Vers des Ovnis papers pour la DGSE, MM. Hollande, Macron, Bajolet et Strzoda ?

A la suite de mon premier article sur les Ovnis, il m’a semblé important de retracer l’histoire de ces objets apparemment si fumeux dans l’administration française : car c’est là, en fait, qu’ils ont pris corps pour la première fois dans notre réalité.

18 décembre 2017 : un article du New-York Times fait la une de la presse mondiale. Sujet : Sur la trace du programme secret du Pentagone concernant les Ovnis (voir ici). Impact en France : les médias main-stream traitent l’information non avec ironie, mais bienveillance, intérêt. Il me semble alors pouvoir prendre la parole sans passer pour l'ultime farfelu de la bande : en 2006, j’ai vu un Ovni de manière approchée. Ce phénomène (purement lumineux) m'impressionna tant que je me lançais dans une enquête, qui s'expansa et pris, presque à mon corps défendant, l'apparence d'une enquête d'investigation (je n'ose dire l'essence). Cette recherche durera une quinzaine d’années où, partant du cercle très fermé des meilleurs enquêteurs « privés » de « l’ufologie », je s’approchais du groupe qui, dans le renseignement français, se chargeait du sujet. De 2013 à 2015, je coopèrais avec lui, dans une sorte de monde parallèle à notre réalité, déroutant, paranoïaque, affranchi de toute règle ; je découvris ce qu’est être une « source », approcha en réseau des univers plus déroutants encore, « exogènes », « extra-terrestres », où les lois de la physique conventionnelle ne sont pas les seules à être remises en cause. Pourquoi alors cette phrase perfide vers des « Ovnis-papers » ? Parce que je ne suis pas certain que la légalité ait toujours été respectée dans cette affaire : ne serais-ce, par exemple, que les écoutes systémiques pratiquées sur les Privés de l’ufologie (voir ici). Mais commençons notre histoire des Ovnis dans l'administration française... ou, au fond, comment ils ont fait leur apparition dans notre histoire de France, avant d'entrer peut-être dans les Lavisse à venir.

 « En matière d’authenticité, seules les conclusions négatives sont définitives »

18 décembre 2°17 : un article du New-York Times fait la Une sur les OVnis. Le Pentagone poursuit ses recherches. Pour ma part, je savais que la France avait intensifié les siennes dès les années 2010. Presque par hasard. 18 décembre 2°17 : un article du New-York Times fait la Une sur les OVnis. Le Pentagone poursuit ses recherches. Pour ma part, je savais que la France avait intensifié les siennes dès les années 2010. Presque par hasard.

Voir sur le site du New-York Times la vidéo de poursuite d'un Ovni par des appareils de l’US Navy (« A video shows an encounter between a Navy FA-18 Super Hornet and an unknown object. enhanced HD.mp4 ») : voir ici la vidéo de la poursuite de l'objet. C'est cette vidéo et l'article du NYT qui allait, soudain, comme institutionnaliser le sujet dans le monde des médias, lui donner une légitimité internationale.

Du Semoc au Centre national d’études spatiales (CNES) et au Geipan

Dès 1954, sous la IVe République, création du « SEMOC » : « Section d’étude des mystérieux objets célestes ». Cela fait très Tintin. Sous la Ve République, le Général De Gaulle souhaitera fonder un groupe d’étude dont il confiera le projet à Alain Peyrefitte, alors chercheur au CNRS (puis futur ministre), lequel prit contact avec Jean-Luc Bruneau, qui travaillait alors au Commissariat de l’énergie atomique (CEA). Projet abandonné, même si les témoignages sur les Ovnis s’accumulaient (notamment en gendarmerie). Le Centre national d’études spatiales (CNES) (sous tutelle du Ministère de la recherche) créera finalement en 1977 en son sein le « Gepan », ou « Groupe d’étude sur les ‘‘ Phénomènes aérospatiaux non identifié ’’ », « PANs » au pluriel : acronyme visait à éviter le mot discriminant d’OVNIS (« Objets volants non identifiés »), à élargir la base de la recherche sans la refermer sur ces seuls engins. Comme le rapportera l’un de ses directeurs, Jean-Jacques Vélasco, dans le magazine Nexus de janvier-février 2017, le mot « PAN » « englobe la totalité des phénomènes [aérospatiaux non identifiés], qu’ils soient physiques ou psycho-sociologiques ». Plus précisément, le Gepan a été créé sous l’égide d’Hubert Curien, alors Ministre de la recherche et promoteur de la fusée Ariane. Son directeur est alors Claude Poher (jusqu’en 1979). Suit Alain Esterie (1979-1983). Le Gepan est ensuite rejoint par Jean-Jacques Vélasco, d’abord responsable de l’équipe d’enquête et d’analyse. Précision : il n’y a que 1,5 salarié, deux-trois bureaux et quelques dizaines d’enquêteurs bénévoles (nous pouvons tous candidater). Le Gepan est ensuite remplacé par le « Service d’expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique » (le « Sepra »), de 1983 à 1999, puis devient le « Service d’expertise des phénomènes rares aérospatiaux » de 1999 à 2004 : un même acronyme pour une identité qui se cherche, le mot « OVNIS » étant évité absolument. En 2001, le CNES commande un audit du Sepra, via Jean-Jacques Vélasco son directeur, qui souhaitait avoir un retour extérieur sur l’activité de l’organisme, à une époque où on voulait l’arrêter. L’audit amène le CNES à restructurer l’activité, et le Sepra devient le « Geipan » en 2005 : « Groupe d’étude et d’information sur les ‘‘ Phénomènes aérospatiaux non identifié ’’ ». Pourquoi rajouter « information » ? Pour bien marquer que le rôle de l’organisme est aussi d’informer le public. Celui-ci a été profondément marqué par la personnalité exceptionnelle de Jean-Jacques Vélasco, qui y a été présent près d’un quart de siècle. En ce qui concerne la carrière de Jean-Jacques Vélasco, c’est un peu l’histoire d’une mise au placard, mais de trois ouvrages oubliés aujourd’hui, d’une grande valeur. Celui paru en 2004, avec Nicolas Montigiani s’intitule: Ovnis, l’évidence, 2004. (Un Général à la retraite a laissé son avis sur cet ouvrage, avis que l’on trouve sur le Net. L’homme est intelligent, pittoresque, précis : voir ici. Si vous n'êtes pas convaincu après cela, je décline toute responsabilité). Après le départ de Jean-Jacques Vélasco, les directeurs seront : Jacques Patenet (2005-2008), Yvan Blanc (2009-2011), Xavier Passot (2011-2015), puis Jean-Paul Aguttes. L’évolution du nom de l’organisme reflète en fait les dissensions entre un courant qui se dit « rationaliste », c’est-à-dire encore aujourd’hui opposé à l’hypothèse Ovnis, et un courant ouvert ou non-fermé à cette hypothèse et/ou l’hypothèse extraterrestre. Une dernière chose : le Geipan dispose actuellement d’un comité de pilotage (qui a remplacé un « conseil scientifique »), d’abord sous la direction d’Yves Sillard (ex-directeur du CNES), puis aujourd’hui sous celle du Général Pierre Bescond (également ingénieur au CNES). Du conseil on est passé au pilotage. En matière administrative, l’étymologie est toujours un guide précieux.

Le Geipan et le CNES aujourd’hui : l’impasse du psycho-sociologisme ? La chute des cas avérés d’observation : réalité ou substitution de thermomètre ?

Pour comprendre à quel point le mot « Information » placé dans les missions du Geipan l’a conduit à maints débats, il suffit d’écouter La tête au carré du 24 mars 2016, sur France Inter, où l’animateur Mathieu Vidard réunit pour l’occasion dans Des événements extraterrestres sur Terre ? le sociologue Arnaud Esquerre et le précédent directeur du Geipan, Xavier Passot (voir ici). En substance, le premier met l’analyse « structurale » au service non de l’analyse des bolides, mais de celle des témoins, tandis que le directeur du Geipan indique que les 13 % de cas inexpliqués... sont inexplicables par essence, et que par conséquent aucun dossier n’affirme d’hypothèse extra-terrestre ou autre. Pourquoi continuer d’exister, demande alors le journaliste, peut-être au courant du débat au CNES ? « Si un service public ne sert qu’à cela, c’est déjà qu’il joue bien son rôle », réplique Xavier Passot. Autre écho des débats internes qui secouent l’organisme : à Paris, le sociologue Pierre Lagrange (voir ici) affirmait à un débat organisé en juillet 2014, la nécessité de « Deux règles de méthode : exigence de symétrie. On ne peut mobiliser pour les Ovnis des arguments que l’on n’utiliserait pas pour les autres phénomènes observés. Exigence pratique : on ne peut mobiliser la psychologie que si elle permet de faire évoluer notre compréhension du sujet et pas pour alimenter des discussions sans fin sur le témoin, ses croyances, ses influences, etc. » (voir ici le débat parfois surréaliste qui a suivi son intervention). Le 5 août 2018, la chaîne C8 diffusera deux documentaires sur les Ovnis : Sommes-nous (vraiment) seuls dans l’univers ?, suivi par Les Ovnis et le pouvoir. Occasion encore pour le Geipan de s’exprimer. Dans le premier Jean-Paul Aguttes, son directeur depuis 2017, indique que sur 200 cas par an, ils n’en ont plus que trois ou quatre inexpliqués. Alors que le site du Geipan indique que les cas « inexpliqués » sont passés de 10% à 7% à la suite du reformatage des paramètres, ici l’actuel directeur indique de sa propre initiative que les cas « D » ne sont que de 1 à 2%. Pour 200 cas environ recensés en 2017. Puis, grusquement, en 2020, arrivée d'un nouveau directeur et remontée des cas à 3,5%. Mais laissons-là le Geipan ou, définitivement, il ne se passe plus grand chose.

L’affaire de l’enlèvement d’Haravilliers : l’oubli le plus grave du Geipan, l’entrée en scène du Contre-amiral Gilles Pinon

Pour le débutant en « ufologie », il faut savoir que des enlèvements d’humains sont rapportés (les personnes étant ensuite libérées). Absurde ? N’attendez pas de moi que je vous dise oui : prenez un auteur moins contestable que moi, Stephane Allix, dans Extra-terrestres : l’enquéte (J’ai Lu, septembre 2016). Dans ce best-seller, l’enquêteur est allé voir John Mack, un psychiatre américain qui avait, dans sa clientèle, des gens se présentant comme victimes de tels enlèvements. L’homme avait, peu à peu, cessé de diagnostiquer des cas de schizophrénie, mais de vrais traumas. Un stress-post traumatique, vous savez, cela se présente suivant les mêmes traits pathlogiques avec, à sa naissance, un fait. Sans conclure cependant, Stéphane Allix écrit que « la plupart des témoins ne souffrent d’aucune pathologie mentale, mais que leurs expériences présentent au contraire les caractéristiques psychologiques de traumatismes réels ». Evidemment, je ne vais pas vous convaincre juste avec cela… Toujours est-il : en France, le plus célèbre cas (chez les ufologues, bien sûr) se situe à Haravilliers, un village du Val d’Oise, le 10 janvier 1998, où plusieurs personnes qui se rendaient dans deux voitures à un rendez-vous-de-chasse au petit matin furent... enlevées par un appareil ovoïde (pour ce qui est de la presse, les faits sont rapportés par M. Cornec, rédacteur de la Gazette du Val-d’Oise). Dans le groupe « prélevé » par l’appareil, un cadre de Dassault, ex-pilote de Mirage F 1000 ; un ex-ingénieur militaire, qui a travaillé sur les missiles ; un homme, qui dérapera après complètement (l’histoire de la recherche sur les Ovnis est pleine de gens qui dérapent, dont moi certainement) ; dans la seconde voiture, où il est seul, un ingénieur des bâtiments et travaux public. En dehors de la Gazette du Val-d’Oise, l’événement a été couvert par la magazine Lumières dans la nuit, numéro 349 (« LDLN » pour les initiés), créé par Gildas Bourdais, un grand « ufologue » (voir ici), magazine qui a disparu avec son fondateur. Jacques Vallée et Joël Mesnard sont ensuite allés longuement enquêter sur place, ainsi que la DST (ou « Direction de surveillance du territoire », le contre-espionnage ; l’enquête relèverait aujourd’hui de la DGSI, Direction générale des services intérieurs, qui a intégré à la fois la DST et les fameux « Renseignements Généraux », les « RG »).

Ce cas d'enlèvement est si extraordinaire qu’une contre-enquête sera menée en janvier 2004 par le Contre-amiral Gilles Pinon, soit six ans plus tard. Le cas a aussi été enquêté par un journaliste d’investigation, que j’ai eu la chance de croiser plusieurs fois, Stéphane Allix, dont nous venons de parler, dans Enquêtes extraordinaires, une série documentaire pour M6, plus précisément dans Contact avec des extraterrestres (2016) (série produite par Sophie Parrault. Voir ici). Quand, évidemment, un cadre de Dassault travaillant au contrôle qualité, et un spécialiste de missiles sont ainsi précisément ciblés, cela intrigue, inquiète, et quelques hommes n’ont pas eu envie de ranger la poussière sous le tapis. Le Contre-amiral Gilles Pinon jouera un rôle fondamental plus tard, sous Monsieur Sarkozy : nous y reviendrons. Rappelons aussi que 2004 est l’année où Jean-Claude Vélasco quitte le Geipan. De cette affaire d’enlèvement, voici plus précisément ce que rapporte un média spécialisé (lien : voir ici). Pour qui ne la sait pas (vous êtes tout excusé), Joslan F. Keller est un grand historien du bizarre, dont je vous donne ici un aperçu de l'oeuvre. Vous vous doutez bien que, sur ces sujets, Fernand Braudel n'aura pas enquêté. Ce qui compte, c'est le sérieux.

Le cas Harravilliers, rapport d'un enquêteur également remarquable : « Cas Ovni, HARAVILLIERS : 10 janvier 1998 un cas d’abduction en France ? Lundi 6 avril 2009 Gérard DEFORGE/ L’affaire d’Haravilliers est remarquable par bien des aspects : la dimension, la structure et les déplacements de l’Ovni ; la qualité des témoins, leur nombre, leur dispersion et les troubles physiologiques dont ils eurent à souffrir. C’est une rencontre rapprochée du quatrième type car le récit du témoin principal comporte les réminiscences d’un enlèvement à bord d’un véhicule extraterrestre. La personnalité des quatre témoins ne laisse aucun doute sur leur sincérité et les effets physiques sur la réalité des faits qu’ils ont rapportés. Gérard Deforge a conduit cette enquête. Qui plus est, il s’agit là d’un exemple intéressant sur comment mener et présenter une enquête ufologique. Que me dit Franck Marie ? ‘‘ Gérard, j’ai un problème. Quelqu’un m’a contacté. Cela a commencé par un coup de fil dont j’ai retransmis par écrit la conversation. Ce Monsieur aurait subi un enlèvement. Je l’ai vu une première fois, et puis ça a mal tourné. Il a l’air d’avoir un caractère difficile, ou alors a été profondément perturbé par ce qu’il a vécu ! Je connais ta diplomatie, est-ce que tu peux essayer de rattraper le coup ? Je crois en fait qu’il s’agit d’une affaire sérieuse, mais je suis grillé ’’. Franck Marie avait promis à ‘’M. D.’’ d’envoyer un enquêteur... Voici d’ailleurs ce tout premier texte que m’a fait parvenir Franck Marie : ‘‘ Le témoin principal de cette affaire était donc un Monsieur d’une soixantaine d’années. Il était en retraite depuis peu. Nous l’appellerons M. D. Il a occupé des fonctions importantes : accrédité ‘‘ Secret Défense ’’, il a organisé la sécurisation de sites stratégiques de commandement de l’armée française, à Taverny. Toujours et encore Taverny. Les sites nucléaires, militaires, etc...On n’en sort pas...’’ » Quant aux enlevés, ils se retrouveront dans la forêt, ayant complètement ou partiellement oublié ce qui s’était passé, sauf pour l’un. Traumatismes profonds, peur du ridicule : voici ce qu’ils vivront ensuite.

Images des ravisseurs par l’une des personnes enlevées : à vingt ans, cela m'aurait fait hurler de rire. Aujourd'hui, je me surprens, comme dirais-je, à douter.

Sur les quatre enlevés, l'un fint par retrouver de brèves réminscence des êtres qu'il a cotoyé. © Témoin Sur les quatre enlevés, l'un fint par retrouver de brèves réminscence des êtres qu'il a cotoyé. © Témoin

Plus bas à gauche, c'est moins drôle, et juste beaucoup plus précis et vraiment professionnel : on précisera plus tard les conditions d'obtention de cette image

Ne me demandez pas encore comment cette image a été considérée comme venant compléter et préciser l'image de 1989. Plus de vingt après, et une somme monstrueuse de recherches. © Anonyme Ne me demandez pas encore comment cette image a été considérée comme venant compléter et préciser l'image de 1989. Plus de vingt après, et une somme monstrueuse de recherches. © Anonyme
... sans que la personne qui l'a obtenu dans le cadre d'une séance de Remote-Viewing (voir article suivant) connaisse, alors, l'affaire d'Harravilliers dans les détails que je viens de vous donner... Un quart de siècle plus tard...

En matière d'Ovnis, où les choses se passent-elles aujourd’hui en matière d’Ovnis si ce n’est plus au Geipan ?

Vraie question. Car, en quelques années (et à partir de 2004), ce ne sera plus au Geipan que cela se passera : en outre, l’autre avantage de laisser se flétrir cet organisme (aux yeux si subjectifs que sont les miens), c’est de donner un succès d’apparence aux tenants de la thèse anti-Ovnis, qui ne voient plus vraiment où les choses se passent, alors même que le sujet prend de l’importance au niveau de « l’état profond » (encore que je doute qu’il y ait eu une intention délibérée, aussi manipulatrice : l’organisme s’est laissé dépasser, tout simplement, parce que son génome ne lui permettait pas de s’adapter. Néanmoins, nous lui devons tous énormément). Mais comme l’acronyme « Geipan » est une marque d’objectivité pour le grand public, celui-ci pourra continuer à se focaliser sur ses problèmes immédiats. L’opinion possède une énorme inertie : seuls quelques faits avérés et immédiatement perceptibles la fédèrent, ce qui est bien compréhensible. Or, ici, que les faits soient avérés est discuté, et une fois résolu ce point ils ne sont pas a priori compréhensibles ; et en outre possibles dans les limites de notre physique. Pour les militaires, cependant, tout ce débat psycho-sociologique sur la valeur du témoignage humain ne les touche pas, car ils voient ce que voient leurs radars, leurs pilotes et les photographies. Donc il y a eu très vite en leur sein des gens qui se sont dits que la cellule spécialisée au CNES devait soit être renforcée (peut-être par politesse vis-à-vis du CNES), soit plutôt oubliée. Pour certains, il fallait une autre structure d’observation, d’analyse et de renseignements. Ils voyaient des technologies à l’oeuvre qui donneraient une incroyable supériorité au pays qui les possèderait. Mais comment obtenir une décision politique, la création d’un organisme ad hoc qui serait forcément et nécessairement secret, des lignes budgétaires (sachant que l’effort de défense paraissait moins nécessaire avec l’effondrement soviétique) ? Prendre l’opinion à témoin ? C’est ce qui fut tenté. Que les Politiques restent aussi indifférents, cela scandalisait de nombreux gradés : en rendant public le sujet, ils marquaient devant l’opinion publique, pour plus tard, la responsabilité que prenaient nos dirigeants face à un problème plus qu’inquiétant.

Le lobbying des militaires vers les Politiques : dix ans d’efforts, le Rapport Cometa (1999)

(Voir ici le documentaire que lui a consacré Canal Plus-Investigation). Comme nous l’avons vu, les militaires n’ont jamais été absents de la question Ovni, puisqu’ils sont eux-mêmes à l’origine du Gepan première version. Plus près de nous, dès 1976, des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) publient un rapport pour que les PANs fassent l’objet « d’une attention toute particulière ». Le Directeur de l’IHEDN à l’époque, le Général Norlain, incite Jean-Jacques Vélasco à prendre attache avec l’Association des auditeurs de l’institut, le « Comité d’Etudes Approfondies », ou « Cometa ». Ce Comité produira le Rapport Cometa, publié sous forme de livre, qui sera un best-seller. Le rapport associe de grands noms du spatial et militaire : le préambule est dû à André Lebeau (ex-directeur du CNES), la préface au Général Bernard Norlain, et son histoire commence en 1995 par une visite du Général Letty au directeur de l’IHEDN. Le Général Norlain écrit : « Lorsque le Général Letty m’a rendu visite en mars 1995 dans mon bureau de l’IHEDN pour m’exposer son projet d’un nouveau comité d’étude sur les Ovnis, je l’ai assuré de mon intérêt » (et de mon soutien). Suit un avant-propos du Général Letty, et ensuite la liste des 17 personnes qui ont participées au projet. Sont représentés : la Gendarmerie, l’Armée de l’air, le Ministère de l’intérieur via la police nationale, la Marine via un amiral, des pilotes, la Direction générale de l’armement via Pierre Bescond, la société Fleximage, et Jean-Claude Ribes en tant qu’astrophysicien et ancien directeur de l’Observatoire de Lyon. (Donc non loin du Mont-Verdun, où est installé la veille géo-spatiale, et où l’Armée de l’air a transféré ses quartiers initialement de Taverny, en région parisienne. Au passage, c’est aussi le siège du CDAOA, ou « Commandement de la défense aérienne » ; mieux encore pour notre sujet, c’est lui qui gère le « GRAVES », le « Grand réseau adapté à la veille spatiale ». La France, avec les USA et la Russie, est en effet la seule nation qui fait ce type de veille (la centralisation de l’information se fait au-dessus de Lyon, au Mont-Verdun, avec le train de banlieue accessible après une marche revigorante). Ce club s’est enrichi en 2017 de la Chine, comme le rapporte Intelligence On Line (voir ici). A noter que GRAVES détecte des objets de 1 m2 à 1 500 km, du moins dans les intentions d’origine (vers les années 2000. Il se peut que ce soit désormais davantage) ; s’y ajoutent des systèmes dont l’origine remonte aux années 2000, comme « Orion » (surveillance des phénomènes lumineux), « Spoc » (caméras), un télescope prévu à l’origine avec une lentille de 4 m de diamètre, plus toute la veille radar qui couvre le territoire. Lointain écho, le projet « Fripon » de caméras couvrant tout le ciel nocturne et interconnecté pour suivre les déplacements des objets lumineux les plus spéciaux ceux-ci ne concernant, paraît-il, que les débris spatiaux. Puis franchement, pourquoi avoir appelé ce réseau « Fripon » ?

Résumé du Rapport Cometa

Rendons hommage aux militaires, si intelligents, pragmatiques et concrets. L’un des best-sellers de l’époque est divisé en trois parties : – « Faits et témoignages » : incontestables à mon sens, les auteurs donnent des contre-exemples qui renforcent l’objectivité du rapport ; – « Le point des connaissances » : « Organisation des recherches en France », « Méthode et résultats de Gepan/Sepra », « Ovni : hypothèses, essais de modélisation », « Organisation de la recherche à l’étranger » ; – « Les ovnis et la défense » : « Prospectives stratégiques », « Implications aéronautiques », « Implications scientifiques et techniques », « Implications politiques et religieuses », « Implications médiatiques ».

Quelques passages : « En l’absence de menace directe et même si, dans le passé, il n’y a jamais eu vraiment d’attaque, la menace potentielle, elle, peut apparaître écrasante aux yeux des autorités et spécialement des militaires) » (p. 198). « Quels extraterrestres seront-ils ? Une cohérence relative ressort des nombreuses descriptions des phénomènes » (p 125). P 108, ils règlent l’hypothèse paranormale, l’évacuant totalement. Dans le cahier central avec les images, j’adore cette phrase de François Louange, alors président de la société Fixe-Image : « En matière d’authenticité, seules les conclusions négatives sont définitives ». Cela est tellement vrai. Là où ils sont faibles, cependant, ce sont sur certaines réactions des témoins par rapport aux Ovnis. La paralysie est seule citée, qu’ils attribuent à l’émission de micro-ondes en provenance de l’appareil et à son impact sur le cervelet, qui aurait souvent empêché des pilotes de tirer sur l’Ovni qu’ils poursuivaient. Je souligne que si des micro-ondes impactaient le cervelet, elles impacteraient le cortex préfrontal d’abord : et sont-ce des micro-ondes ? Quinze ans plus tard, nous répondront par la négative sur la perte soudaine et temporaire de cette capacité cognitive. Mais à l’époque, les neurosciences balbutiaient. Nous n’avions pas les retours sur expérience d’aujourd’hui, l’incroyable travail fait ensuite en collectif.

« Il est important de renforcer les moyens du Sepra » (ou « Geipan »/ce qui ne sera jamais fait). « De même, il conviendrait de créer, au plus haut-niveau de l’Etat, une cellule en liaison avec le Sepra ». Tout cela est très gentil, comme de conseiller ensuite de créer une structure européenne ad hoc (ce qui semble contradictoire avec la culture de préférence nationale de l’armée française ou de la DGSE). Ils écrivent, p 134 : « S’agissant de la première situation évoquée, il n’est pas interdit d’avancer que les Etats, qui se seraient dotés d’outils de recherche et d’analyse élaborés, auraient peut-être plus de chances que d’autres d’être choisis comme interlocuteurs privilégiés, mais avec quels risques et quels avantages ? » Je pense que l’on sent à travers le Rapport la synthèse de plusieurs cultures et type d’approches, qui se sont associées pour qu’on lise in fine quelque chose de parfois un peu contradictoire. Quelle culture prédominerait en cas d’approche ou de tentatives de communication ? Les pages 147-163 (chapitre « Implications politiques et religieuses ») sont consacrées à l’impact de la rencontre avec les ET : séries de considérations à la limite de la science-fiction, prises tant dans le sens impacts des Terriens sur les civilisations « inférieures » qu’ils découvriront et « coloniseront », que dans le sens impact d’ET super-évolués ou dominants technologiquement. Il est écrit (p 153) : « Les civilisations de l’ère industrielle sont plus sceptiques qu’autrefois et conçoivent avec moins d’aisance ce qui ne relève pas de l’immédiat explicable ou du simplement mesurable. Toutefois, il est certain que les populations, telles les nôtres aujourd’hui, seraient profondément marquées si la preuve irréfutable de l’existence d’extraterrestres était apportée. Cette question est au cœur de notre Rapport. » Il y a ensuite un petit traité sur les médias de l’époque (années 2000). Exemple : « Pour les grands journaux, l’ironie ou l’agressivité sont le plus souvent la manière d’aborder un sujet tabou que personne ne maîtrise ». Il est clair que le Rapport Cometa envisage et encourage la création d’une structure dédiée, et qui ne pourra pas être le Sepra-Geipan-Gepan. Il faudra dans l’idéal que cette structure soit secrète ; le Rapport préconise, plusieurs fois, qu’elle dépende de l’Elysée... Donc que de l’Elysée : le pouvoir ne se partage pas. Enfin, en théorie.

L’appréciation du Rapport Cometa sur un ou des crashs d’Ovnis à Roswell en 1947 (USA)

En annexes, les auteurs de Cometa tentent d’estimer le vrai et le faux de l’affaire Roswell, territoire du Nouveau-Mexique où un ou deux Ovnis se seraient crashés (à Socorro et Corona), et qui a donné lieu à une quantité phénoménale de vidéos, témoignages, recherches, etc., dont vous avez certainement entendu parler. Rares sont ceux qui n’ont pas vu cette dissection de deux « Aliens », dont les réalisateurs avoueront qu’il s’agissait d’un montage (on ne s’en serait jamais douté). Cependant, p. 179, les auteurs du rapport Cometa concluent à la réalité d’un crash d’Ovni(s). Ils étudient ensuite avec soin la désinformation « réductrice » autour de l’affaire et pointent le fait que « le sociologue Pierre Lagrange apparaît comme une victime de cette désinformation ». Quelques mots sur ce grand Monsieur, mais par un biais, vous m’en excuserez : pour ma part, en tant qu’admirateur du travail de Mediapart, je connais bien les articles de vulgarisation scientifique de Michel de Pracontal, que j’estime passionnants (voir ici). Mais, dans L’imposture scientifique en dix leçons (Le Seuil, Points sciences, 2005), Michel de Pracontal cite le livre de Pierre Lagrange, La rumeur de Roswell, pour mettre en doute la réalité de cet accident. Pierre Lagrange est un vigile attentif et objectif au cours des dernières décennies sur le phénomène des PANs, qui est tout à fait convaincu de leur véracité (il a souvent expliqué que le biais sociologique qu’il a donné à son travail lui a permis d’obtenir des financements universitaires). Mais, en l’occurrence, je dirais que Michel de Pracontal a été, via Pierre Lagrange, victime de la même « désinformation réductrice ». Et me garderai bien de tout jugement. Pour prendre les choses à leur racine, dans 1942-1954, La genèse d’un secret d’Etat (Dervy, 2013. Voir ici. Contact : contact@dervy.fr), Jean-Gabriel Greslé, pilote qui fut formé par l’US Air Force dans les années 1950, présente p 90 un document classifié faisant référence à des engins volants récupérés (et présentant un rapport d’autopsie des corps retrouvés). Crashs, récupérations, il y en a eu. « Roswell » n’est qu’un cas parmi d’autres. Le secret d’état a toujours un temps de retard, il n’est pas étonnant que des documents submergent dans la désinformation générale et le « debunking » des témoins. Revenons à Cometa.

Parution du rapport Cometta (1999) : rire des médias, fureur de certains gradés contres "ces aviateurs", indifférence ambigüe de Lionel Jospin (alors Premier ministre), passivité, semble-t-il, de  Jacques Chirac (alors Président de la République)

Coup d’épée dans l’eau : ces 90 pages du Rapport Cometa, très moquées dans la presse (Ouest France : « Le général qui attend les Ovnis »), ne paraissent pas avoir été prises en compte par le Premier ministre et le Président de la République (une de mes annexes contredit ce que j’écris ; mais j’ai tenu à laisser ma première version). A l’époque où sort le rapport, c’est un hurlement de rire. Guère encourageant pour les Politiques, effet boomerang pour les auteurs. Pourtant, selon le documentaire de C 8 Les Ovnis et le pouvoir, Lionel Jospin aurait dit à un journaliste : « Comment ne peut-on pas prendre cette question au sérieux ? ». D’accord : mais de là à créer un organisme ad hoc après la réaction médiatique. 2009 : à Toulon, et plus précisément dans la commune en bord de rade de Saint-Mandrier (une partie de la rade de Toulon, qui accueille la flotte française), quelqu’un s’énerve de l’inertie des pouvoirs publics.

Il s’agit du Contre-amiral Gilles Pinon. Rappelons-nous : c’est le haut gradé qui a enquêté en 2004 sur l’affaire d’enlèvement de quatre personnes à Harravilliers. Le profil « secret-défense » des enlevés encourageait en outre la thèse qu’ils avaient été ciblés à l’avance et leurs intentions connues de se retrouver en pleine forêt pour un rendez-vous de chasse, offrant ainsi l’opportunité d’être enlevées discrètement (que nous dit cette capacité d’espionner, exactement ?).

Il se trouve que le Contre-amiral a écrit une première lettre au Président de la République, Nicolas Sarkozy, le 14 avril 2008 pour lui demander la création d’une structure ad-hoc sur le sujet : Monsieur Sarkozy répond et fait suivre la lettre aux ministères concernés. Aucune réaction de ceux-ci. Le « pouvoir » semble amorphe, ainsi que le souligne le documentaire de C 8 Les Ovnis et le pouvoir : interrogeant l’ancien président des Aéroports de Paris, celui-ci montre la lettre de Gilles Pinon du 14 avril, les réponses successives de la présidence de la République, du Premier ministre François Fillon, de la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (Valérie Pécresse)... qui n’aboutissent donc à rien.

Le Contre-Amiral se fend alors d’une seconde lettre : et c’est en effet sur cette deuxième lettre du Contre-amiral Pinon qu’il faut se fonder, celle de mai 2009. En mai 2009, quand le Contre-amiral réitère sa demande, mais en passant cette fois par la « Commission de la défense nationale et aux forces armées ». Au Secrétaire-général de celle-ci, il demande une stratégie de recherche sur les Ovnis, la création d’une unité « d’intervention civile et militaire constituée de spécialistes de haut niveau ». Il n’est donc plus question de passer par le CNES et le Geipan, même s’il y est fait référence et hommage… apparaissant franchement très artificiel, mais compréhensible dans l’art diplomatique ; il mentionne aussi le rôle d’Yves Sillard (alors Président du Comité de pilotage du Geipan). « Une intrusion extraterrestre présenterait un danger d’ethnocide par accident », est-il écrit. « Elle porterait gravement atteinte à notre environnement compris comme l’ensemble des conditions naturelles, sociales et culturelles constituant le théâtre des activités humaines ». Le Contre-amiral fait ensuite référence à la Charte de l’environnement et à son article 5, et demande l’application du « principe de précaution ». Dès juin 2009, la réponse du chef de cabinet de Nicolas Sarkozy parvient à l’intéressé (ce qui est rapide). Leur demande a été re-transmise au Premier Ministre (François Fillon) au Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais ce qui est nouveau est qu’elle a été aussi transmise au Ministre de la défense. En matière de lobbying, c’est un succès. Ci-dessous la lettre du chef de cabinet, connue et avalisée par Nicolas Sarkozy. L’année 2009 est donc une année historique pour les Ovnis, qui accèdent en quelque sorte au niveau présidentiel. C’est de cette année que date en fait l’émergence d’une structure dotée de moyens nouveaux, que je rencontrerai en 2013 (là je souligne que c’est ce que je dis, moi avec mon petit clavier, sans autre preuve). Désolé pour les « XXX » submergeant la lettre de 2009 :

La réponse décisive à la deuxième des deux lettres du contre-amiral Gilles Pinon, à partir de laquelle l'Etat va amplifier ses moyens pour l'étude des Ovnis, mais sans passer par l'organisme de Centre national d'études spatiales, le Geipan, mis définitivement hors jeu.r La réponse décisive à la deuxième des deux lettres du contre-amiral Gilles Pinon, à partir de laquelle l'Etat va amplifier ses moyens pour l'étude des Ovnis, mais sans passer par l'organisme de Centre national d'études spatiales, le Geipan, mis définitivement hors jeu.r
Entre-temps : création d’une commission spécialisée au sein d’une société savante peu connue, au rôle important dans l’aéronautique et le spatial, la 3AF, ou « Sigma 2 »

En ce qui concerne l’initiative privée, il faut souligner l’existence d’une société savante, l’Association aéronautique et astronautique de France, ou « 3AF » (trois « A », pour « Association », « Aéronautique », « Astronautique » (voir ici). Fondée en 1945, elle réunit ingénieurs, présidents de sociétés, entrepreneurs, pilotes, scientifiques, etc., afin de refonder après la guerre l’industrie aéronautique française (sur la base du moteur à réaction, mis au point pas les Allemands à partir de 1943). Ainsi, 1945 voit aussi la création de la Snecma (Société nationale d’étude et de construction de moteurs d’aviation, regroupant Gnôme et Rhône ainsi que Moteurs d’aviation Renault – Renault, nationalisée pour faits de collaboration). La Snecma sera transformée en holding en 2000 et fusionnera en 2005 avec la Sagem, devenant Safran. C’est en 1947 que Marcel Dassault lance aussi son premier prototype d’avion à réaction (le Flamant). Par son rôle de réflexion, de mise en relation, de lobbying, la 3AF joue un rôle important, faisant le lien privé-public, réunissant les passionnés les plus émérites (voir ses rapports annuels). Il était donc naturel que l’Association crée en son sein une instance spécialisée dans le phénomène Ovni, étudié sous son angle technique et technologique. Cela sera fait en 2008, sous le nom de « Commission sur les phénomènes aérospatiaux », ou « Sigma », puis « Sigma 2 » (voir ici). Son Président, Luc Dini, est ingénieur aéronautique, spécialiste en missiles et en hyper-fréquences. Dans son Comité de direction, on retrouve le Général Pierre Bescond (déjà au Geipan) et une nuée de spécialistes du genre. Jean-Baptiste Greslé (l’auteur de 1942-1954, Genèse d’un secret d’état) y a collaboré. Sigma 2 a repris les cas inexpliqués du Geipan et a donné en septembre 2016 son analyse de ceux-ci... Elle a recensé les théories standard sur le phénomène Ovni, et considère que les appareils mettent en œuvre une technologie basée sur la magnéto-hydrodynamique (qui annule l’onde de choc consécutif à tout déplacement dans un milieu liquide ou atmosphérique), l’électro-gravitation, l’électro-magnétisme, et que ce mélange très savant conduit à un contrôle local à la fois de la gravitation (annulée) et de la relativité générale (c’est-à-dire que le temps est affecté : sans changer de vitesse, les Ovnis modifie leur temps propre, ce qui explique qu’ils fassent des tournants vus comme étant à angle droit dans notre temps « à nous », ce qui est donc juste une illusion optique). Pour que 3AF se mêle de tout cela, l’idée est que nous sommes aux prémisses s’une révolution technologiques comme cela a été le cas en 1945 pour le moteur à réaction. Sigma 2 a enfin donné sa vision, très construite, documentée et intéressante, de l’article cité en introduction du New-York Times. Elle apporte des éléments nouveaux, modère par ci et par là ce que l’on a pu entendre, et montre sa connaissance des réseaux et des habitudes de communication ou de désinformation des milieux proches du renseignement (voir annexe). S’il n’affirme rien sur ce dernier point, les quelques phrases de son communiqué de presse suggèrent que les services de renseignement américains sont très pro-actifs autour des « PANs ». Et s’ils le sont les Français le sont aussi. Sur ce point, c’est encore le groupe Sigma qui nous renseigne : quand Alain Boudler présidait la commission, il a pu consulter sans rétention d’information la dizaine d’instances compétentes en la matière, dont la DGSE et la Direction du renseignement militaire (DRM) : concernant la DGSE, il y avait selon ce Monsieur une cellule de veille « Ovnis », active depuis les années 1960 (mais très marginale). Ce n’est qu’ensuite qu’il y aura un resserrement de l’information, jusqu’à arriver en 2019. C’est donc dans la décennie 2010 qu’un secret défense encore un peu relâché sur le sujet nous permet de lire entre les mailles du filet... C’est pourquoi je vous ai dit que j’associais des éléments « privés » et non « secrets », avec le bémol que certains éléments « privés » deviendront « secrets » au fil du temps.

Conférence d'une institution ô combien sérieuse, qui s'est saisi du phénomène Ovni sous l'angle purement technique. Conférence d'une institution ô combien sérieuse, qui s'est saisi du phénomène Ovni sous l'angle purement technique.
Le travail de Jean-Pierre Troadec, auteur, journaliste, ex-auditeur de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale)

Ici, ce journaliste et auditeur de l’IHEDN présente l’historique administratif des Ovnis (les Ovnis et le pouvoir, sur un media altrenatif, BTLV : voir ici), dont je me suis partiellement inspiré, avec des éléments assez étonnants : par exemple, François Mitterrand rapporte une observation de Scotland Yard dans son ouvrage La paille et le grain, mais c’est surtout lui a étendu les responsabilités de la défense aérospatiale à l’espace (selon Georges Tranchant, encore quelqu’un de bien informé). C’est pourquoi aujourd’hui, au Mont-Verdun au-dessus de Lyon, on centralise les veilles radars et satellites. Autre exemple, la Direction du renseignement militaire (DRM) a, quant à elle, publié un rapport dès 1995, dont on pense qu’il a influencé le Rapport Cometa de 1999. Selon J.-P. Troadec, à l’Elysée, seules « cinq » personnes seraient au courant. Dans l’article qu’il donne à Nexus (voir ici) en juillet-août 2017, il conclut : « Le fait que ce nouveau président [Monsieur Macron] appartienne à la génération de la guerre des étoiles encouragera-t-il à l’ouverture réelle de ce dossier ? » Je précise : Nexus développe des thèmes que ne vais même pas souligner ici, tant ils peuvent accréditer des thèses qui paraîtront complotistes aux yeux de la plupart d’entre nous. Pourtant, je souligne, qu’en général, ce journal peu main-stream, sans publicité et vivant de ses seuls abonnés, a rendu des enquêtes intéressantes, voire passionnantes, détaillées, sur le phénomène Ovni.

Un document central : les Ovnis dans les attributions officielles du SGDN (Secrétariat général de la défense nationale)

Lorsque j’ai vu ce document ci-dessous, sorti encore par J.-P. Troadec, il m’a tellement stupéfié que je me suis demandé s’il n’était pas un faux. Absence de datation, de noms... Mais au final, étant donnée ma participation au travail de la DGSE sur le sujet, je ne le crois pas. En outre, comme les grades sont donnés, et pas les noms, il est facile de recouper avec les nominations en les listant dans l’ordre chronologique. Le vocabulaire est trop typique, l’abus des majuscules également, et le document vient d’Internet où il est alors quasiment déclassifié, puisque la source est en « http » et non en « https » ! Donc hyper-aisé à récupérer. C’était le bon vieux temps. Voici le document en question, ci-dessous :

Un document exceptionnel : qui s'occupe au SGDEN des Ovnis, du moins à l'époque ou Monsieur Troadec découvre ce document. Un document exceptionnel : qui s'occupe au SGDEN des Ovnis, du moins à l'époque ou Monsieur Troadec découvre ce document.

Je vous l’ai réécris :

« S.G.D.N. Sigle du Secrétariat Général de la Défense Nationale.

Secrétaire Général XXXXXXXXX (Ministre plénipotentiaire) Secrétaire Général Adjoint : Contre-Amiral XXXXXXX Aide de Camp : Capitaine XXXXX Chargés de Mission : Contrôleur des Armées XXXXXXX Administration Générale : Général de Brigade Aérienne XXXX. La SGDN se compose de 5 directions : Direction « Défense et Nation » : gestion du secret Défense et Habilitation, concernant, entre autres, l’accès aux rapports OANIs (Objets océaniques non identifiés) OVNIS C.D.I.A, D.G.G.N, D.R.M, D.G.S.E, etc. Directeur : XXXXXX (Préfet). « pro » du renseignement : adresse en cours de vérification. – Direction « Affaires Internationales et Stratégiques », incluant Observations des Nouvelles Menaces dont OANIS, OVNIS dans le cadre de la gestion au quotidien des plans INTRUSAIR. Directeur : Mme XXXXX (Conseiller des Affaires Etrangères de 1ère Classe). Adresse privée : 4, rue XXXXXXXX, XXXXXX. Tel : XXXXXXX.

Source : http//www.XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX »

Apparaissent ici les « Objets océaniques non identifiés », en fait des Ovnis qui sortent ou repassent sous la mer, puisque leur technologie permet de supprimer leur vague d’étrave aussi bien que leur « statut » dans la relativité générale. La vague d’étrave étant l’onde de choc que produit tout objet en mouvement dans son milieu, donc ici l’air, et qui porte à des milliers de degrés centigrades la pointe de l’appareil. Véritable chalumeau orienté vers le fuselage, il implique qu’un bourrelet de plasma, une ionisation, soient générés pour éviter que la chaleur ne se porte sur le métal de l’appareil. Ce phénomène a amené les scientifiques à tenter de développer la « magnéto-hydro-dynamique », d’abord sur les torpilles tirées sous la mer, puis sur les missiles. Pour leur statut dans la relativité générale, c’est fort compliqué à expliquer… disons que s’il s’écoule une minute pour l’objet lui-même, il peut s’en écouler dix pour les gens restés sur place… Cela a des conséquences sur le champ gravitationnel qui entoure l’objet, et sur les forces de frottement qui s’y exerce. Naturellement, dirais-je…

Mais bon à savoir : en fouinant un peu, je découvre que cette note serait un faux. Je vous mets le lien : voir ici. Ok : admettons. Ecrire un billet de blog est un exercice difficile, et sur les Ovnis un art entre information et désinformation.

Les Ovnis sous le Canard Enchaîné

Eux découvrent un rapport d'EDF à ce sujet. Ils y dévoilent le côté "espionnage" chez EDF et la dernière partie, "Alerte aux extraterrestres", est l'occasion d'une franche rigolade (voir ici). Mais de fait on voir souvent de tels engins survoler des Centrales nucléaires, comme celle du Blayet (celle qui a failli être englouti par le tempête de 1999). Voir ici pour en savoir plus.

Quand le canard saute à pieds joints dans une piscine d'eau radioactive. Quand le canard saute à pieds joints dans une piscine d'eau radioactive.

Les Ovnis sous Emmanuel Macron

La conclusion très optimiste de l’article de J.-P. Troadec dans le fameux Nexus sur le côté Star Wars d’Emmanuel Macron fait fi à mon sens de la continuité des directorats des principales administrations de renseignement (et de toutes les administrations, d’ailleurs). En outre, je ne vois pas Emmanuel Macron fan de Star Wars, et il faut faire effort d'imagination pour le voir rechercher une alliance avec ces personnages aux allures un peu étranges (comme imaginé dans le rapport Cometa), alors que cela était rédhibitoire dans le cas de François Hollande ou du Général Pierre de Villiers ; mais je ne pense pas que la violence d’état qu’il légitime, son indifférence à l’écocide en cours (qui semblent inquiéter certains de nos visiteurs), en feraient un interlocuteur au profil idéal. Comme on ne le sait généralement pas quand on ne suit pas ces affaires, B. Bajolet avait en 2017 (fin du quinquennat de Monsieur Hollande) atteint ou plutôt dépassé l’âge de partir en retraite. Pour le remplacer, les gens de la DGSE voulait un militaire, mais de cela il n’en était question à l’Elysée : Emmanuel Macron a donc choisi un autre diplomate, encore un « Bernard », Bernard Emié, nom soufflé par Monsieur Bajolet à Monsieur Macron, M. Bajolet continuant certainement à conseiller le nouveau pouvoir (est-ce pourquoi son nom n’apparaît même pas une fois dans le livre de François Hollande sur son quinquennat ?). Donc Emmanuel Macron semble avoir continué les habitudes hollandaises. Il est certain, comme je vais vous le montrer, que la DGSE et Bernard Bajolet, « Bernard » pour les intimes, ont été aux commandes quand la manière d'investiguer le phénomène a été sérieusement infléchie, à partir des années 2010. En tout cas, la présence de "Bernard" aux côtés (du moins un temps) de Jupiter souligne la continuité « opérationnelle » sur ce sujet, ce qui est juste dans la continuité en général des politiques de l'état en matière, notamment, de relations internationales (oh là, que dis-je ?). On dit de "Bernard" qu'il aime prendre des risques : seulement, sur un terrain que l'on ne connaît pas, on risque souvent d'être amené à prendre des risques qui apparaîtront plus tard comme l'amorce d'un véritable désastre. Bon, là, c'est de la pure spéculation. Disons que j'appréhende ainsi mon Bernard dans le texte ou, du moins, une petite part de la personnalité d'un homme pas si désagréable que cela (mais dont quelqu'un a dit quelque part qu'il devrait s'allonger sur le divan, comme nous tous d'ailleurs, de toute façon).

Conclusion

Quand on regarde l’histoire de la recherche sur les Ovnis du point de vue administratif, cela est incroyable, à tous les plans. Il faut plus d’un demi-siècle pour que ceux-ci acquièrent un statut d’objet d’intérêt administratif. La grande intelligence du Contre-amiral Gilles Pinon est de souligner l’importance du « Principe de précaution », placé dans une « Charte de l’environnement » voulue par le Sarkozy de l’ère numéro un, qui a valeur constitutionnelle, et qui sera rejetée par le Sarkozy de l’ère numéro deux. Mais comment cette idée que notre environnement soit menacé par les « Ovnis » est-elle venue à Gilles Pinon ? Prendre le principe de précaution au pied de la lettre, ou plutôt dans sa lettre mais non dans son sens, c’est en tout cas un bon argument. Pour mieux comprendre la position du Contre-amiral, je pense qu’il faut revenir au Rapport Cometa où, comme au Geipan, une des composantes rédactrices doit l’emporter, selon le rapport des forces. Selon l’origine des rédacteurs de 1999, ce ne peut-être que les militaires. Ceux-ci souhaitent deux choses :

– la technologie de déplacement, qui ferait du « pays qui la posséderait le maître du monde » (je ne sais plus qui a dit cela, exactement, mais un tiers du Rapport Cometa est consacré à cette problématique) ; mais combien de temps faudra-t-il pour développer cette technologie ? Le temps de maturation de l’avion Rafale, par exemple, peut être considérée comme commençant en 1945 avec la reprise par la France du moteur à réaction inventé en Allemagne, soit un demi-siècle ; mais dans quelle mesure peut-il être accéléré avec l’étude des objets qui se sont crashés, sachant que ces crashs ne semblent pas avoir eu lieu en France ? Et y-a-t-il eu autant de crashs ? En tout cas, dans les années 2010, il manquait une clé de lecture pour décrypter cette technologie. Mais, surtout, comment pouvait-on cibler, espionner les maîtres de ces merveilles de technologies, qui s’entouraient de savants brouillage, dont le sens était à décrypter ;

– selon Cometa, pour le pays qui acquerra l’expertise nécessaire, une communication avec les « Ovnis » devient envisageable, et ce pays pourrait même devenir l’intermédiaire entre les occupants des Ovnis et l’humanité en général. Bref, il fallait apprendre à penser comme les occupants des appareils. Mais, justement, comment pouvait-on penser comme eux s’ils refusaient la quasi-totalité des échanges, et n’occupaient apparemment pas la gamme des fréquences radios ? C'est tout de même un peu délirant : cela voudrait signifier que les ET pensent comme les Humains, en outre, c'est l'anthropocentrisme poussé dans des limites excédant nettement celles de l'infini.

Mais pour quels risques, se demande le rapport ? La perte de son indépendance nationale dans ce rapport de force disproportionné ? Est-ce concevable ? Ni le Contre-amiral Pinon, ni Cometa ne peuvent penser comme d’éventuels ET : ceux-ci pourraient-il envisager la France comme intermédiaire avec toutes les autres nations ? L’ONU ne serait-il pas la structure ad hoc pour ceux-ci ? Mais voici qu’avec Trump l’ONU semble destiné à devenir encore davantage un creux politique... La recherche de cette position d’intermédiaire ne pourrait-elle pas être elle-même à l’origine des guerres, au moins feutrées, même avec les USA, à la vue de l’enjeu ? Qui sont exactement les « ET » ? Que pourraient-ils vouloir ? Quelle serait la monnaie d’échange ? En 2009, tout cela n’est pas clair, mais cela le deviendra-t-il pour autant dans les années 2010-2020 : la question mérite d'être soulignée. Du Rapport Cometa à la lettre du Contre-amiral se lit aussi une montée de l’inquiétude, voire de la peur, comme celle d’une dissolution de la cohésion sociale de nos sociétés dans une sorte de super-globalisation. Or, en 1999, l’opinion mondiale n’avait pas cette inquiétude sécuritaire et identitaire qu’elle avait déjà en 2009, soit seulement dix ans plus tard. Le mot du Contre-amiral Gilles Pinon, à ce sujet, résonne encore plus fortement aujourd'hui : « ethnocide ». Rien de tel en 1999, où la différence ne fait pas si jaser, où l’heure est à l’optimisme, à la curiosité, voire à l’émerveillement. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Dans la Sarkozie numéro deux, surtout aux élections de 2012, l’appel au électeurs du Front national est vécu sans interdit. Plus encore chez son ex-Premier ministre, François Fillon, aux Présidentielles de 2017, ou sous le « hollandisme », voire le « hollando-vallsiste » (objet théorique non-identifié), puis le « macronisme », qui voient tour à tour des développements sécuritaires sans précédent dans l’histoire du pays. 2009-2018 : une décennie fondamentale, qui voit les sociétés basculer dans une crise identitaire, la société internationale se fragmenter, une partie de l’Europe envahie, en Ukraine et en Crimée. La question Ovni se pose dans le cadre d’un resserrement culturel, d’une crise identitaire sans précédent depuis le XIXe siècle. De même, la fragilité environnementale du globe n’a jamais été telle... et aujourd'hui poussée à un point ultime, avec le coronavirus. Jamais les sociétés ne se sont présentées en ordre aussi dispersé, aussi fracturées, aussi affaiblies, face à une composante « Ovni » que le Contre-amiral estime globale et non divisée (ce qui est encore une projection culturelle). 2009-2020 : neuf années fondamentales, qui verront la poursuite d’un effort sans précédent des services de renseignement français, peu à peu dotés de moyens nouveaux, nous verrons lesquels.

Mais cela signifie-t-il que s’il y a contact exogène, cela se fera avec les militaires, ou les gens de la DGSE ? Or, de tels intermédiaires, avec leurs projets de « colonisation » des alentours de la Terre, des peurs identitaires parfois assez sensibles dans les mémoires d’un Pierre de Villiers, bref, comment de tels intermédiaires pourraient-ils être acceptés par des civilisations exogènes, ou ne pourraient-ils pas être manipulés par elles ? Pourquoi faudrait-il que les sociétés « ET » soient égalitaires, ce qui choqueraient certains que mai 1968 marque toujours, ou inégalitaires, donc proches des identitaires de toutes natures ? Comment un Hollande, par exemple, pourrait-il culturellement assez ouvert pour une telle communication, dans ce contexte de crise sociale qu’il a été incapable de résoudre, voire a généré ; quelle est l’arrière-plan de l’idée folle de Manuel Valls que nous serions « en guerre », ses dérapages où il paraît perdre tout empire sur lui-même ; quels rapports de force se mettraient à jouer dans l’état lui-même ? Pourquoi Emmanuel Macron, qui a décidé de resserrer la verticalité de l’état, de bloquer les migrations, de rééditer une loi anti-casseurs, serait-il plus apte à gérer une telle communication, vécu avec les a priori d’une agression par la plupart des instances administratives que nous avons mentionnées, armée et DGSE en tête ? Peut-on, tout chef des armées que l’on est, aller à l’encontre de ces gens auxquels on demande tout de même de risquer leurs vies ? En tout cas, s’il fallait donner quelques noms des personnes qui, au sommet de l’Etat, devraient connaître la question Ovni, les voici :

– Bernard Emié, responsable de la DGSE ; le coordinateur des services de renseignement à l’Elysée ; je ne vois pas les directeur et chef de cabinet de Monsieur Macron ignorer le sujet, notamment Monsieur Strozda (de nombreux Ovnis ayant été aperçus au-dessus de l'ïle-Longue, où sont cantonnés les sous-marins nucléaires et leurs missiles) ; de même pour Claire Landais, Secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale (SGDEN) (portrait ci-dessous) ;

Claire Landais, Claire Landais, Secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale (SGDEN) Claire Landais, Claire Landais, Secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale (SGDEN)

– Pascal Bolot, Directeur de la promotion et de la sécurité de l’Etat, toujours à la SGDEN, et qui présente un profil plus militaire ; enfin, je ne vois pas le chef d’Etat-major qui a succédé à Pierre de Villiers ignorer le sujet.

Donc, cela ferait en effet bien plus de cinq personnes à l’Elysée (en y comptant aussi le cabinet militaire), et dix dans les plus hauts cercles. En comptant aussi une dizaine de personnes à ce niveau sous François Hollande, cela ferait une vingtaine de « cibles » potentielles qui ont la vision globale des recherches sur les PANs, sans compter les opérationnels en aval, à Lyon notamment, et probablement dans des sites alpin et pyrénéens (ou proches de, vous regarderez la carte des implantations de la DGSE dans ce coin de France), ou plus proche de Paris, à Taverny peut-être, à Creil (DRM, Direction du renseignement militaire) et, bien sûr, boulevard Mortier, à la DGSE.

En outre, dans le domaine du Spatial, les choses bougent avec une vivacité inhabituelle après toutes ces années. Lors de sa venue à On n’est pas couché, le samedi 17 novembre 2018, l’ancien Chef d’état-major de Monsieur Hollande, le Général Pierre de Villiers, fait hommage quatre fois au travail des militaires dans le « Spatial », où la France serait en pointe. Echo pour le grand public du travail moins connu de la Ministre des armées, Florence Parly, qui veut faire adopter une « stratégie spatiale de défense », un projet évidemment porté vers elle par son cabinet militaire. Lancé en septembre 2018, cette réflexion sur une « stratégie spatiale de défense » se fait sous la houlette d’Hervé Grandjean, ancien du CNES, donc bon connaisseur du Geipan, et conseiller industriel de la Ministre. S’y ajoutent le patron de la Direction général de l’armement (DGA), le colonel Joël Barre, ou Caroline Laurent, pour la partie stratégie à la DGA. Là aussi, cela prélude des reconfigurations de compétences, de grandes batailles industrielles impliquant public et privé. Enfin, la question nécessite de développer la coopération inter-services, avec le rôle du Commandement inter-armées de l’espace (CIE), dirigée depuis début septembre 2018 par le Général Michel Friedling, jusqu’alors plutôt impliqué dans la réflexion prospective.

Enfin, le centre de gravité du commandement spatial est rebasculé vers Toulouse. Pourquoi Toulouse ? En raison de la densité d'industries aéonautiques qui y sont ? Pourquoi pas la région parisienne, où il y a en a davantage ? On a l'impression que, culturellement, les militaires tentent de donner à ce centre de commandement comme un accent de profondeur stratégique, qu'il ne peut posséder d'ailleurs nulle part avec les Ovnis, à moins que la proximité des Pyrénées n'offre des possibilité de se cantonner ou de redéployer des chaînes de production au cas où. Enfin, là, je fais à mon tour mon Cometa en m'imaginant penser comme un militaire.

A cet égard, ce qui serait signifiant, c'est qu'on passe le Centre national d'études spatiales (le CNES), avec le Geipan et son 1,5 emploi à temps plein, sous la tutelle exclusive du ministère de la Défense.

Mais je m'emballe, je m'emballe.

Pierre-Gilles Bellin

 

Annexe : la réaction de Sigma 2 à l’article du New-York Times sur le Pentagone

Commentaires de 3AF/SIGMA2 sur le programme de recherche AATIP

Le 16 décembre 2017, plusieurs articles (écrits dans le New York Times, Politico, articles avec la participation de la journaliste Leslie Kean du Huffington Post) sont parus sur un programme de recherche du Pentagone américain sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, UAP en anglais) appelé AATIP (Advanced Air Threat Investigation Program). Ce programme « caché » du Pentagone daterait de 2007 et aurait été arrêté en 2012 selon le Pentagone. Ces articles soulèvent des questions et conduisent des personnes à s’adresser à 3AF/SIGMA2 pour connaître son opinion sur ce programme et les déclarations associées. L’objectif de ce document est de proposer des éléments de réponse à la principale question : qu’apportent ces révélations sur le programme AATIP ?

Introduction sur les faits

Le 16 décembre 2017, plusieurs articles (écrits dans le New York Times1, Politico2, articles avec la participation de la journaliste Leslie Kean du Huffington Post) sont parus sur un programme de recherche du Pentagone américain sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, UAP en anglais) appelé AATIP (Advanced Air Threat Investigation Program). Ce programme « caché » du Pentagone daterait de 2007 et aurait été arrêté en 2012 selon le Pentagone. Ils révèlent que, non seulement les recherches du DoD américain ne se sont pas arrêtées en 1969 avec la fin du dossier Blue Book mais aussi, que de nouveaux cas ont été observés et enquêtés depuis. Par ailleurs, une vidéo infrarouge filmant un PAN depuis deux F18 en 2004 est exhibée comme l’un des exemples de cas étranges étudiés, mise à disposition et autorisée pour publication par le Pentagone au profit d’une société de recherche privée sur les OVNIS et phénomènes paranormaux (TTS/AAS : To The Stars/Academy of Arts and Sciences). L’un des ex responsables du programme AATIP, M. Luis Elizondo (ancien de l’agence de renseignement de la défense DIA) aurait remis sa démission du Pentagone en octobre 2017 pour rejoindre le groupe de recherche TTS/AAS3 sur les OVNIS qui a mis en ligne depuis, la vidéo infrarouge (Gimbal) pour la Communauté d’Intérêt (COI4), ainsi que le compte rendu d’observation fait par les quatre pilotes de F18. M. Elizondo invoque un manque de soutien du gouvernement US pour poursuivre les recherches. Le programme étudierait des observations d’objets doués d’une cinématique extraordinaire sans signe apparent de propulsion, sujet également en étude par le groupe TTS/AAS. Le lien est fait avec la société de M. Robert Bigelow, milliardaire américain, travaillant avec la NASA sur de futurs véhicules spatiaux (Module Spatial Extensible B330) et ami proche du Sénateur Reid (Nevada) à l’origine de ce programme AATIP. M. Bigelow est connu pour être persuadé que l’Hypothèse ET (ExtraTerrestrial Hypothesis) est avérée, ce qui motive son mécénat vis à vis des recherches sur les UFOs et les technologies de propulsion exotique. La société de M. Bigelow BAASS (Bigelow Aerospace Advanced Space Studies) collecte systématiquement les comptes rendus d’observation effectués par les pilotes ou tout autre objet ou observation concernant les PANs conformément aux consignes de la FAA, l’aviation civile US7. Elle a des liens avec l’organisation US MUFON8 qui mène des travaux sur les UFOs depuis des années, certaines analyses de cas ayant été financées par BAASS. Ces articles soulèvent des questions et conduisent des personnes à s’adresser à 3AF/SIGMA2 pour connaître son opinion sur ce programme et les déclarations associées. L’objectif de ce texte est de proposer des éléments de réponse à la principale question : qu’apportent ces révélations sur le programme AATIP ?

  • - Y-a-t’il une communication nouvelle de l’administration US sur les UFOs, une inflexion par rapport au silence remontant à 1969 depuis la clôture du dossier Blue Book de l’USAF ?

  • - Ce programme de recherche permet il d’accéder à des nouvelles bases de données sur les PANs, certaines déclassifiées ?

  • - Y-a-t’il des révélations nouvelles, des cas tout à fait nouveaux, quid de la question de l’Hypothèse ExtraTerrestre (« HET ») ?

La Commission technique SIGMA2, s’intéresse aux Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés, sur lesquels elle mène des recherches en regroupant des experts en aéronautique, espace, anciens pilote ou astronaute, médecins, ingénieurs ou militaires retraités, spécialistes de défense aérienne, des missiles, des avions. Commission technique, elle ne s’intéresse qu’à l’étude technique des cas de PAN qui font l’objet d’enquêtes de terrain par ailleurs par le CNES/GEIPAN. Le GEIPAN travaille avec la gendarmerie et l’armée de l’air sur les cas de PAN français depuis 1977 et les publie depuis 2007. SIGMA2 s’intéresse autant aux problèmes d’observation, qu’à l’analyse de la physique observée, y compris aux effets des rayonnements électromagnétiques et notamment micro-ondes constatés. La nature technique des travaux exclut totalement les réflexions de nature philosophique ou sociétale qui peuvent intéresser d’autres experts. La question HET est traitée sous l’angle des observations et de leur recoupement avec les phénomènes ou engins connus. Tous ces éléments sont expliqués dans le rapport de synthèse de la Commission SIGMA2 paru en 2016 et dans l’interview par Jean-Pierre Troadec de la Commission SIGMA2, parue en novembre 2016 dans la revue Nexus.

Les actions de recherche de SIGMA2 conduisent à identifier les bases de données physiques sur les PANs, et donc toutes les organisations menant des travaux scientifiques sur ce sujet. A ce titre, le programme AATIP et ses retombées sont intéressants.

Y-a-t-il une communication nouvelle de l’administration US sur les UFOs ? Un changement de cap ?

Depuis la clôture du dossier Blue Book de l’USAF en 1969, le Pentagone et l’USAF n’ont pas cessé d’indiquer que le sujet UFO était clos. Seule, la CIA semble avoir maintenu une veille active sur le sujet à l’international. Les récentes publications d’archives (rappelées dans le rapport SIGMA2 de 2015) en janvier 2016, puis en janvier 2017 (voir le site web CIA CREST) montrent que le sujet est resté d’intérêt. En revanche, l’annonce faite le 16 décembre 2017 de l’existence d’un programme officiel de recherche sur les UFOS semble constituer une rupture dans la communication de l’administration US sur le sujet. Pourtant, la transparence n’est pas totalement de rigueur : le rapport (490 pages) n’est pas encore publié, et l’ancien responsable du programme AATIP, M. Luis Elizondo, démissionnaire pour cause de ressources insuffisantes, laisse planer le doute sur l’intérêt des autorités pour les travaux effectués. Le programme aurait été arrêté pour des raisons financières par le Pentagone qui autorise cependant la divulgation des vidéos infrarouge de F18 sur le site de TTS/AAS... Cela ressemble à une campagne de communication à des fins non encore identifiées entre les services officiels US et la sphère de recherche privée.

Commentaires de 3AF/SIGMA2 sur le programme de recherche AATIP

Ce programme de recherche permet-il d’accéder à des nouvelles bases de données sur les PANs ?

SIGMA2 est évidemment intéressée par les travaux qui pourraient être publiés par le programme AATIP, voire par les données scientifiques qui pourraient être mises à disposition à cette occasion par TTS. Pour l’instant, le rapport reste classifié. La vidéo du cas Nimitz (observation par les F18) n’est pas une révélation récente et si elle présente un intérêt journalistique, elle ne peut être utilisée directement, en dépit de certains détails techniques intéressants du rapport Gimbal. Les travaux récents de SIGMA2 montrent combien une vidéo infrarouge nécessite de disposer de données complémentaires pour en faire une exploitation efficace.

L’existence de la société To The Stars regroupant M. Luis Elizondo et d’autres experts notamment d’anciens du Pentagone, pourrait offrir l’opportunité d’une coopération avec SIGMA2.

Y-a-t-il des révélations ? Quid de la question HET ?

Les déclarations de M. Luis Elizondo sont celles d’une personne privée, certes retraitée du Pentagone, mais ne s’exprimant pas de façon officielle. Aucune déclaration directe du Pentagone sur le sujet ne vient étayer ses positions ou celles de M. Bigelow sur l’HET hormis un communiqué sur l’arrêt des travaux. Le contenu du rapport AATIP n’est pas mis à disposition du public. D’autres rapports du même type, comme celui du MOD britannique intitulé Unidentified Aerial Phenomena in the UK Air Defence Region, déclassifié et publié en 2008, montrent l’existence avérée des phénomènes mais ne concluent pas clairement sur leur origine et encore moins sur l’HET ou sur une menace, tout en préconisant des mesures de prudence pour les pilotes en cas d’effet de surprise.

SIGMA2 étudie tous les cas de PANs que leur origine soit naturelle (phénomènes atmosphériques, foudre en boule, plasmas), artificielle (engins du type avion furtif ou drone à changement de milieu) ou bien inconnue. Certains comportements de phénomènes ou d’objets présentant des accélérations brutales après un passage en vol stationnaire ou des changements de forme surprenants (voir le cas de Lakeneath, cas publié par la CIA et observé en 1956 par la RAF en Grande-Bretagne) mettent en évidence des cinématiques extraordinaires. Ces cas sont-ils le reflet de phénomènes à la fois lumineux et détectables au radar, manœuvrant très vite ou bien de réels engins intelligents dotés d’une technologie inconnue plus rapide que celle que nous connaissons ?

Pour l’instant, le manque de données ralentit la progression dans les analyses mais SIGMA2 ne désespère pas de parvenir à collecter de nouvelles données avec de nouveaux moyens d’observation. AATIP fournira-t-il de telles données ? Nous pouvons exprimer un certain optimisme, réaliste. Aucune des données obtenues par la démarche FOIA aux USA ne résulte de projets classifiés ou déclassifiés.

1 https://www.nytimes.com/2017/12/16/us/politics/unidentified-flying-object-navy.html?register=google&_r=0 2 https://www.politico.com/magazine/story/2017/12/16/pentagon-ufo-search-harry-reid-216111

3 https://www.huffingtonpost.com/entry/inside-knowledge-about-unidentified-aerial- phenomena_us_59dc1230e4b0b48cd8e0a5c7 4 https://coi.tothestarsacademy.com/gimbal/ 5 le budget annuel mentionné est de 22 M US $ sur 5 ans, soit une goutte d’eau dans le budget annuel de la défense US qui est de l’ordre de 600 G US $

6 https://www.huffingtonpost.com/entry/robert-bigelow-ufos-aliens-on-earth_us_592ca03ce4b0065b20b7bfb7

7 https://www.faa.gov/documentLibrary/media/Order/7110.65TBasic.pdf - chapter 9 special flight- section 8 UFOs reports 8 MUFON a également contribué à des campagnes de communication sur les UFOs (voir les émissions Hangar One sur la

chaine 23) qui sont assez caricaturales sur le sujet et nourrissent des thèses de conspiration avancées sur la présence ET, qui n’invitent pas les scientifiques à s’intéresser ou à se rapprocher de l’étude des PANs. 9 Un post d’un ancien marin du Nimitz, remontant à février 2007, évoque la mise en état d’alerte du Nimitz survolé par un UFO, les CR des pilotes et l’existence de vidéos IR http://www.abovetopsecret.com/forum/thread265697/pg1 10 https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP81R00560R000100010010-0.pdf

 

 

 

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