

Le PDF de Transparency International sur la corruption dans le monde. © Transparency International. (pdf, 3.6 MB)

Pour mieux approcher la situation française, revenons à l’ouvrage de Daguet/Lhomme, Le traître et le néant, et plus précisément à l’interview donnée par les deux auteurs à Blast, sous le titre aguicheur «Le vrai visage de Macron» (voir ici). L’un des (multiples) tournant de cette magnifique interview arrive à 42', où les journalistes évoquent le rôle de Monsieur Macron à la banque Rothschild, dans le pôle fusion-acquisition: «Des fusion-acquisitions dans des proportions jamais vues, car là c’est 10 % du CAC 40 qui a été vendu sous Emmanuel Macron quand il était ministre de l’économie, donc c’est hallucinant, mais facteur aggravant, ou... en tous les cas, qui interroge vraiment, c’est que dans ces fusions-acquisitions vous avez des personnes, des sociétés qui jouent les intermédiaires, pour permettre aux entreprises de fusionner. Jusqu’à là, rien d’anormal, c’est tout à fait légal, par ailleurs. Mais ces gens-là, ou ces sociétés-là, touchent des sommes monstrueuses, parce que on parle de dizaines de milliards qui sont en jeu, parfois de centaines de milliards. Et, donc, il y a eu des centaines et des centaines de millions de commissions qui, je pense, si on les additionne tous, qui se chiffrent en milliards, qui ont donc été... qui sont donc tombées dans les poches des intermédiaires qui ont fait leur travail. Parmi ces intermédiaires, c’est troublant de voir qu'il y a la banque Rotschild... notamment dans l’affaire Alstom, qui va être... jouer les intermédiaires pour permettre la fusion... La banque Rothschild, où Macron avait fait ses classes, et où il avait encore des amis... et, facteur qui interroge encore plus, c’est qu’une fois qu’il est lancé en campagne pour l’élection 2017, parmi les donateurs, officiels, hein, réguliers [], il y a beauoup de gens qui avaient des intérêts dans ces fusions acquisitions [] Tout cela pose vraiment question. Le député Marlex a soumis ces interrogations au Parquet de Paris. Il y a plusieurs procédures qui sont en cours, elles ont toute en commun [] ce qui est un petit peu troublant, d’être totalement au point-mort. [] Il y a des rapports incestueux entre le monde de la politique et le monde de l'argent qui ne sont jamais apparus aussi spectaculairement». C’est à partir de tout cela que monta donc l’idée d’un « pacte de corruption » avait peut-être été noué, comme le montre la captation d’écran ci-dessus.

Un pacte de corruption sous-tend-t'il l’accession au pouvoir de Monsieur Emmanuel Macron ? Capture d’écran de la question sur Google. © Pierre-Gilles Bellin.

Quant à Monsieur Macron serait-il un «oligarque» lui-même? Certes pas. Ses revenus et son patrimoine sont présents, de manière à la fois statique et dynamique (sur plus d’une dizaine d’années) sur le site de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (voir ici) (1). Paradoxe : l’homme n’est pas «riche», même s’il est bien au-dessus de la moyenne des Français. Ses flux financiers sont transparents et, à moins d’un compte caché (ce qui, spontanément, m’étonnerait), ne reflètent aucun mouvement type rétro-commissions. En fait, ils sont, à l’image d’un Emmanuel Macron, assez subtils et donnent à penser, comme disait l’un de ses «mentors», le philosophe Paul Ricoeur. En effet, comme rien ne vient jamais seul (et toujours au bon moment) (2), toujours sur Blast, un youtubeur d’investigation, simplement en regardant les déclaration de patrimoine et revenu de Monsieur Emmanuel Macron... a constaté que le futur Président de la République avait dépensé... un Smic par jour pendant une ou trois années. De suite. Allant jusqu’à acheter un appartement à Paris, très au-dessus de sa valeur. Ce qui la fiche un peu mal pour un financier... (voir ici).

Cette information, assez bluffante, possède un destin singulier : aucun média «dominant» (selon Denis Robert) n’a alors fait l’écho de la news. Sauf un journaliste du Monde : mais nous étions avant 2017, et son rédacteur en chef lui a demandé de reporter l’article après 2017, pour ne pas avantager Madame Le Pen. Néanmoins, même après 2017, l’info ne sortira qu’à demi. Est-ce parce que l’homme, décidément, fait «peur», selon des essayistes aussi divers que Daguet/Lhomme, ou Corinne Lhaïk ? Ou que, plus simplement, il n’y a rien derrière ?

La question n’est pas comment Monsieur Emmanuel Macron a-t-il à la fois réuni autant d’argent, mais comment cet argent a filé aussi vite ? Comptes enchantés, sinon enchanteurs. Si les motifs de dépense n’ont rien à voir, disons, avec (par exemple) des dépenses raisonnées (en quelque sorte) par des nécessités mondaines ou de carnet d’adresses, ce trait serait alors immensément caractérisant sur le plan psychologique.

Sur lesite Les crises, analyse financière des dépenses personnel d’Emmanuel quand il n’était pas Macron. © Site "Les Crises"

De la corruption, encore : ensuite, l’interview de Daguet/Lhomme évoquera le cas des ministres mis en examen, tel l’actuel Garde des sceaux... mais cela glisse sur E. Macron, cela n’accroche plus comme ça l’avait fait sous Hollande. Ils louent une stratégie de communication parfaitement rodée. Qui se déploiera également dans son ampleur lors de l’affaire Benalla. Ce en quoi ils ont parfaitement raison, mais il y a certainement un autre motif : à la différence de M. Hollande, cela n’interfère pas avec l’éthique républicaine de Monsieur Macron. Car il ne semble voir, en aucune manière, pourquoi cela serait choquant. Et à quel point. A ceci s’ajoute le fait que nous sortons d’une longue tradition d’impunité, tout en y étant encore inscrits : il n’y a que voir la manière dont règnent les potentats locaux. Dans ma courte expérience politique, j’en ai fait l’expérience, à la fois amusante et odieuse, en en payant d’ailleurs toujours les conséquences, ainsi que ceux qui m’ont soutenus (voir ici: «Mon village sous les préocupations»).

2 – de campagnes anti LGBT : là, en effet, Monsieur Macron ne coche ni la case Orban, ni la case Erdogan. Nous reviendrons ensuite, en P 3 sur la question de la sexualité ; 3 – de fraudes électorale : là, rien à redire pour la France.

4 – de l’oligarchisation de l’économie : il est intéressant, ici, outre ce que nous avons rapporté des fusions-acquisitions, de voir si les inégalités se sont creusées sous le quinquennat qui s’achève. Or, peu. Entre 2008 et 2018, «en 2018, après redistribution, les inégalités sont légèrement supérieures à leur niveau de 2008», écrit l’Insee. (Voir ci-après le PDF de l’Insee).

Les inégalités selon l’Insee : la France est plutôt égalitaire, globalement. © Insee. (pdf, 1.5 MB)

«Début 2018, la moitié des ménages vivant en France déclarent un patrimoine brut supérieur à 163 100 euros ; ils détiennent 92% de la masse totale de patrimoine brut.», nous explique encore l’Insee (voir encore ici un autre PDF). Nous semblons donc loin de la notion «d’oligarchisation» évoquée par le sociologue hongrois.

Les inégalités de patrimoine selon l'Insee © Insee. (pdf, 731.5 kB)

Le journal Le Monde note, dans les sommes dues par Monsieur Macron et déclarée par celui-ci, « un « prêt personnel entre particuliers » de 550 000 euros en 2007, dont 200 000 euros encore à rembourser (100 000 en 2017, 100 000 en 2022, auxquels s’ajoutent des intérêts). Emmanuel Macron a précisé à L’Express que ce prêteur était son «mentor», Henry Hermand, un chef d’entreprise proche de la « deuxième gauche » de Michel Rocard, mort en novembre 2016. » (voir ici). Nul besoin d’aller trop fouiller dans cet générosité : Henry Hermand, mort à 92 ans, était un homme au grand cœur, ami de Michel Rocard, et qui considérait «Emmanuel» comme un «fils spirituel». Il était persaudé que celui-ci porterait un renouveau de la sociale-démocratie. On peut donc, bien au pire, considérer Monsieur Hermand comme la victime d’une plaisante illusion ­ - et d’un vrai charisme. Monsieur Macron possède une capacité de séduction sans pareille sur les personnes âgées, écrivent Daguet/Lhomme : au moint de se faire prêter un demi-million d’euros par un pilier de la gauche rocardienne? Avant d’avouer à Philippe de Villiers que non, erreur, il n’a jamais été "socialiste" ? Et de dipalider alors la "thune", le "fric", la "paye" d’Henry (ce qui n’a jamais été ses expressions, mais sont les mots qui surnagent dans son entourage, et selon son entourage). A-t-il seulement pensé à ce qu’il faisait ? On reste étourdi par ces possibilité, qui pointeraient une absence de tabous. Ce point est capital pour saisir la psychologie de l’homme. Car, alors, il serait totalement transgressif de toute morale. Il ignorerait qu’il y en a une. Ou non : il le saurait, parce que c’est utile à savoir pour manipuler.

En France, nous dit l’Insee, «Les ménages des 1 % de personnes les plus aisées détiennent finalement 5 % du revenu disponible total, mais 25 % des revenus d’indépendants et 30 % des revenus du patrimoine déclarés, dont 43 % des revenus mobiliers. » Cependant, « en 2018, les revenus déclarés par les ménages à très hauts revenus représentent 7,4 % de l’ensemble des revenus, valeur la plus élevée depuis 2004. Elle augmente fortement par rapport à 2017 (+ 0,8 point), notamment du fait de la hausse de la part des revenus déclarés par les 0,1 % les plus aisés (+ 0,5 point), pour atteindre 2,3 % en 2018. Cette augmentation serait liée à une forte hausse des dividendes reçus par les ménages, dans un contexte de fiscalité plus incitative. Après avoir régulièrement augmenté entre 2004 et 2012 (de 6,3 % à 7,0 %), la part des revenus déclarés par les très hauts revenus avait nettement baissé en 2013, et s’était globalement stabilisée jusqu’en 2017.» (voir ici). Donc, résumons ceci en disant que 1 % des ménages possèdent 30 % du patrimoine global de la France (environ 16 000 milliards d’euros, soit huit fois le produit intérieur brut. Patrimoine moyen = 240 000 euros). A l’évidence, cette catégorie de la population est majeure dans l’ascension de Monsieur Macron. Si nous resserrons la focale encore davantage, le cœur sociologique de Macron (comme le montre, par exemple, l’appartenance socio-économique de cet adorable Monsieur, Henry Hermand) est plutôt à chercher du côté des milliardaires français – dont le magazine Challenge révèle en juillet 2021 qu’ils sont passés de 95 à 109 lors de la pandémie, pour un patrimoine cumulé qui a augmenté de 30 % en une année (voir ici). Les 500 personnes les plus riches de notre pays possèdent donc environ 1 000 milliards d’euros de patrimoine. Ensuite, pour savoir qui possèdent les médias français, voir ici un graphique du Monde diplomatique. En substance, Basta Mag peut donc objectivement titrer : « Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française » (voir ici). Voir ici le chapô de cet article édifiant : « Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine... Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme de la presse ? Résumé d’une situation critique, à l’occasion de la campagne #LibertéEgalitéInformés. » Aussi, oui, l’on parler d’une oligarchie qui domine la vie politique française. Et se fonde sur des liens incestueux entre la haute-fonction publique et la politique, le parcours professionnel de Monsieur Macron l’illustrant presque jusqu’à la caricature. Cette concentration se poursuit jusqu’y compris le domaine sécuritaire. «Affaire Squarcini : LVMH reconnaît les faits et accepte une amende de 10 millions d’euros. Le géant du luxe a signé dans la plus grande discrétion, mercredi, une convention judiciaire avec le parquet de Paris, acceptant de payer une amende négociée de 10 millions d’euros dans l’affaire des barbouzeries de Bernard Squarcini. » (voir ici). En substance, l’ex chef du contre-espionnage français sous Sarkozy (et de la surveillance des militants politiques), Bernard Squarcini, avait été embauché par LVMH en 2013. Parmi ses faits d’armes, l’espionnage du futur député François Ruffin et de son minuscule journal Fakir pendant la réalisation du documentaire à succès Merci Patron!, consacré à Bernard Arnault, qui possède LVMH. « Dans mon affaire d’espionnage, LVMH tente de s’acheter une justice, avec la bénédiction du Parquet », a indiqué François Ruffin, député La France insoumise de la Somme. Qui poursuit : «À la demande du groupe de luxe LVMH, Bernard Squarcini a procédé à ma surveillance, durant le tournage de Merci patron ! Avec ses complices, il est donc, comme l’a révélé Mediapart, mis en examen pour “atteinte à la vie privée”, “exercice illégal de professions réglementées relevant des activités de sécurité privée” et “exercice illégal d’agent de recherches privées” ». Mais le procès pénal de tomber, avec la reconnaissance des faits et le paiement d’une amende par LVMH... Cette affaire incroyable a donné lieu à six articles à Mediapart, intitulés « Le Squale [surnom de Monsieur Squarcini], opérations secrètes ». Mediapart est parvenu à se procurer des écoutes téléphoniques où l’ancien chef des Services secrets s’exprime... Je rappelle que, non jugé, il est légalement considéré comme innocent. On voit donc « Bernard » utiliser au service de la multinationale tout son réseau dans la police, Direction de la sécurité publique, Direction centrale du renseignement intérieur, Préfecture de police, services étrangers (voir ici). Le Problème. Le futur député de la France insoumise, François Ruffin, et sa bande du journal Fakir, veut tenter d’investir l’Assemblée générale des actionnaires de LVMH. Ce qu’ignore Monsieur Squarcini, c’est qu’il est sous écoute. Morceaux choisis (c’est Bernard Squarcini qui parle) : – « On est chez les Babas cools... Il y a une méthodologie assez clandestine... Oui, mais c'est sous le manteau, avec des trucs codés et tout... C’est le problème... Ils veulent foutre le bordel... Votre relationnel de l’ancienne boutique... On est chez des Situationnistes... Tous les gens qui nous emmerdent... Ils sont pas suivis par la boîte comme des gros méchants... J’ai trouvé la boîte qui a infiltré l’organisation... Là tu demandes 38 000... Je te renvoie l’ascenseur sur un autre truc... Là on a infiltré... On affine la liste avec les domiciles et les adresses... Tous les cons, quoi... Comme légalement ils peuvent entrer car ils ont des actions... » Ce qui est le plus hallucinant vient ensuite. Le préfet Pierre Lieutaud... qui travaillait alors à l’Elysée comme Number two du Conseil national du Renseignement (CNR) appelle Bernard Squarcini pour le féliciter de l’exfiltration de la bande à Ruffin. Hallucinant ! Nous avons donc assisté à une privatisation d’un Service public, celui de la surveillance du territoire, par un groupe de personnes. L’Elysée étant au courant via son numéro deux du CNR. Qui, je trouve, n’a pas un langage très préfectoral. Mais les rapports incestueux ente le pouvoir politique et l’économie sont assumés, et les dérives ministérielles ou des entourages (affaire Benalla) ne valent départ que lorsqu’il s’agit de François Bayrou. Quoi qu’il en soit, sur les 4 premières cases définissant le régime autoritaire hongrois, Monsieur Macron en coche 2 : pleinement, sans exagérer.

Mais les Français ne sont ni les Hongrois, ni les Turcs. D’ailleurs, en se désengageant de la procédure de la sorte, LVMH a plombé encore davantage son ancien responsable de la sécurité, Bernard Squarcini, dont le procès va rebondir sous la pression, semble-t-il, ces nouveaux moyens de preuve. Qu’en est-il donc de la cinquième case, «Répression massive de la société civile» ? Pour la documentation relative à la fermeture de l’état de droit. Voir ici : sur Mediapart, le blog de Paul Cassia, professeur de droit constitutionnel, est formidable. Ce n’est pas pour rien qu’il compte près de 650 abonnés (voir ici). Mais Mediapart, et toute la presse libre, bien sûr, rendent parfaitement compte de la dégradation de la situation.

Monsieur Emmanuel Macron : le regard du mépris.

Qu’est-ce que le « fascisme » aujourd’hui ?

La réponse à cette question soulève tant de questions, et donc tant de réponses, qu’il ne peut être facile de l’appréhender. De plus, la grille fasciste que nous avons esquissée, est très mâtinée vingt-et-unième siècle hongrois  donc sans doute assez particulière. Sans doute aussi, le régime de Monsieur Erdogan est-il un fascisme. Tous deux puissant leurs racines dans un discours théologique très fort, très historicisé. Même si l’idée monarchique, à laquelle semble de référer tant Monsieur Macron, possède des racines, disons, théocratiques, lui-même ne montre aucune intimité particulière avec le sentiment religieux  même s’il a pu qualifier son épopée de «christique».

Le «fascisme» a été, est, un phénomène mouvant, difficile à appréhender, comme le rappelle l’ouvrage Les Droites en France, de René Rémond. Mais, pour approcher le phénomène dans son essence, j’irais plutôt vers Raoul Girardet, dont j’ai suivi le le cours intitulé : «Mouvement des idées politiques dans la France contemporaine» (voir ici l’article que lui consacre Le Monde, à sa mort en 1993. L’intérêt de cet historien est d’avoir vécu l’histoire des extrêmes dans la droite, de l’intérieur). Et de très bien connaître la société militaire, si particulière en France. Pourtant, la comparaison avec les années 1930 trouve vite ses limites dans la réflexion contemporaine autour de cette idéologie. « Dire ''fascisme" en 2021 : abus de langage ou clairvoyance ? » est le titre d’une émission de France Culture, datée du 28 septembre 2021 (voir ici). Producteur : Brice Couturier. Chapô : « Depuis les années 1970, des historiens tentent de bousculer la définition du fascisme pour dilater ses frontières dans le temps et dans l’espace. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’intellectuels envisage le fascisme contemporain en esquivant la comparaison stérile avec les années 1930. » Phrase-clef : « Orwell était celui qui avait vu que marcher au pas de l’oie n’est pas une condition liminaire du fascisme, avait explicité que l’habit ne fait pas le moine en matière de chemises brunes, et que le fascisme peut aussi se décliner sous des dehors policés. » En fait, cette émission est une déclinaison de toute une réflexion autour d’Orwell. Et nous pouvons tout à fait invoquer contre cette figure des fascismes dissimulés dans des costards de prix l’ante-figure d’Anonymous, ces hackers (souvent détournés) mais qui oeuvrent pour la liberté d’expression – et dont la figure crucifiée est celle de Julian Assange. «Qui commande le passé commande le présent, qui commande le passé commande le futur ». Allons donc voir du côté du Comité Orwell en France... Allons-donc ? Sommes-nous en dictature ? A un temps de chasse aux penseurs libres, de leur enfermement. Non. Cela illustre bien la difficulté de penser les mouvements de la pensée politique d’aujourd’hui. Car, pour tout vous dire, ma thèse était la suivante : Monsieur Zemmour est ce qui est le plus proche d’un fascisme des années 1930 – même s’il s’agit, plus vraisemblablement, d’un post fascisme – ; il permet, un peu tel un allié «objectif» (pour reprendre la terminologie marxiste) à Monsieur Macron de se définir en chantre de l’anti-fascisme... Or, Monsieur Macron présente, lui, les signes bien plus redoutable (à mon sens) d’une sorte de renaissance post-fascisme... dont on lit d’ailleurs des traces chez Orwell, lorsqu’il parle de la société managériale mondiale (mais en tirant un peu, tout de même, sur les lignes).

Soit : tout ce que cela montre, c’est qu’il y a mutation du « fascisme ». La Possibilité du fascisme – France, la trajectoire du désastre, publié en 2018 à La Découverte, est un ouvrage d’Ugo Palheta, qui a donné un entretien à CQFD (voir ici). Moment-clef : « Ne pas chercher le fac-similé du nazisme ou du régime mussolinien, donc, mais l’adaptation contemporaine et hexagonale (du) fascisme, qu’il définit ainsi : « Mouvement de masse qui prétend œuvrer à la régénération d’une “communauté imaginaire” considérée comme organique (nation, “race” et/ou civilisation), par la purification ethno-raciale, par l’anéantissement de toute forme de conflit social et de toute contestation. » Soit : à cette aune, il n’y a pas de régime fasciste en Europe, mais des régimes dont les racines communes puiseraient dans la régénération d’une identité communautaire... Mais je crois que nous nous égarerions à continuer ainsi : on ne cernerai pas plus le macronisme, peut-être un peu mieux le zemourisme, ou le lepénisme.

«Nous voulons chanter l’amour du danger [] Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle, la beauté de la vitesse. [] Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace. [] Nous voulons glorifier la guerre [] Nous voulons démolir les musées.» Tel est le futurisme, mouvement artistique qui naîtra d’un Manifeste, en 1909, publié par l’Italien Marinetti. Convaincu de l’esthétique de la violence, il quittera vite l’épure poétique pour s’engager aux côtés de Mussolini. Mais tout autant on s’égarerait à vouloir saisir ce qui se passe aujourd’hui, par exemple en lisant La doctrine du fascisme, écrit (et plutôt bien) par Mussolini lui-même, dont je vous laisse un extrait en annexe. (4) Or, si je vous ai laissé cet extrait du « Manifeste futuriste », c’est qu’il m’a fait penser à ce dont Monsieur Macron se réclame incessamment, jusqu’au point de baptiser son « parti » «En Marche» : soit l’essence du mouvement. Passant de la sociale-démocratie à la droite, du contre la déchéance de la nationalité et de l’antiracisme au rejet pensé des migrants, la figure macronienne est, par excellence, celle du mouvement. Il réalise des mouvements (très bonapartistes, finalement) sur l’échiquier sociologique français (c’est simple : tu parles de trucs de gauche, tu te dépositionnes et tu reprends les voix par là). Il ne mène pas une guerre de position idéologique à la Léon Blum, à la Charles Maurras, mais une guerre de mouvement. Dans laquelle il prend le pouvoir, puis pilonne les édifices sclérosés des vieux partis, puis part d’ici avant d’être ailleurs – avec une sorte de juvénilité destructrice, qui fait que tout cela glisse sur son brio (en amusant l’opinion publique, au moins un temps, car elle a pris en détestation les politiciens... le PS en fera bien les frais).

Pour cela, ni idée, ni culture n’interféreront avec cette sorte de génie pour trouver les points faibles. Sans vraiment se rendre compte que, pour lui, cela n’est pas un problème, ceux qui le connaissent bien le déplorent. Ainsi de François Patrillat, sénateur socialiste (et patron de la LREM au Sénat), disant à propos de la République en marche : – « Emmanuel n’aime pas les partis, il ne voulait pas de parti, moi je lui ai dit ''Il faut en faire un'', mais la vision d’Emmanuel c’est ''Pas de parti''. Une équipe autour de lui. Donc on a un mouvement qui n’a pas de réalité. Pour les gens, la République en marche, c’est quoi : ''c’est rien'' ». Et en effet, de cet absence d’idées et d’idéologie, en 33''12', Aurore Bergé (député des Yvelines) est appelée à témoigner : – «Il n a pas cherché à développer une matrice idéologique, je sais bien qu’il n’y pas de parti, c’est pourquoi j’en ai quitté la direction.» (Outre cela, ) 17''', les deux journalistes évoquent la cuture très superficielle de Monsieur Macron (sachant qu’un homme comme l’un des avocats qui défendit Julian Assange, Juan Branco, confirma, mais avec beaucoup-beaucoup moins de gants – quant à moi, je me souviens encore que nous pensions avoir élu un «Président-philosophe», enfin. L’imbécile). Et Marlène Schiappa d’ajouter : – «Il n’y a personne derrière. Le jour où le Président décide de […] prendre une petite pause […] il n’y a personne pour être président à sa place.» Donc à quoi ça sert ? De prendre le pouvoir, certes... Mais il se raccroche au courant libéral, ce qui est imposture car il «a grandi à l’ombre de la gauche». Il y a eu trahison... cela ne fait ni une idéologie, ni un parti... et pas de cohérence dans la politique... En tout cas en première lecture.

Je vais, si vous le permettez, rajouter une expérience personnelle. Peu après cette élection, avant les Municipales, je me suis invité à une réunion de LREM (chez eux, c’est ainsi, il a toujours fallu que je tape l’incruste). Leur idée : se créer ex-nihilo (donc) un réseau à partir des maires, plutôt de gauche (disons. Là, nous sommes en région Bretagne, donc dans le fief de Monsieur Le Drian). Or, ici, en l’espèce, cela va coincer (comme ailleurs). Ici en partie à cause de la décision d’abandonner Notre-Dame-des-Landes (Nicolas Hulot est alors ministre de l’écologie. Peut-être Monsieur Macron a-t-il craint de le faire partir en laissant faire cet aéroport. Ou peut-être ne le jugeait-il pas opportunéconomiquement. Je ne sais pas). Or, les maires vont reprocher aux organisateurs de la réunion (qui se passera très mal) d’avoir laissé tomber Notre-Dame-des-Landes. Carole Gandon, patronne de LREM à Rennes, leur dira que c’était pour éviter affrontements et violences – comme au barrage de Sivens (un mort). Ils ricaneront (nous verrons, en effet, avec les Gilets jaunes, que la préoccupation humanitaire...). Ce qu’ils verront, eux, les notables, c’est que Monsieur Macron est passé au-dessus de leur pouvoir local de petites potentats. Mais, en un mouvement, cela résume les deux temps de la praxis macronienne : on bouge, on se «renie» éventuellement (mais il n’y a rien à renier, en fait, puisqu’il n’y a rien) ; et, enfin, on passe sur les autres pouvoirs, puisque ce n’est pas le sien. Le tout sur fond des restrictions des dotations de l’état aux communes, l’effet était garanti ce soir-là. Mais merci pour le poisson.

Le pervers-narcissique, caractérisation : Monsieur Macron en est-il un ?

Commençons notre cours par le cours que nous donne le Journal des femmes (voir ici). Naissance du concept de cette psycho-pathologie complexe : 1986. Et rajoutons-y un PDF (ci-après, mais je ne sais pas de qui est ce texte, plutôt bon selon l’expérience que j’en ai).

Monsieur Macron est-il un pervers-narcissique ? © Nom à venir. (pdf, 33.9 kB)

Voilà une bonne chose de faite ! Nous ne disons pas : voilà, notre Président de la République est un pervers, mais qu’est-ce qu’un pervers-narcissique? Pour commencer (ou continuer).

Généralité : « [Le pervers-narcissique] change de masque suivant les besoins, tantôt séducteur paré de toutes les qualités, tantôt victime faible et innocente. Il a un souci scrupuleux des apparences, donnant le plus souvent l’image, valorisante pour son ego, d’une personne parfaite, image qui cache son absence d’émotion, d’amour, de sincérité et d’intérêt pour tout ce qui n’est pas lui. Il ne s’intéresse pas à la réalité, tout est pour lui jeu d’apparences et de manipulation de l’autre. Il excelle à susciter, amplifier et faire alterner chez l’autre regrets et peurs. Les pervers sont les professionnels de la double vie et de la double personnalité. » Traits fondamentaux de la perversion narcissique : 1 - Mimétisme ; 2 – Diviser, cloisonner ses relations ; 3 – Vous encenser pour mieux vous couler ; 4 – Se valoriser sans cesse et dévaloriser l’autre ; 5 – Le principe d’autorité ; 6 – L’induction (suggérer l’idée à l’autre) ; 7 – Contradictions ou contradictions apparentes ; 8 – Emploi de messages paradoxaux ; 9 – Calomnies et insinuations ; 10 – Fausse modestie ; 11 – Confusion des limites entre soi et l'autre ; 12 – Utilisation de fausses vérités énormes ou crédibles ; 13 – Se poser en victime ; 14 – Création d’une relation de dépendance ; 15 – Inhiber la pensée critique de la victime ; 16 – Tactique du harcèlement moral pervers. Mais là, nous posons seize jalons qui sont ceux de la Politique en général ! Ceci ne fait donc pas de Monsieur Macron la figure de cette psychopathie, disons qu’il s’est fondu dans une discipline sociale qu’il épouse parfaitement : la politique. Cependant, il est un trait que ne supporte pas ce profil : le dévoilement de ses mensonges – et de qui il est. Il a un très gros problème avec cela. Ensuite, et cela est encore lié, il y a le rapport à la violence : chez ce type de pervers, la violence est d’autant plus singulière qu’elle est cachée, mentale. Ou s’exerce par procuration. Elle a cependant toujours deux caractéristiques tactiques, pour un but, la jouissance : maintenir dans l’ignorance et la soumission. Voyions tout cela.

La violence par procuration, trait caractériel macronien ?

Cette violence macronienne, je l’ai documenté via la dégradation de l’image internationale de la France (Voir ici : Monsieur Emmanuel Macron : psychologie, P1. Mais Allô Place Beauvau sera à mon sens beaucoup plus approprié (Voir ici). Pour ne pas répéter ce qui a été dit partout, retournons à l’interview sur Blast de Daguet/Lhomme. D’abord, la gestuelle de l’homme, très atypique, au fond, mais très contemporaine (17'') : [il a] « un truc » un peu « Madonna », un peu « Lady Di », avec parfois un regard à la « Margaret Tatcher » – autant de modèles féminins, de séduction ou d’autorité. Selon les photographes de presse, il y a toujours un moment où apparaît dans le regard d’Emmanuel Macron ce qu’ils appellent le « regard du tueur ». Y-aurait-il en lui comme la cohabitation d’un Docteur Jekyll et d’un Mister Hyde ? Réponse du binôme (Lhomme, je crois) : – «Je ne pense qu’il se contraigne à être souriant, à prendre les gens dans ses bras (mais il y a un) décalage entre une image de bienveillance, d’empathie, et sa vraie nature, celle d’un homme politique dur». Quant à Rachida Dati, elle précisera : – «Macron c’est pas un gentil, c’est pas un rigolo.» Or, il va arriver à un moment où le pouvoir va se retrouver face à un adversaire, Monsieur Zemour, à la fois vrai et faux adversaire. Utile, en ce sens que face à lui, Monsieur Emmanuel Macron apparaîtra nécessairement démocrate ; on profitera même d’être devenu président de l’Union européenne pour aller dire son fait à Viktor Orban, après s’être fait le chantre de l’antiracisme et de la Résistance en allant enterrer Joséphine Baker au Panthéon. C’est énorme et ça semble passer, du moins dans les médias inféodés.

Mais pour ce qui reste des médias libres ? On tentera l’intimidation, en ciblant par exemple Mediapart, avec une tentative de perquisition lors de l’affaire Benalla (voir ici). Puis cela deviendra plus grave, et le 6 décembre 2021, le site peut titrer : «L’extrême droite et ses complicités tacites». Châpo : «Au lendemain de l’agression de journalistes et de militants antiracistes au meeting d’Éric Zemmour, les rares condamnations politiques ont brillé par leur mollesse et leur relativisme. Au pouvoir comme dans l’opposition, certains ne luttent plus contre l’extrême droite : ils composent avec elle. » (voir ici). Cela a un nom : l’instrumentalisation. Je me permets de citer : « Non content d’avoir laié ses ministres alimenter des débats sans fin sur « l’islamogauchisme», juger la présidente du Rassemblement national (RN) « trop molle » [là, c’est Gérald Darmanin, singulier ministre de l’intérieur aux racines idéologiques plus qu’à droite, qui parlait], recycler son vocabulaire et sauter sur la moindre polémique lancée par la fachosphère, Emmanuel Macron a plusieurs fois affiché son attrait pour la droite la plus extrême. Un coup de fil à Philippe de Villiers, un autre à Éric Zemmour, des clins d’œil à Michel Houellebecq, des confidences à CNews et Valeurs actuelles... » Article qui, à lui seul, mérite que l’on s’abonne au journal. Donc, en effet, Monsieur Emmanuel Macron serait peut-être en train de nous inventer un post-fascisme. Car oui, au fond, tout dans son parcours converge vers l’exaltation de sa personne : il s’agit de son déséquilibre, profond, presque irrémédiable, incurable, dont nous allons tenter de comprendre les motifs en troisième partie.

Vers une prise au bond du pouvoir grâce au chaos d’une situation incontrôlable ?

Au sommet de l’état, on balaye du regard une situation globale qui va bien au-delà de l’horizon du quotidien des Français. Pour dire autrement, l’on voit derrière le décor que l’on est sans cesse en train d’édifier. Car un chaos grandit, qui fait «disrupter» toutes les lignes d’horizon familières. Ce chaos, c’est en partie celui du changement bio-climatique, des grandes pandémies, des migrations climatiques... qui entraîneront de plus en plus les opinions, qui cherchent des solutions simples, autoritaire – dont la construction de murs anti-migrants est une étape. Ci-dessous, je vous ai ressorti le graphique dit des convergences des crises (ah, celui-là, je ne l’userai jamais assez, je vous le jure). On y voit que les cinq prochaines années seront décisives.

Les cinq prochaines années seront décisives, car elles verront la convergences des crises financières et bio-climatiques. © Pierre-Gilles Bellin.

Mais le chaos, comme tout système, suit certaines règles. Première étape : l’effondrement du système politique bipartisan. Macron a certainement été le premier à voir que Monsieur Hollande ne pourrait se représenter. Intuition géniale. Les élections de 2017 ont vu, en fait, s’effondrer le système classique des partis, arrivés à bout de souffle. En même temps, la culture politique de la population, ou d’une certaine partie d’entre elle, lui rende insupportable le mode de fonctionnement politique. «On a le droit d’élire, on a pas le droit de vote», me dit une fois en reportage un Gilet jaune. Aujourd’hui, la situation est si bancale qu’en effet, le pouvoir est à prendre. Mais, pour cela, il faut passer les Présidentielles, et faire en sorte que les Législatives vous donnent une majorité absolue. Juridiquement, l’arsenal des mesures autoritaires prises (voir en infra le blog de Paul Cassia) est tel que nous vivons pratiquement sous l’article 16 des pleins pouvoirs. (J’exagère quand même un peu. Il manque, notamment, des juridictions d’exceptions avec des juges militaires.) La suite logique est d’emporter les dernières digues morales en profitant de la double aubaine que constituent la peur du «Grand remplacement», et les pandémies – qui, d’ores et déjà, destructurent la société en cassant (par exemple) les solidarités associatives, militantes... voir la difficulté dans les campagnes de résister à l’agro-business et aux comportements (violent) de ce corporatisme vis-à-vis des lanceurs d’alerte et journalistes.

Tout cela signe une époque : pour qu’elle donne corps à un pouvoir, il faut qu’elle s’ajuste parfaitement au mental d’un leader. Et cela correspond en tous points à Monsieur Emmanuel Macron. Quelles sont alors ses chances de réélection ? Peut-être les surestimons-nous ? Les Français détestent que l’on pense leurs votes acquis d’avance. Daguet/Lhomme soulignent (29'58'') : « Monsieur Macron est le premier Président ''confiné'' français, il a réalisé toute son ascension dans un secteur très étroit de la société. [certes] il n’est pas que le candidat de la finance, mais d’un cercle de la raison, un cercle qui agrège pas mal de gens des catégories csp + […] mais le cercle de la raison, c’est étroit. Si on y fait pas rentrer quelques dizaines de milliers de personnes, voire des millions, ça peut dégénérer, ça peut mal se passer. C’est ce qu’on a vu avec les Gilets jaunes ». Que les essayistes comparent, par son ampleur, à une sorte de mai 1968... Et, à 26'24'', Moscovici d’ajouter que «Macron est séduisant, mais dans son milieu... il y a une détestation populaire très forte et une fascination qui perdure dans l’élite...». La démocratie ne sera pas si facilement déracinable en France.

Annexes :

(1) Sur le site de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, étonnement, on doit fouiller pas mal pour tomber sur ces documents. J’ai fini par passer via le journal Le Monde et suivre ses liens. Mais là encore impossible de faire venir les PDF. J’ai donc du les imprimer, les scanner, afin de pouvoir les mettre à votre disposition, chers lecteurs et chères lectrices (et inversement).

Les revenus de Monsieur Macron en 2017. © Déclaration officielle du Président de la République. (pdf, 1.3 MB) Déclaration patrimoniale de Monsieur Macron. © Déclaration patrimoniale de Monsieur Macron. (pdf, 4.5 MB)

(2) Le moment « synchrone », comme disait le psychologue Karl Gustav Jung, auquel Paul Ricoeur a consacré un article peu connu. Voir ici « Rétrospective des écoles psychologiques : de Freud à Reich via Paul Ricoeur » (https://blogs.mediapart.fr/pierre-gilles-bellin/blog/100717/retrospective-des-ecoles-psychologiques-de-freud-reich-paul-ricoeur).

(3) Définition du fascisme des années 1930 : – mouvement révolutionnaire de masse, antiparlementaire, antidémocratique ; – usage de la terreur et la violence contre les adversaires, avant et après la conquête du pouvoir ; – régime à parti unique ; – chef unique, associé à un culte de la personnalité ; – système policier hyper-répressif ; – réseau d’organisations contrôlant toutes les vies individuelle et la vie collective ; – appareil de propagande pour mobiliser en permanence et endoctriner chacun ; – politique extérieure souvent agressive, expansionniste.

(4) « Aussi bien ne comprendrait-on pas le fascisme dans beaucoup de ses manifestations pratiques, soit comme organisation de parti, soit comme système d’éducation, soit comme discipline, si on ne le considérait en fonction de sa conception générale de la vie. Cette conception est spiritualiste. Pour le fascisme, le monde n’est pas ce monde matériel qui apparaît à la surface, où l’homme est un individu isolé de tous les autres, existant en soi et gouverné par une loi naturelle qui, instinctivement, le pousse à vivre une vie de plaisir égoïste et momentané. Dans ce qu’on appelle l’homme, le fascisme considère la nation et la patrie, les individus et les générations se trouvant unis, dans une même tradition et dans une même mission, par une loi morale qui supprime l’instinct de la vie maintenu dans le cercle étroit du plaisir, pour instaurer dans le devoir une vie supérieure, libérée des limites du temps et de l’espace : une vie où l’individu, par l’abnégation de lui-même, par le sacrifice de ses intérêts particuliers, par la mort même, réalise cette existence toute spirituelle qui fait sa valeur d’homme. » Benito Mussolini.

(5) Communiqué de presse de l’association Pollinis : « Chère amie, cher ami, main dans la main avec l’état, l’agro-industrie a franchi une étape décisive pour assurer sa mainmise sur la production alimentaire et perpétuer l’utilisation de pesticides hautement toxiques qui ravagent le vivant à une vitesse sans précédent : obtenir la surveillance et la mise au pas de ses opposants… grâce à une cellule de gendarmerie spécialement dédiée ! Des gendarmes, censés assurer la sécurité de la population et veiller au respect de la loi, qui se retrouvent à traquer des militants et associations écologiques au profit des firmes agrochimiques… Ce n’est malheureusement pas un scénario de science-fiction : la cellule s’appelle Déméter (voir annexe 6), elle a été créée par le ministère de l’Intérieur en accord avec les grands syndicats de l’agriculture industrielle en octobre 2019 (voir ici le lien avec le Ministère de l’intérieur et les arguments qu’il présente : ttps://mobile.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-ministres-de-l-Interieur/Archives-Christophe-Castaner/Dossiers-de-presse/Presentation-de-DEMETER-la-cellule-nationale-de-suivi-des-atteintes-au-monde-agricole). Et les associations comme Pollinis, qui remettent en cause le modèle agricole intensif et dénoncent ses conséquences sur les écosystèmes, sont directement dans sa ligne de mire. Surveillance abusive, visites musclées et interrogatoires à rallonge forment une panoplie d’instruments répressifs que la cellule de gendarmerie Déméter utilise contre tous ceux qui se mettent sur le chemin de l’agriculture intensive. Son but est hautement idéologique : de récents événements ont démontré que faire un reportage sur l’écologie, répondre simplement aux questions d’un journaliste ou organiser un débat local sur les pesticides suffit pour être inquiété par Déméter... Une force policière mise au service de l’agrobusiness, pour aider les firmes à étouffer le débat sur la contamination généralisée de la nature par les pesticides, d’ores et déjà présents dans 100 % des sols et 80 % des masses d’eau souterraine... tout en maximisant les juteux bénéfices qu’elles opèrent sur la vente de produits extrêmement toxiques et cancérigènes… c’est tout à fait inacceptable, et antidémocratique ! Pour couper court à cette dérive totalitaire, et empêcher au plus vite Déméter de sévir contre ceux qui se battent pour l’intérêt général, Pollinis a saisi la justice aux côtés de l’association Générations Futures. Mais, nous le savons, nous nous attaquons à des géants ! Main dans la main, état et représentants de l’agro-industrie tiennent la matraque pour réprimer journalistes et citoyens qui oseraient critiquer le modèle agricole industriel ou révéler ses conséquences mortifères sur le Vivant. Le dossier de presse du ministère de l’intérieur est on ne peut plus clair : Déméter a tout pouvoir pour punir les « actions de nature idéologique » et les « simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ». Nous devons impérativement leur barrer la route, en défense de tous ceux qui se battent pour vivre dans un environnement sain, respirer un air sans pesticides, sauvegarder les services que les insectes rendent à l’Homme et à la nature, et lutter contre l’extinction sans précédent des pollinisateurs domestiques et sauvages. Pouvons-nous compter sur votre soutien dans cette bataille ? Face à un ministère de l’Intérieur qui a décidé de dévoyer sa mission au profit des tenants du modèle agricole dominant – et au détriment du Vivant… nous devons constituer une contre-force massive et solide, et bâtir un dossier juridique en béton armé pour forcer la justice à rétablir nos droits démocratiques fondamentaux – pour continuer à défendre et protéger notre environnement et les milliers d’espèces vulnérables et indispensables qu’il abrite. Si vous le pouvez, SVP aidez-nous par votre don à empêcher les firmes d’imposer leur loi au détriment des pollinisateurs et de l’intérêt général : l’industrie agrochimique n’en est pas à son coup d’essai pour museler ses opposants et bafouer le droit des citoyens à défendre leur environnement : tentatives d’intimidation, calomnies et procès-bâillons aux coûts exorbitants sont déjà le lot commun des lanceurs d’alerte et des associations qui osent exposer les secrets toxiques des géants agro-industriel : des producteurs de vins ont réclamé 500 000 euros de dommages et intérêts à l’association Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF), après la parution d’une enquête sur l’omniprésence de pesticides dans les raisins de table, à l’insu du consommateur et dans des concentrations parfois illégales ; Valérie Murat et l’association Alerte aux toxiques ont été condamnées à 125 000 euros de dommages et intérêts pour avoir révélé la présence de substances cancérigènes, de perturbateurs endocriniens et de pesticides dangereux (SDHI) dans des vins pourtant détenteurs du label « Haute valeur environnementale » ; une ONG allemande, l’Institut de l’environnement de Munich, et un particulier autrichien, Alexander Schiebel, se sont retrouvés devant les tribunaux après avoir déployé une affiche dénonçant l’utilisation excessive – jusqu’à 20 fois par saison – de pesticides sur les plantations de pommes de la région Sud-Tyrol, en Italie. Une peine de prison et plusieurs millions d’euros de pénalités sont en jeu suite aux plaintes de plusieurs centaines d’agriculteurs et du ministère italien de l’Agriculture… Avec la création de la cellule Déméter en France, l’agro-industrie consacre sa toute-puissance : ses intérêts font désormais office de loi, et tous ceux qui empêcheraient le business de fructifier seront à ranger dans le camp des délinquants.

C’est une menace extrêmement sérieuse et inquiétante pour la démocratie et la liberté d’expression, sans lesquelles Pollinis ne peut mener le combat pour enrayer l’effondrement de la biodiversité et mettre un coup d’arrêt à la contamination globale de l’environnement par des pesticides volatiles, persistants et mortifères pour le vivant. Pour rétablir nos droits, et empêcher au plus vite la dangereuse privatisation des moyens répressifs de l’État par l’industrie, en violation de tous les principes démocratiques fondamentaux censés garantir aux citoyens les droits et les moyens de s’informer et d’agir, Pollinis a fait appel à Maître Corinne Lepage, avocate spécialiste des questions environnementales, pour déposer une requête au tribunal administratif de Paris et dénoncer l’illégalité de la convention passée entre les syndicats de l’agriculture industrielle (FNSEA et JA) et le ministère de l’agriculture pour créer Déméter – sur trois fondements : – atteinte à la liberté de communication et au secret de l’instruction et des enquêtes ; – rupture de l’égalité entre les syndicats agricoles représentatifs ; – délégation grave des missions de police administrative à des acteurs privés.

Alors que l’audition approche à grands pas, notre association doit réunir le soutien de tous les citoyens qui ont à cœur de préserver les libertés d’expression et d’information pour obtenir la dissolution immédiate de Déméter ! Aidez-nous à rétablir le droit et la démocratie et rassembler les fonds nécessaires pour mettre toutes les chances de notre côté dans cette procédure longue, coûteuse, mais indispensable pour protéger les défenseurs de l’environnement que les géants de l’industrie veulent réduire au silence. Contre l’utilisation des lois commerciales et du « secret des affaires » pour traîner les lanceurs d’alerte en justice et Déméter qui fait peser la menace d’une arrestation policière sur les opposants à l’agro-industrie, combien de temps pourra-t-on encore dénoncer et se battre contre l’empoisonnement des abeilles et du Vivant par les pesticides ? Le simple fait de rappeler les études scientifiques qui alertent sur l’urgence du combat en faveur de la protection de la biodiversité... – 84 % de la production alimentaire en Europe dépend des pollinisateurs ; – 1 abeille sur 4 a disparu en trente ans ; – et 100 % des pollinisateurs pourraient disparaître d’ici cent ans… pourra-t-il bientôt valoir un rappel à l’ordre ou une arrestation ? Déjà, dans le cadre de Déméter, les forces de l’ordre se sont présentées à une réunion de préparation de la « Semaine sans pesticides », ont interrogé pendant plus d’une heure le président de l’association Alerte Pesticides Haute Gironde à l’occasion des « États généraux des riverains », et ont convoqué un juriste de l’association Sources et rivières du Limousin à cause d’une interview où ce dernier s’opposait à la construction de serres industrielles… Pollinis, en menant la lutte à Paris et à Bruxelles pour réviser les procédures d’autorisation des pesticides, selon des critères qui retireraient du marché l’écrasante majorité des produits phares de l’industrie, en finançant des études démontrant la nocivité intolérable des pesticides et leurs dégâts sur la biodiversité, et en dénonçant l’étendue de la contamination de l'environnement par les pesticides, s’expose inévitablement aux foudres de l’industrie et aux couloirs des tribunaux…Aujourd’hui, des milliers d’associations et militants sont menacés par des mesures répressives et des procédures abusives alors même qu’ils n’ont pas mené d’action violente ou illégale... Cette situation ne doit pas être tolérée une seconde de plus : si vous le pouvez, soutenez notre association pour contester l’existence de Déméter devant les tribunaux et obtenir sa dissolution immédiate, pour permettre à notre équipe et à tous ceux qui se battent pour le vivant, de faire face aux attaques de l’agrochimie et continuer à agir en faveur de la biodiversité ! »

(6) Qui est Demeter (Wikipedia) ? Dans la religion grecque antique, Déméter (en grec ancien Δημήτηρ / Dêmếtêr : nom vraisemblablement composé de μήτηρ/mếtêr, « la mère », et peut-être d'un nom pré-grec de la terre, δᾶ / , ce qui ferait d'elle « la Mère de la Terre ». Elle se situe donc à un rang supérieur à celui de Jupiter.

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