Omerta sur l’agression de deux jeunes photographes à Arles

Droit d’informer, droit de savoir pour reprendre les termes choisis par Edwy Plenel pour sa conférence du 9 juillet dans le cadre du festival des Suds à Arles. Une ville surmédiatisée pendant ce festival et les Rencontres de la photo dans lesquelles il n’a pas été question de graves violences potentiellement homophobes commises sur deux jeunes photographes une semaine plus tôt.

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En particulier du 2 au 8 juillet pour la semaine d’inauguration people avec des vernissages, des événements partout et deux conférences de presse en présence de la Ministre de la Culture, du Président de la Région PACA, du Maire, et des responsables des Rencontres de la photographie.

Le 24 juin, deux jeunes hommes dont un Argentin étudiant  à l’Ecole nationale supérieure de photographie, se baladent sur les quais du Rhône en contrebas du centre historique. Depuis la superbe restauration des quais en pierre, c’est un des lieux favoris des Arlésiens pour profiter de la fraîcheur et de la vue du fleuve en soirée. De nombreux jeunes qui n’ont pas les moyens de se payer des consommations aux terrasses des cafés ou qui préfèrent l’air libre s’y rencontrent pour boire des bières, discuter et flirter.

Ce jour là, vers 21 heures un petit groupe vient quémander des cigarettes aux deux jeunes hommes. Ces derniers en distribuent quelques unes pour avoir la paix. Le groupe s’installe à distance et les observent. Quand il les voit s’embrasser, il réagit violemment, revient vers eux, pousse violemment les deux jeunes. L'un arrive à se maintenir sur la partie haute du quai tandis que l'autre, le photographe argentin, tombe 4 mètres plus bas sur la plaque de béton au bord du Rhône et finit sa chute dans les eaux tumultueuses du fleuve. Malgré de graves blessures, il arrive à se hisser hors de l'eau pour attendre les secours. Conduit à l'hôpital, il est opéré et le bilan est le suivant : un pied et deux dents cassés, une entorse à l'autre cheville, une incapacité de travail pendant plusieurs mois. Pendant ces violences un portable a disparu. (voir le reste des faits dans l’article de Komitid).

Sur son lit d’hôpital, le jeune Argentin a été entendu par la police qui a refusé de retenir le caractère homophobe de l’agression sous prétexte que ni les victimes ni les témoins n’ont fait état de proclamations d’injures homophobes.

Jusqu’au 3 juillet ces violences n’ont fait l’objet que d'un communiqué de presse des élèves de l'Ecole nationale de photographie et d’un article sur le site web Komitid.

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Après que Raphaël Gérard le député LREM a interpellé le Ministre de l’intérieur sur le refus de la police de retenir le caractère homophobe de l’agression Libération et le journal La Provence (en version papier) ont fait des brèves le 5 juillet.

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 A ce jour les seules réactions connues de la Mairie d’Arles ont été deux tweets de Nicolas Koukas, adjoint au Maire, un le 4 Juillet pour relayer l’article de Komitid et un autre le 6 juillet : 

« 2 jeunes garçons ont été violemment agressés à #Arles La lutte contre toute forme de discrimination, la prévention des actes homophobes sont des combats que les Arlésiens doivent porter tous ensemble. Selon un récent rapport, les agressions homophobes ont augmenté de 15% en 2017 » 

 Quant à moi, j’ai été informé de cette agression par un message venant d’une amie argentine le 9 juillet à minuit.

 Très étrange impression de passer quinze jours dans une ville comme Arles avant de savoir qu’une violente agression, sans doute homophobe, a été commise au bord du fleuve. Le centre historique plein de galeries, de restaurants et d’hôtels accueille un flot continu de festivaliers et de touristes qui s’informent, se cultivent, sont censés réfléchir à partir d’images sur toutes les problématiques du monde contemporain et font la fête.

Est-ce pour cela qu’il ne faut pas les perturber avec une actualité brûlante ? Faut il du temps pour empaqueter les problèmes dans une enveloppe artistique et culturelle et les faire digérer aux festivaliers sans conséquences politiques ?

Contacté par Komitid, une source proche de l’enquête policière a dit : « Arles est une ville de culture et une ville touristique, elle est très ouverte sur les questions de moeurs. Les vols de portables sont très courants, par contre, il est vraiment plus probable que ce soit la motivation de cette agression ».

Alors, il ne s’agit pas de stigmatiser les groupes de jeunes sur les quais ni de provoquer une paranoïa dans la population, pourtant toujours Komitid a retrouvé d’autres élèves de l’école qui ont subi il y a peu des agressions avec des injures homophobes.

Il s’agit d’informer le plus largement possible pour susciter des débats et faire en sorte que les jeunes susceptibles de commettre des violences sur ceux qui sont différents de leurs propres identités repliées sur elles mêmes ne vivent pas comme des reclus.

Beaucoup de concerts sont gratuits pendant l’été et les Rencontres le sont aussi pour les Arlésiens, mais il faut des espaces de dialogue pour que les réalités des uns et des autres puissent cohabiter.

Ce n’est pas en arrangeant l’histoire et l’actualité pour les rendre présentables qu’on résoudra les conflits comme dans la soirée Klein Cohn Bendit Burger du 5 Juillet. Après une mini rétrospective excellente de William Klein qui n’a peut-être eu qu’un seul tort, c’est de participer à rendre célèbre Cohn Bendit en le photographiant, on a eu droit à une séance d’iconoidolatrie du squatter de mai 68.

En avant propos et avec ironie, une image du débarquement de juin 44 a été évoquée comme l’origine de Dany procréé pour fêter l’événement. On se disait bien que les Américains n’étaient pas étrangers à ses élucubrations. On a eu le droit à toutes les images sur la Hongrie et la Tchécoslovaquie qui permettaient de déverser son refus de toute forme de communisme. Après un détour par la lutte contre la guerre du Vietnam emblématique du rôle que peuvent jouer les images pour montrer une réalité et susciter des mouvements de protestation, une photo d’un concert de Joan Baez fut l’occasion de dénigrer les mouvements gauchistes pas assez pacifistes à son goût malgré leur plein engagement dans la dénonciation de l’intervention américaine. Rien n’a été dit sur la lutte des combattants vietnamiens. Le Che Guevara comparé à lui pour son sourire fut rejeté comme un partisan du totalitarisme. Les images de mai 68 ont achevé la réécriture de l’histoire avec son sourire qu’il a qualifié lui-même de soleil des événements. Aucune photo de la plus grande grève de l’histoire sociale française. Quand la salle lui en fit la remarque, il prétendit qu’il ne pouvait pas parler de ce qu’il n’avait pas vécu personnellement, ce qui devrait restreindre considérablement son champ d’expression. Une photo poignante de son éternel plaidoyer pour une fédération des Etats-Unis d’Europe dans la prolongation des traités qu’il a toujours soutenus et une dernière séquence sur la crise des migrants et leur naufrage en Méditerranée avec le bébé mort sur la plage, mais pas de photos sur l’Aquarius rejeté par son ami Macron. Quand la salle de nouveau l’interpella sur ses indignations incohérentes avec son soutien au Président, il prétendit ne pas être d’accord avec la politique du gouvernement français. Il fallait insister pour qu’il prononce le nom de Macron, mais il y a été obligé pour commenter l’inénarrable scène de son film réalisé avec son complice Goupil : les trois compères débattant dans un café pour savoir si il fallait filmer la rencontre à l’Elysée ou ailleurs. Circulez, il n’y a rien à voir. On vous refait l’histoire sur grand écran et contentez vous en.

Mais le 24 juin à Arles, il s’est passé quelque chose ?

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