Le western camarguais aux Rencontres d'Arles sous le sceau du Marquis de Baroncelli

Sam Stourdzé, l'homme qui sait parler à Maja Hoffmann, la Présidente de la fondation Luma et héritière des laboratoires Hoffmann Laroche a proposé sa deuxième édition des rencontres dans des lieux éclatés jusqu'à Marseille, Avignon et Nimes, faute d'avoir à sa disposition l'accès libre aux ateliers attribués à Luma pour son grand projet d'Art moderne. Il nous fait partager sa passion du western.

Sam Stourdzé, l'homme qui sait parler à Maja Hoffmann, la Présidente de la fondation Luma et héritière des laboratoires Hoffmann Laroche a proposé sa deuxième édition des rencontres dans des lieux éclatés jusqu'à Marseille, Avignon et Nimes, faute d'avoir à sa disposition l'accès libre aux ateliers SNCF attribués à Luma pour son grand projet d'Art moderne. Il nous fait partager sa passion du western. Retour à la tradition avec invitation de la Reine d'Arles et clin d'oeil aux gardians qui ont reprogrammé leur fête le 1er mai pour contrer celle des travailleurs. Le nouveau directeur est parfois commissaire comme pour l'exposition sur le western camarguais. Il y affiche alors son amour pour le cinéma populaire, Johnny et le western.

L'Eglise des prêcheurs, haut lieu des rencontres qui a vu passer des expositions majeures, comme celle d'Amos Gitai, se retrouve donc en 2016 tapissé de pastiche et de kitsch boboisé. Le seul texte concernant la Camargue est signé du Marquis Folco de Baroncelli, voir ci-joint, l'organisateur des codes vestimentaires des gardians et des rites camarguais, celui qui s'est rapproché de Buffalo Bill avec sa tournée européenne faisant l'apologie du génocide indien.

Le seul texte de l'exposition fait ainsi la part belle aux délires du grand propriétaire Baroncelli qui rebaptise Indiens, les Gitans de Camargue, laissant entendre que ses gardians cow boys mettaient la région à l'abri de leurs razzias. Il attribue dans son histoire révisionniste et fictionnelle aux Gitans le statut d'ancêtres lointains des Provencaux qui auraient été chassés par les Ibères et les Ligures et reviendraient "s'agenouiller sur le sol sacré de leur patrie". Nous sommes loin des récentes découvertes sur le passé celte des populations locales qui ont occupé le delta pendant des siècles avant la colonisation romaine. Aucun texte critique ne vient contre balancer ces billevesées dans l'espace de l'exposition. Les visiteurs du monde entier sont ainsi pris en otage de cette pensée raciste et réactionnaire. Rien ne nous est épargné pourvu que la culture reste du divertissement !

 Zeev Sternhell a écrit dans La droite révolutionnaire en 1973 à propos des dérives du Marquis et de ses amis : "Ces idées, en apparence politiques, rejoignent, quand éclate l’affaire Dreyfus, celles des nationalistes qui appellent à un « nettoyage national », par « épuration » des races, humaines, pour les uns (Maurras), animales, pour les autres (Baroncelli), « épuration » de la langue, pour d’autres encore (Mistral), tous partageant le credo des anti-dreyfusards « contre le conformisme, contre le confort bourgeois, contre une sorte de médiocrité et contre l’intellectualisme aride qui a donné naissance à l’âge du positivisme » 

D'après  Robert Zarestsky "En 1940, le régime de Vichy recherche l’adhésion des fédéralistes en faisant miroiter la division de la France en régions, en vertu de la fameuse formule « La terre ne ment pas »...En attendant, Vichy entretient l’illusion en flattant les régionalismes. En retour, Baroncelli flatte les autorités en organisant, pour elles, de nombreuses manifestations folkloriques. À la même époque, Baroncelli aurait apporté son soutien au camp de concentration pour Gitans de Saliers (près d’Arles)."

En Décembre 1940 Pétain visita Marseille et Toulon. Il s'arrêta à Arles et la presse collaborationniste écrivit : « Le spectacle est magnifique : d'un côté les gardians à cheval, dans leur costume pittoresque, de l'autre, les Arlésiennes à la coiffe si élégante, parées de leur robe aux couleurs vives et de leur châle chatoyant. Le chef des gardians offre au Maréchal la corde qui attache les chevaux de Camargue, 'symbole de leur attachement à la France et à sa personne' , pendant que dans la foule une brave vieille crie : " Que Dieu vous garde, Monsieur le Maréchal ". 

 

 

L'article du Monde se contente de faire la promotion de cette exposition sans relever que la position du Marquis de Baroncelli n'est aucunement mise en perspective: http://www.lemonde.fr/arts/video/2016/07/10/rencontres-photos-d-arles-la-camargue-terre-inconnue-de-westerns_4967172_1655012.html

Le texte affiché à l'Eglise des Frères-Prêcheurs dans l'exposition Western camarguais

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