Une nouvelle Assemblée pour un nouveau contrat social

37 millions de confinés ont écouté le Président réciter un discours de compassion communicationnelle après son ode du 12 mars au changement radical de politique concevable seulement après la légitimation d'un vote par tous les citoyens et donc d'une dissolution de l'Assemblée nationale.

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Depuis nos cellules de confinement plus ou moins luxueuses, nous avons ingurgité puis digéré l'allocution du 13 avril du PR, comme on le dit dans certains cercles. Propre sur lui, une gravure de mode, jouant son texte avec un regard et une veste bleue horizon habituelle mais particulièrement de circonstance et en phase avec ses références guerrières. Pour sa quatrième intervention en deux mois de crise sanitaire aiguë, le registre était celui de la compassion communicationnelle. Une série de phrases ciselées par les rédacteurs publicitaires qui l'entourent pour occuper la plus haute fonction de l'état. Pas une conférence de presse, comme le font d'autres chefs d'état avec des questions parfois dérangeantes les obligeant à sortir des discours conventionnels et à trouver au fond d'eux-mêmes des formules plus personnelles. Son discours sonnait aussi faux et creux que les formules marketing imposées aux salariés dans les restaurants et commerces américains. On y entend les serveurs et les vendeurs lancés des « How are you to-day ? » pour prendre des nouvelles de la santé de clients qu'ils voient pour la première fois et dont ils ne savent rien.

Nous avons entendu des remerciements formels adressés à ceux qui sont au front pour réaffirmer la métaphore guerrière « Nos fonctionnaires et personnels de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers, secouristes, nos militaires, nos pompiers, nos pharmaciens ont donné dans cette première ligne toute leur énergie pour sauver des vies et soigner. Ils ont tenu. »

Sur la deuxième ligne, « nos agriculteurs, nos enseignants, nos chauffeurs routiers, livreurs, électriciens, manutentionnaires, caissiers et caissières, nos éboueurs, personnels de sécurité et de nettoyage, nos fonctionnaires, nos journalistes, nos travailleurs sociaux, nos maires et élus locaux » 

Sur la troisième ligne, « chacun d'entre vous par votre civisme, en respectant les règles de confinement, grâce aussi à la vigilance de nos policiers et de nos gendarmes. »

 

Mais, nous n'avons pas choisi sa guerre et si guerre il y a, il est indéniable que l'Etat-major a failli en ne prenant pas la mesure de la crise à son début, qu'il n'a pas réquisitionné les moyens de production pour faire face à la pénurie d'équipements sanitaires, de lits de réanimation, de masques, d'appareils respiratoires, de tests dont sont responsables les gouvernements précédents mais aussi l'actuel en place depuis trois ans.

 

Quelques autocritiques ont suivi « Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances. » tout de suite atténuées par le « comme tous les autres pays » alors qu'il est patent que certains ont su beaucoup mieux épargner leur population que d'autres.

Dans les réactions positives de la pesse et de quelques commentateurs, on croit reconnaître les effets du syndrome de Stockolm. Confinés, donc assignés à résidence et sous la menace des attaques du virus, ils prêteraient des vertus à leur gardien et seraient émerveillés que de sa toute puissance, il leur annonce le jour de leur libération.

Mais patatras, il nous a surtout annoncé que pour relancer l'activité économique, il faudrait envoyer en première ligne, les plus jeunes d'entre nous et leurs professeurs dans les écoles sans tests réservés à ceux qui ont des symptômes.

Encore une mesure qui va à l'encontre de la protection des Français et qui favorise le retour à l'emploi des parents libérés des gardes de leurs enfants pour la production et la création de richesse toujours aussi inégalitaire.

Il entonna même une petite phrase tiers-mondiste sur son souhait d'annuler la dette africaine pour permettre au continent de faire face à la crise. Ce jour, 15 avril, nous apprenons que le G20 a décidé, sur recommandation du FMI et la Banque mondiale qui demandaient dès mars l’annulation ou un rééchelonnement de la dette, un moratoire du service de la dette des pays les plus pauvres (c'est à dire du payement des intérêts), laissant à chaque pays dont la France, le loisir d'annuler la dette des pays dont ils sont créanciers. Nous verrons ce que décident l'état français et donc le Président à ce sujet.

 

Dans son intervention du 12 mars, il avait fait une profession de foi complètement opposée à sa pratique gouvernementale depuis trois ans.

"Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens." 

Réveillons nous de la torpeur provoquée par cette pandémie et du fond de nos cellules de confinement, après avoir constaté qu'à ce jour la France est le quatrième pays au monde avec le plus fort taux de mortalité par habitant derrière l'Espagne, l'Italie et la Belgique, réfléchissons pour comprendre comment nous sommes nous retrouvés dans cette situation ?

Nous savons que l'occupation de la France en 1940 par le régime nazi a été considérablement favorisée par des forces politiques françaises qui préféraient Hitler à Staline et qui ont largement saboté la défense nationale, en particulier lors de la percée de Sedan.

Dans cette lutte contre la pandémie, devant tant de failles et de retards dans la mise à niveau des équipements sanitaires nécessaires pour protéger les personnels de santé, les travailleurs et toute la population, on peut se demander si cela ne sert pas les pratiques de resserrement du contrôle de la population et d'applications de mesures d'austérité et de baisse de la protection sociale appliquées par ce Président depuis le début de son mandat.

La première mesure en temps de pandémie le 29 février 2020 n'a-t-elle pas été lors d'un conseil des ministres exceptionnel dédié au coronavirus, de brandir le 49.3 pour faire passer sans vote du parlement la réforme très contestée des retraites ?

 

Comment expliquer que des différences énormes des pourcentages de décès en hôpitaux entre les départements ne soient pas analysés avec soin, au delà des saturations dans les zones où le virus a frappé en premier pour établir si les traitements administrés sont plus efficaces dans certains endroits que d'autres ?

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Comment se fait-il que les études appliquant les méthodes scientifiques et chargées d'évaluer l'efficacité de chacun des traitements dont la plus importante Discovery n'intègrent pas le protocole de l'IHU Méditerranée qui donne de bons résultats et sauve des vies ? Sous la pression, Montpellier et Angers auraient pris en compte ce protocole pour de futurs études.

 

Le journal Le Monde du 15 avril nous indique que l'entourage du chef de l'état a mis sur la table les différentes options pour l'après pandémie : la démission du premier ministre et un remaniement à l'intérieur de la famille politique engagée derrière le Président, un gouvernement d'Union nationale pour lequel il consulte surtout la droite, Nicolas Sarkozy et Gérard Larcher et la dissolution de l'Assemblée nationale.

Ce n'est pas en allant chercher Nicolas Sarkozy et même François Hollande que le Président peut regrouper des forces politiques susceptibles d'apporter les changements pour une refondation du pacte social et républicain.

Pour mener une politique réellement différente et opposée à celle qui a été conduite pendant 3 ans sur les services publics, en particulier pour la santé, l'éducation mais aussi les infrastructures sensibles, comme les aéroports, pour cesser les attaques continues contre ce qu'on appelle l'état providence qui est la protection sociale importante pour le contrat social entre tous les citoyens, et pour reconstruire une industrie nationale et européenne dans le cadre d'une vraie transition écologique, il faut que les citoyens puissent librement choisir leurs représentants qui en fonction des poids respectifs de chaque groupe politique formeront un gouvernement de transformation.

Le Président a choisi de faire référence à un texte de la révolution de 1789 : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ».  Il faut qu'il commence à se l'appliquer à lui-même.

 Le calendrier de cette dissolution et des élections à suivre devra dépendre de l'évolution de la pandémie pour que la campagne électorale et le vote se fassent dans des conditions acceptables pour la protection de tous.

Pétition pour la dissolution de l'Assemblée nationale

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