Macron, entre révisionnisme historique et amateurisme

Comment Macron peut-il autant travestir l’histoire ? Cela frise le révisionnisme. Est ce pour faire plaisir à son soit-disant mentor Paul Ricoeur qui dans La mémoire, l'histoire, l'oubli mettait en garde contre le "trop de mémoire" ? Macron veut réécrire l’histoire pour en faire son roman national intime.

Comment Macron peut-il autant travestir l’histoire ? Cela frise le révisionnisme. Est ce pour faire plaisir à son soit-disant mentor Paul Ricoeur qui dans La mémoire, l'histoire, l'oubli mettait en garde contre le "trop de mémoire" ?

Macron veut réécrire l’histoire pour en faire son roman national intime.

Pour se mettre dans les pas de de Gaulle, il a commencé sur TF1 le 27 avril 2017 par associer le Front National aux attentats perpétrés contre de Gaulle dans les années soixante. « Elle (Marine Le Pen) défend les couleurs d'un parti qui a conduit des attentats contre le général de Gaulle. »

Cinq attentats ont été perpétrés contre de Gaulle entre 1961 et 1964, dont le plus célèbre au Petit Clamart le 22 août 1962 et le Front national a été créé 10 ans après en 1972. 

L’OAS d’extrême droite refusait violemment l’indépendance de l’Algérie. 
Si de nombreux membres et sympathisants de l’OAS ont intégré le Front National comme Pierre Sergent, son premier Président Jean Marie Le Pen n’a pas officiellement été membre de l’OAS. Par contre on trouve sur son site web qu’"en 1957 il fonda le Front National des Combattants (FNC) et organisa une caravane d’été « Algérie française » autour du littoral français en août. En 1958, le Front National des Combattants ayant été dissous par le gouvernement, il fonda le Front National Combattant.  Quand celui-ci fut dissous après les barricades d’Alger en 1960, il fonde le Front National pour l’Algérie Française lui-même dissous en 1961 lors du putsch des Généraux.

Si Macron voulait mettre en évidence les origines d’extrême droite du parti de Marine Le Pen, il pouvait mentionner le passé des partisans de l’Algérie française, fondateurs du Front National sans dire une contre vérité sur l’organisation des attentats par ce même parti, ce qui est contre productif, parce que facilement démontable.

Et pourquoi ne pas évoquer une des mesures du programme du Front national comme la préférence nationale dans les emplois qui est contraire aux valeurs républicaines françaises en créant une discrimination entre les résidents légaux sur notre territoire.
Pourquoi ne pas évoquer les liens systématiques faits par le Front National entre l’immigration et l’insécurité ? Pourquoi ne pas évoquer tous les dérapages racistes et islamophobes des candidats FN ? voir le recensement fait par Libération.

 Le lendemain, 28 avril 2017, à Oradour sur Glane où la division SS Das Reich a massacré 642 habitants civils le 10 juin 1944, Macron a déclaré : "Nous ne devons pas oublier que c’est de là, c’est d’Oradour que vient notre fierté républicaine, le CNR qui a construit nos équilibres, notre force et le projet européen." 

Erreur factuel : comment le massacre d’Oradour sur Glane perpétré le  10 juin 1944 aurait pu inspirer le programme du CNR, conseil national de la Résistance rédigé en 1943 et adopté en mars 1944 ?

Par ailleurs, en quoi l’extermination de la population, hommes, femmes, enfants, d’un village par des SS nazis aurait donné naissance à la fierté républicaine française ? De ne pas avoir commis les mêmes actes ? L’armée française a commis des massacres dans ses colonies à de nombreuses reprises. La police parisienne a massacré plusieurs dizaines d’Algériens en octobre 1961, etc…

Ce massacre ne devrait être évoqué que pour analyser les limites à imposer aux forces de l’ordre et à l’armée pour que l’ordre républicain soit respecté et que le massacre de civils et d’ « innocents » soit évité.

Le projet européen est régulièrement mentionné comme moyen de maintenir la paix sur le continent entre des nations tant de fois en guerre entre elles, mais c'est bien la législation reconnaissant la notion de crime contre l’humanité qui a dû prendre l’opération d’Oradour sur Glane parmi d'autres comme référence. C’est le tribunal de Nuremberg en 1945 qui instaura ce concept juridique de crime contre l’humanité. Il faut rappeler que l’état français a retardé la reconnaissance de ce type de crime pour éviter d’être mise en cause en Algérie et ailleurs et ce n’est qu’un article du Nouveau Code pénal, promulgué en 1994 sous le ministère de Robert Badinter, qui mit le crime contre l'humanité au nombre de ceux réprimés par le code pénal. Il déclara ces crimes « imprescriptibles par leur nature ».

Quant au programme du CNR mentionné par Macron à l’occasion de son intervention à Oradour sur Glane, même si a rédaction ne doit pas beaucoup à ce massacre, on attend de lui qu’il ne mène pas une politique visant à démanteler ses principes.

Macron a récidivé dans ses approximations historiques le 16 juillet 2017 en décrétant que « La France était responsable de la rafle du vél d’hiv.

Cette confusion malheureuse entre l’état français au pouvoir en 1940 et la France, ce pays qui depuis sa révolution de 1789 considère que la nation est l’expression politique de son peuple fait assumer à l’ensemble de la population française des crimes perpétrés par le régime de Vichy. Celui-ci s’est pourtant délibérément situé en dehors du cadre de la République en concentrant tous les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires entre les mains du Maréchal Pétain et en faisant de fait un régime dictatorial. Toutes les lois constitutionnelles de la IIIème République ont été abrogées par le vote du parlement du 10 juillet 1940 et  Pétain a promulgué des lois constitutionnelles suspendant les activités des chambres parlementaires.

De Gaulle n’a jamais admis que la France était représentée par Pétain. Il considérait de manière discutable l’incarner à lui tout seul à Londres. Mais le peuple français et donc la nation étaient aussi représentés, surtout pour les valeurs de la République, par les résistants de l’intérieur et ceux qui ont sauvé les juifs du génocide. Même si ils étaient peu nombreux, il est insultant de considérer que la France était exclusivement représentée par ce régime dictatorial et fasciste de Vichy. Voir la tribune du grand résistant communiste Léon Landini 

Pour finir temporairement ce relevé du révisionnisme macronien, il faut citer la visite effectuée aux Invalides avec Trump le 13 juillet 2017.

Elle était justifiée par la commémoration de la présence au côté de l'armée française des troupes américaines lors des deux guerres mondiales. Ils se sont recueillis devant les plaques honorant les maréchaux français de Lattre de Tassigny, Juin, Leclerc, ayant mené les combats à  la fin de la seconde Guerre mondiale et devant la tombe du maréchal Foch, "l'homme qui conduisait les forces alliées il y a cent ans lorsque les États-Unis sont entrés en guerre. »

Ensuite Macron, fasciné par Napoléon Ier, comme on a pu le voir entre autres le 7 mai 2017, le soir de son élection quand il a fait son discours dans la cour du Louvre sur l’axe napoléonien, n’a pas résisté au plaisir d’entraîner Trump devant le tombeau de Napoléon. Ils passèrent d’abord devant une statue de Napoléon représenté en Jupiter pour "hausser les débats" puis Macron évoqua les grandes batailles gagnées par Napoléon et les difficultés rencontrées en Russie.
Ils ont enchaîné sur les pertes soviétiques pendant la deuxième guerre mondiale et Macron a évoqué le chiffre de 1 million de morts. Stupéfiant quand on sait que les historiens ont retenu plus de 20 millions de morts pour l’Union Soviétique pendant la deuxième guerre mondiale. Une occasion sûrement de minimiser encore une fois le rôle de ce pays communiste dans la victoire contre le nazisme.  

 Trump interviewé par le New York Times à son retour aux Etats-Unis a déclaré à propos de sa visite du tombeau de Napoléon :

"Napoléon a plutôt mal fini. Alors j'ai demandé au président, qu'en est-il de Napoléon? Il a dit: "Non, non, non. Ce qu'il a fait était incroyable. Il a redessiné Paris. Le quadrillage des rues, la manière dont elles sont agencées, vous voyez. Il a fait tant de choses et bien plus encore." voir article du Huffington Post.

Extraordinaire Macron, tout à sa passion impériale, il attribua à Napoléon Ier la restructuration de Paris menée par son neveu Napoléon III par l’intermédiaire du Baron Haussmann qui traça de grandes avenues pour faciliter les charges de cavalerie et le tir au canon contre la population en révolte, au cas où les événements des révolutions de 1830 et 1848 se répéteraient. Par ailleurs, les fameux immeubles haussmanniens si nombreux dans Paris ont donné lieu à de vastes opérations spéculatives.

Quitte à évoquer l’héritage de son héros Napoléon Ier, Macron aurait pu mentionner quelques autres réalisations politiques moins discutables comme le Code civil promulgué en 1804 et restant encore la base du droit civil français ou  la création du corps de précepteurs et contrôleurs pour assurer une collecte d'impôts stable et égalitaire ou encore la création de La Banque de France publique en 1800 pour émettre la monnaie, le franc germinal, à la place d’organismes privés.

A si mal connaître l’histoire de France ou à vouloir la réviser suivant ses intérêts ou ses caprices, on se demande comment il pourrait élaborer une politique intérieure et une stratégie internationale justes.    

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