Les Ovnis, François Hollande, Emmanuel Macron, les barbouzes et moi

Réalisant un documentaire sur les Objets volants non identifiés (Ovnis), impliquant des sources DGSE, ainsi que des observations nombreuses et répétées au-dessus du camp militaire de Coëtquidan, je tiens à relater les faits que j’ai dernièrement vécu.

Le théâtre du Petit Trianon : quand on investigue la problématique Ovni, on passe derrière le décor, sauf que l'on oublie très vite de quel décor il s'agit. © Anonyme Le théâtre du Petit Trianon : quand on investigue la problématique Ovni, on passe derrière le décor, sauf que l'on oublie très vite de quel décor il s'agit. © Anonyme
Le contexte

J’ai coopéré avec la DGSE d'avril 2013 à mai 2015 sur le sujet des Ovnis, en périphérie (donc sans contrat ou autre preuve formelle), à partir des témoignages d’apparition d’Objets volants non identifiés que j’avais collecté pendant une dizaine d’années en Bretagne, voire vécus moi-même. Il en est résulté un pré-documentaire, que j’ai mis en ligne en octobre 2019 (voir ici). En réalité, pour investiguer le phénomène, je travaillais non seulement sur le terrain, c’est-à-dire en Bretagne dans la forêt de « Brocéliande » dont le tiers est recouvert par le camp de Saint-Cyr Coëtquidan, mais aussi à Paris, développant un vaste réseau relationnel incluant de nombreux agents de renseignement (ce dont je n’avais pas conscience au départ). J’ai bénéficié en 2011 de la formation ad hoc d’agents américains venus nous former dans le cadre d’un symposium officieux, mais ouvert à tous et où vous-même, cher lecteur, auriez pu vous inscrire. A partir du printemps 2012, j’ai fait l’objet de plusieurs approches pour un recrutement éventuel. J’ai refusé ces propositions mais, cependant, à partir du début du mois d'avril 2013, j’ai accepté de livrer mes observations pour le moins étranges, mes théories tout aussi étranges, et de travailler de concert avec l’équipe spécialisée formée dans les années 2011. Je l’ai fait pour l’intérêt général, comme lanceur d’alerte vers l’administration spécialisée, sans chercher à répandre ce que nous trouvions. Mais l’insistance des cadres à obtenir toujours plus d’informations, l’absence de réciprocité dans la relation, la violence de celle-ci, le fait d’être a priori considéré comme le suspect pouvant un jour lever le voile sur le sujet (ou une partie du voile), l’absence absolue de considération, m’ont conduit à me distancier de ce groupe dont je réprouvais le mode opératoire. Par ailleurs, je trouvais dangereuse la position des responsables politiques et militaires vis-à-vis du phénomène Ovni, pour autant que je pouvais bien sûr l’appréhender : c’est-à-dire François Hollande, Bernard Bajolet (l’ex-patron de la DGSE), Pierre-de Villiers (ex-chef d’état-major de l’armée française), Emmanuel Macron. Je remercie cependant François Hollande d’avoir retiré en 2014 la subvention à un projet d’équipement public contre lequel je luttais dans un tout autre cadre (voir ici).

Le long travail de collecte d’information pour un pré-documentaire

J’ai donc réuni, dans le plus grand secret, une équipe de dessinateurs qui m’ont fait les roughs (ou croquis) de ce pré-documentaire (sans doute plus un document que même un pré-documentaire), le plus souvent sans se connaître entre eux, je me suis équipé en vidéo professionnelle et j’ai enregistré une vingtaine de témoins, dont j’ai collationné les dires, les ai vérifiés, contre-vérifiés, avec la plus grande rigueur méthodologique possible compte-tenu de la faiblesse de mes moyens. Au-delà de cette enquête finalement très banale dans le monde de « l’ufologie », je connaissais assez le contexte « armée » et renseignement pour lui donner un angle inédit. Le travail s’est fait de la mi-2018 à octobre 2019, date à laquelle la vidéo a été postée sur Viméo. Toutefois, les agents de terrain se sont vite aperçus que je préparais quelque chose, bien que je prisse alors le plus grand soin de travailler hors mails, hors téléphones, voire sans rendez-vous (surgissant de façon inopinée chez mes rough-women et roughs-men, souvent légèrement interloqués).

Ecoutes téléphoniques, captation des mails et recherches Internet, incursion nocturne sur le lieu de vie, intrusion possible dans le local de travail et filature avérée

S’est mis alors en place quelque chose que je ne peux qualifier autrement que comme une tragi-comédie, avec en toile de fond la tragédie barbare que subissent de plus en plus de citoyens, des Gilets Jaunes à Extinction rébellion, en passant par ces adolescents forcés à s’agenouiller devant leur lycée, la mort impunie de Steve à Nantes. A partir du printemps 2019, un affolement sensible a gagné le petit monde sécuritaire qui s’occupe du sujet Ovni, d’autant qu’ils se sont aperçus que j’avais pris contact avec divers journalistes d’investigation, en une sorte de raid vers Paris : vous devez le savoir, circuler incognito dans les gares et sur les rails est devenu un exercice quasi-impossible. Vidéos de surveillance partout, quand vous payez vous devez sortir votre pièce d’identité, et nulle question de faire un achat carte-bleue, qui eut été immédiatement tracé. Les agents ont dû mettre une dizaine de jours à recoller les morceaux de ma trajectoire disparate à Paris où, toujours sans rendez-vous préalable, j’ai rencontré beaucoup de gens. Pour moi, il était important que ceux-ci me voient, que je leur remette certaines pièces sur lesquelles ils puissent éventuellement rebondir. Ne cherchant pas à faire preuve, je n’étais là que pour me présenter, attester par ma seule sérénité de mon équilibre, bref, mettre en place les éléments de curiosité et l’écosystème de la preuve à venir. La date avait été choisie, un an et demi après les révélations du New-York Times sur la poursuite d’Ovnis par des jets de la Navy US (voir ici), et tout de suite après la reconnaissance formelle du Pentagone qu’il poursuivait son programme de recherche sur les Ovnis (voir ici). Si vous voulez voir ce que je pense de l’organisme du Centre national d’études spatiales qui est chargé en France du phénomène Ovni, voir ici.

Pour ma sécurité, j’ai mis très tôt en place sur le terrain où je vis plusieurs systèmes de défense passif, rudimentaires mais très fonctionnels : deux sonnettes à déclenchement à distance à chaque bout du lieu, aux deux accès, cachées parmi la végétation ; une caméra de vision nocturne avec un déclenchement toutes les quatre minutes, et plus si passage. Le tout fonctionnant sur piles, afin d’éviter que le réseau soit arrêté en poussant simplement le disjoncteur à l’entrée du terrain, à la portée de tous, selon la pratique d’usage à la DGSI.

- le 17 juin à 2 h du matin les deux sonnettes se sont déclenchées en même temps. Réveillé dans la précipitation, il m’a été impossible de voir qui ou ce qui avait permis ce déclenchement simultané. J’avais fait l’erreur de les poser trop éloignées de la caméra, et les leds rouge des sonnettes qui s’allument quand passe quelqu’un étaient trop voyants ; j’en ai déduis que les intrusers avaient rebroussé chemin et que j’avais été à un millimètre de les photographier en pleine action, peut-être en train d’encercler le lieu où je dors ;

- le 7 juillet, alors que j’étais parti, je pense pouvoir dire que l’on est venu fouiller mon bureau. Les voisins étaient absents, et quant à la caméra, qui prenait une photo toute les 4 minute, sa carte SD présente un trou important à un certain moment de la journée. A l’intérieur du bureau, très petit et encombré, certains objets n’étaient plus à leur place.

Par ailleurs, depuis le début de la mise en place du documentaire, j’avais réalisé que je ne pouvais plus aller à Rennes sans devoir gérer des filatures. J’avais donc pris l’habitude de me déplacer entre les angles morts des caméras disposées presque partout dans le centre de cette ville où l’état d’urgence a été appliqué avec une extrême dureté par M. Strozda, actuel Directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, quand il y était Préfet. Je repérais mes suiveurs… disons une fois sur deux : quand je les repérais, je les photographiais bien tranquillement, sans me cacher d'eux, mais que faire de ce matériel documentaire ? Puisque l’identité même des suiveurs fait partie du secret-défense.

J’ai donc mis en place les éléments d’une contre-filature par un enquêteur professionnel, et cela a fonctionné presque aussitôt. Voici des extraits de son rapport : « Je suis détective privé depuis (…) et je certifie avoir été suivi le 04.10 lors de mon rendez-vous avec ce journaliste [moi-même]. Je m’explique : nous avions rendez-vous le 04.10 à 9 h 30 à mon bureau situé (…) à Rennes ; à 9 h 20, je suis descendu chez l’imprimeur effectuer une reliure et j’ai vu un homme en bas de l’immeuble. Monsieur Bellin est arrivé à 9 h 30 et ma secrétaire m’a informée qu’il m’attendait [j’étais sans téléphone, afin de ne pas être ‘‘ borné ’’]. Etant déjà au bas de l’immeuble X, j’ai incité Mr Bellin à me rejoindre. L’homme en question était une nouvelle fois à proximité (…) et, lorsque j’ai regagné mon véhicule qui stationnait sur le parking du (…), je l’ai vu une quatrième fois ». Mais il y a mieux : « Par ailleurs, depuis ma rencontre avec le journaliste Pierre-Gilles Bellin, mon portable présente quelques dysfonctionnements. Je reçois des émojis de numéros que je ne connais pas et plus troublant encore des échanges sur mon portable. Exemple : le 11/10 à 19 h 56, du 06 (là, mon enquêteur entend toute une conversation). Puis à 20 h 30 du 06 (là, mon enquêteur entend la fin d’une conversation). Enfin, mon portable m’indique : ‘‘ votre connexion n’est pas sécurisée ’’. Sur ce dernier point, je n’avais aucun doute. Tout cela m’incite à penser que Monsieur Pierre-Gilles Bellin (…) est sous ‘‘ surveillance ’’. »

 Conclusion

Si certains croient que les administrations type DGSE ont pour pratique courante de tuer un compatriote sur le territoire national, je m’inscris en faux et souligne c’est en général en dehors des frontières, hormis lors de la guerre d’Algérie. Certes, il y a longtemps, quand le service « action » de la DGSE a voulu prouver qu’il était redevenu efficace, il en a résulté un bateau de Green-Peace coulé et un mort. Et puis, n'est-ce pas, c'était en Nouvelle-Zélande ! Comme le dit Bernard Bajolet lui-même, l’ex-numéro un de la DGSE mis à ce poste par François Hollande, la DGSE vise à empêcher, non à tuer, en tout cas le moins possible. Et je sais bien que dans la logique de son économie propre, des risques d'échec que cela représente, ce principe l'anime. Mais dans ma périphérie, que sais-je finalement ? Pas grand chose. A ceux qui me diront que les écoutes sont soumises, dans le cadre des lois sur le renseignement, au contrôle parlementaire, je m’inscris totalement en faux et je citerai ces propos de Florian Vadillo et Alexandre Papaemmanuel, les deux auteurs de Les espions de l’Elysée : le Président et les services de renseignement, qui soulignent une lacune grave : « Je prendrai un exemple, c’est l’échange des renseignements que nos services peuvent avoir avec des services étrangers : ces échanges-là ne sont soumis à aucun contrôle » (voir ici). En effet. Donc quand il y a eu écoute de mon enquêteur, c’est un service étranger qui les a effectuée. CQFD. Pour le reste, Florian Vadillo et Alexandre Papaemmanuel considèrent que les services secrets sont bien contrôlés par la petite commission parlementaire qui s’en charge : du point de vue du mon expérience personnelle, je dirai que l’essentiel reste sous la ligne. Je tenais à relater ces faits, même si j’ai conscience de ne pouvoir répondre dans mon cas particulier à l’exigence déontologique de la preuve.

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