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Billet de blog 22 déc. 2021

Présidentielles 2022 : Omicron les fera, non Macron

La propagation stupéfiante du variant Omicron redistribue les cartes dans une Présidentielle dont le story board s’écrit moins que jamais à l’Elysée. En effet, les vrais enjeux ont été expulsés du débat électoral, qui reste insignifiant face aux enjeux bio-éco-systémiques. Explications.

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Quand le scénario élyséen se délite

Monsieur Emmanuel Macron. Voici l’homme qui a fait croire qu’il était social-démocrate, avant de doter la France d’un appareil sécuritaire comme jamais personne avant lui. Un lourd héritage antidémocratique qui sera, sans nul doute, son principal leg à son successeur. Quel que soit son sexe.

Le scénario où se répéterait en avril 2021 le duel opposant Monsieur Macron à Madame Le Pen était évidemment le favori des équipes de l’Elysée. L’arrivée d’Eric Zemmour dans le débat, prenant des voix au Rassemblement National, pouvait laisser imaginer à certains un débat opposant l’éditorialiste d’extrême-droite, à la culture affirmée (sinon contestable), à un Président qui n’est peut-être pas un aussi bon débateur - en effet, tant sa culture semble finalement assez superficielle, comme l’ont souligné dans le Traître et le Néant le binôme Lhomme/Daguet. Les mêmes soulignant sa faible «armature idéologique», selon l’expression d’une députée issue des rangs même de LREM (voir ici). Ensuite, certes la gauche paraît s’atomiser, mais l’arrivée de Madame Pécresse est susceptible tant de rallier des gens de droite affirmée souhaitant voter utile (elle rallie dans les rangs zemmouriens et lepénistes), mais tout autant de gauche. Là, chacun se souvient qu’elle a été promue, après l’ENA, par Jacques Chirac, dont le fond radical-socialiste n’était pas feint. Certes, et à mon sens, dans un débat post second-tour, elle ne s’affirmerait pas nécessairement face à Monsieur Macron : issue de la même formation, elle ne dispose certainement pas de la mémoire attrape-tout de son challenger, mais de nombreux électeurs pourraient passer par dessus cet handicap, tant la détestation de l’actuel chef de l’état est profonde dans le pays. Le « Tout sauf Macron » l’emporterait certainement à l’issue d’un débat Macron/Vs/Pécresse, cela étant moins sûr si le choix était Le Pen/Macron, ou Zemmour/Macron. Dans un débat Taubira/Macron, assez virtuel étant donné les égos à la tête des gauches, nul doute que les humanités de Mme Taubira disqualifieraient les mêmes, très lacunaires selon moi, de Monsieur Macron – et quel que soit le respect que l’on peut avoir pour la fonction. Cependant, dans tous les cas de figures, on voit s’effondrer (enfin !) la figure macronienne. Et, en admettant que cet homme l’emporte, il perdrait toute autorité sur son camp, plus personne ne le jugeant utile pour la suite de sa carrière. Ainsi, le fait de n’avoir couru que sur sa propre ambition, et non sur une idée large permettant de rallier au-delà de soi, ruinerait in fine un second quinquennat – pour exactement les mêmes raisons qu’il lui avait permis de gagner les présidentielles de 2017. N’est pas François Mitterrand, ou même Jacques Chirac, qui veut.

Madame Valérie Pécresse. Monsieur Macron avait songé à elle comme Pemière ministre, pour achever de déchirer la Droite et la neutraliser. Puis il a rejeté cette idée, la considérant comme plus compétente que lui. © Julien de Rosa, AFP, 2019

Le vrai vainqueur : Omicron... puis les autres

En ce mercredi 22 décembre 2021, 1% des Parisiens sont positifs à une forme «de» Covid. Parmi eux, 10 à 20% du variant Omicron, et pour 78000 cas déclarés (ou, plutôt, estimés) hier mardi, un excès de 8000 à 16000 cas pourrait être dû au nouveau variant. Effrayant ! A ce rythme, 10% des Parisiens positifs, quand ? Et 50% ? Or, dès le début du troisième millénaire, Jacques Chirac et le Ministère de la Recherche organisaient à l’Unesco un vaste symposium réunissant les plus grands noms de la recherche épidémiologique mondiale : la diffusion certaine de vastes pandémies d’origine naturelle fut alors soulignée, même si l’on est à peu près certain à présent que la souche humano-compatible «de» Covid résulte d’une manipulation hasardeuse en Chine (ou, semble-t-il, d’un déménagement là-bas d’un laboratoire P4). Mais la diffusion dans l’atmosphère d’autres virus, anciens par exemple, contenus dans les sols gelés au-delà du cercle polaire, pourraient faire que les nouveaux candidats soient canadiens, américains, russes, ou groenlandais. De même, l’expansion humaine causant la destruction d’écosystèmes va faire surgir de nouvelles pandémies, contenues jusqu’à présent par la grande complexité écosystémique des immenses forêts «primaires» – même si l’on oublie généralement que l’Amazone était jardinée et plantée par les gens qui vivaient là. Cela nous amène aux raisons de fond de l’apocalypse qui menace, totalement éludées dans cette campagne présidentielle : elles tiennent à la fois au trop grand nombre d’hommes sur Terre et à la dégradation immunitaire générale. Au-delà, cela clôture un système économique fondé sur une exploitation irraisonnée, des hommes, de la nature, des sédiments, des génomes, des terres... bref, de tout, et jusqu’aux plans de conquête spatiale. Précisions...

Omicron, vrai futur vainqueur des présidentielles ? On a souvent dénoncé le fait que les politiciens étaient dans le court terme. Mais là, "Covid" est dans le terme immédiat, et impose donc son agenda à une planète humaine de plus en plus désorientée. © Pierre-Gilles Bellin.

De la nécessité de retrouver une éco-bio-sphère viable

Il s’agit du premier des travaux d’Hercule à réaliser pour maîtriser la courbe de cette pandémie, et en éviter d’autres. Il n’a échappé à personne que la meilleure manière de se protéger d’Omicron est... d’aérer. Il n’a échappé à personne que nous vivons à 80-90% de notre temps enfermés, chauffés, ne sortant guère, ne se baignant guère dans la mer, ne s’exposant plus au froid, se se promenant plus guère en forêt, ou dans les champs. Et, lorsque nous sortons, du moins dans les grands centres urbains, c’est pour aller dans les transports en commun. Comme près de 60% de la population mondiale est désormais urbaine (55%), 55% de la population mondiale s’est comme associée pour offrir à n’importe quelle nouvelle pandémie un vivier idéal. Nous sommes sur notre Terre trop nombreux, trop concentrés, trop confinés, comme dans une oasis devenue trop petite globalement – en nous parquant nous-mêmes comme nous parquons finalement les animaux d’élevage, créant des individus fragiles, obèses, surnourris, qu’il convient de survacciner, de surmédicaliser avec l’oeil, toujours, sur les épidémies possibles. Cette constatation nous impose donc de redéfinir notre façon d’occuper l’espace, et nous oblige à recréer, partout où nous sommes, des biosystèmes... donc y compris dans les villes, qui doivent se laisser regagner par la nature. Les propositions architecturales en ce sens ne manquent pas. Voir ci-dessous (et voir ici).

Paris 2050 vu par le chantre de la bio-architecture urbaine : Vincent Callebaut, architecte belge. Nous nous sommes brièvement croisés aux Utopiales de Nantes en 2013. moi travaillant sur un projet de petites unités individuelles de 500/1000 m2, Arca Minore ("Petite arche"). © Vincent Callebaut.

La solution : muter notre génome naturel, culturel, moral et pratique

Pour continuer à croître, la population humaine devra donc retrouver une immunité collective, dans un éco-système redevenu robuste. Elle devra stopper séance tenante le changement climatique, et sanctuariser les écosystèmes. Partout où elle sera, elle devra les restaurer. Elle devra décarboner ses économies et développer, via la maîtrise de l’ARN, de l’ADN, des réponses immunitaires à des nouveautés absolues, telle la vie virale et microbienne «exogène» (qui, selon les découvertes de planètes habitables, semble foisonner partout). Ce n’est qu’une fois accompli ce travail colossal, qu’elle pourra envisager une expansion spatiale – dont Elon Musk lui montre, pratiquement, qu’elle est techniquement possible dès aujourd’hui. Mais irréalisable tant que nous n’avons pas les moyens de maîtriser un virus, tel un variant «Covid», «on board» de la Station spatiale internationale, ou de tout autre artefact humain en croisière vers la Lune ou Mars. Aujourd’hui, « Covid » rebat toutes les cartes, tant de la valorisation boursière des activités d’Elon Musk que du transport aérien, que de toutes les activités et systèmes politiques qui n’opèrent qu’à la condition sine qua non du grand saccage – ou, comme les Gafas, profitent des confinements pour répandre un système afin de relier des individus ne pouvant plus, physiquement, cohabiter (le télétravail...)... Tout en les laissant cloisonnés tant chez eux qu’au sein de leurs mentaux, et en financiarisant leurs échanges et identités personnels. Force est enfin de constater que les grands prédateurs écologiques ne peuvent jouer que dans l’opacité, tant des conseils d’administration que des bureaux politiques.

L'espace : il suffisait d’y croire et d’être surdoué. Elon Musk le met à portée d’industrie. Mais nous perdons en ce moment le contrôle sanitaire devant l’expansion incontrôlée d’un seul virus. Que dire alors des risques dans l'espace clos d'un vaisseau spatial ? Aussi cette voie d'expansion se bouche-t-elle, du moins pour le moment ! Ceci est une chose qui n’a pas encore été saisie dans toutes ces conséquences, et pour tous ses motifs.

Ethique et démocratie, globales et locales

Ainsi, sommes-nous, à mon avis, conviés non pas à un redressement moral à la Zemmour, qui ne tient aucun compte des conditions générales précarisées par Covid... Mais à un redressement éthique, une transparence accrue dans nos système de pouvoir. Une déverticalisation.

Et, certainement aussi à un retour vers le passé, sauf qu’il ne s’agit pas du passé zemmourien, largement fantasmé, mais de celui des Lumières et des valeurs de 1789... A la lueur de la compassion pour la douleur d’autrui. Sachant que rien de tout cela n’empêche les peuples de suivre leurs propres voies culturelles. Un passé imaginé pour être utilisable politiquement n’est certainement pas ce qui nous descillera les yeux sur les problèmes du Globe, qui n’ont d’autres solutions que globales... tout autant que locales. En effet, fondamentalement, les buildings bio-systémiques de Vincent Callebaut montrent que le système est gérable en associant une infinités de boucles énergétiques courtes, mais à l’échelle de la planète entière! C’est pourquoi on pensera le local dans le global, et inversement, en en dépassant les contradictions apparentes.

Module d'habitation individuelle d’Arca Minore : l’idée, c’est de développer l’autonomie dans tous les aspects de la boucle courte. Mais le projet est à l’arrêt, confronté à un manque d’argent, l’hostilité des notabilités locales liées aux industriels de l’eau, de la production centralisée d’électricité, aux retards de dépôts de permis de bâtir, à des blocages administratifs de tous niveaux, etc., etc. © Arca Minore.

On voit ainsi comment les boucles courtes permettent aux collectivités d’immeubles ou aux ménages individuels de retrouver l’empire sur leurs charges, de générer de la valeur ajoutée. Hélas, cela va à l’encontre du développement des champions hexagonaux de l’énergie, de la distribution des flux, du retraitement de l’eau et des déchets. Or, les lobbies liés à ces industries ont des courroies de transmission directes vers des groupes de sénateurs et de députés bien identifiés. Cela explique cette folie du nucléaire qui saisit, en ce moment, presque toute la classe politique... Il faudra donc une demande sociale très forte pour que cela change. Autrement, le risque est grand de voir la réédition d’épisodes de type Gilets jaunes avec, derrière, en pointillés, une demande très forte de démocratie égalitaire. La possibilité est alors de voir la structure étatique réagir en utilisant l’argument Covid et flux migratoires (liés au changement climatique) pour instaurer des états de plus en plus pointillistes, autoritaires, normatifs... Dans un contexte épidémique s’aggravant d’année en année, un écosystème s’effondrant en effet d’avalanche, les populations, totalement désemparées, voudront, aussi, retrouver un temps certain, des repères connus... La demande d’autorité pourrait croître plus vite que l’adhésion aux solutions précédemment évoquées, qui apparaîtront à la grande masse comme utopiques. Mais le chef d’état qui saura dépasser ces antagonismes entrera, de manière évidente, dans l’histoire. Si et seulement si il sait nouer les bonnes alliances. Car cela, bien évidemment, cache un piège.

Je suis hélas assez pessimiste sur la capacité de l’humanité à faire tout cela dans les cinq années à venir. Aussi, je crains que notre nombre se réduisent, mais pour des raisons inhérentes aux clivages que nous produisons nous-même : or, le nombre d’hommes est aussi le nombre de cerveaux pensants pour trouver des solutions à nos dilemmes ancestraux.

Pierre-Gilles Bellin (auteur, notamment, de L’habitat bio-économique – 2009, Editions Eyrolle –, préfacé par Corinne Lepage)

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