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Lors du procès en Appel de 2011, les conclusions des avocats de la société Grande Paroisse ont lancé la piste de la nitrocellulose suite à l'explosion spontanée du 13 décembre 2011 survenue à la société Saica Pack à environ 1 km d'AZF, explosion issue des résidus de poudres sous les anciens terrains militaires de la Poudrerie Nationale.

1/ L'explosion du 13 décembre 2011 à Saica Pack

Un événement exceptionnel a eu lieu le 13 décembre 2011 au soir dans la société de cartonnage Saïca Pack situé dans la zone industrielle du Chapitre. Une énorme explosion a soulevé et détruit une dalle au point de créer un grande cratère de plus de 20 m2 et de méchamment abîmer un gros stockage de rouleaux de carton dans ce bâtiment fermé de Saica Pack.

La préfecture s'est précipitée pour contrôler et effectuer l'enquête auprès de la direction de Saica Pack... sans autre interlocuteurs. L'ingénieur en chef du Laboratoire de la Police Scientifique de Toulouse, Dominique Deharo, déjà nommé parmi les principaux experts judiciaires d'AZF a été chargé de déterminer si les stabilisants qui accompagnaient la poudre trouvée sous cette dalle avaient été consommés. Il a dû conclure que oui et que donc le coton poudre s'était retrouvé dans un état instable propre à pouvoir exploser sous certaines conditions.

Le directeur du Cabinet du Préfet de Haute-Garonne, Maurice Barate, précisa que sous la dalle de Saïca Pack, les enquêteurs avaient retrouvé de la nitrocellulose sous forme de petits cylindres. Voici un exemple de ces petits cylindres que l'on peut retrouver en grand nombre au bord de la ballastières no 2 et également en dehors des zones militaires clôturant le secteur des ballastières suite aux crues successives depuis 1920.

A la fin du procès en Appel de 2011-2012, le cabinet d'avocats Soulez-Larivière de la société Grande Paroisse, propriétaire de l'usine AZF et filiale de Total, a déposé des conclusions dans le but d'informer la cour d'Appel de l'affaire AZF-Toulouse et d'obtenir de nouvelles informations et recherches sur la piste des explosions dues à des résidus militaires comme celle survenue le 13 décembre 2011. Note Nitrocellulose et Note Lutfalla

En 1915, le site d'AZF et toute la zone sud de Toulouse autour de la Garonne était occupés par une immense poudrerie : La Poudrerie Nationale de Toulouse (PNT).

 

En 1924, démarra sur une partie de ces terrains la construction de l'ancêtre d'AZF, l'ONIA (Office National de l'Industrie de l'Azote) mais la majeure partie de ce territoire resta sous contrôle militaire jusqu'aux années 1950-60. Aujourd'hui encore la société Héraklès du groupe Safran, l'ex-SNPE (Société Nationale des Poudres et Explosifs), usine voisine fabricant les carburants pour Ariane et les missiles, dépend directement du ministère de la Défense, et une grande partie des terrains militaires bordant AZF ont été reconvertis, soit dans l'immense Cancéropôle avec diverses zones d'activités autour, soit dans une zone verte qui fait le bonheur des sangliers, des milans et des lapins.

Mais les vagues successives de dépollutions, depuis la fin de la première guerre mondiale en 1918 ont été plus que bâclées, voire même tenues secrètes.

La zone industrielle du Chapître qui a émergé dans les années 70 au Sud-Ouest d'AZF, s'est installée sur d'anciens stockages de poudres que l'on voit nettement sur la photographie aérienne de la Royal Air Force de 1944 superposée avec la photographie aérienne de la Ville de Toulouse du 27 septembre 2001 fournie par Aeroscan pour les besoin de l'enquête.

 

2/ Une enquête bien incomplète...

La société Saica Pack est située juste à côté de l'impact d'un obus de 1944 qui a provoqué l'explosion d'un stockage de poudres et la formation d'un très grand cratère à moins de 100 m de cette société. Deux stockages voisins semblent avoir aussi subi des dommages.

Cette coïncidence géographique n'a jamais été révélée par la préfecture de Haute-Garonne au directeur de Saica Pack qui ne connaissait pas ces photographies avant que je ne les lui montre, mais cette coïncidence pourrait expliquer la dispersion importante de poudres dans ce secteur et mettre en lumière l'inconséquence des autorités nationales et municipales quant au contrôle de la dépollution militaire depuis un siècle.

L'explosion a eu lieu à 1800 mètres du cratère d'AZF. Il a fallu attendre 3 mois pour que, fin février 2012, la préfecture de Haute Garonne révèle le détail de cette explosion et de l'hypothèse la plus probable de son origine... mais il y a un très gros hic dans ses explications.

Si une explosion spontanée de poudres peut avoir lieu en sous-sol suite à la perte de ses composants stabilisateurs et au fait que la dépollution a été plus qu'imparfaite, pourquoi ne pas fermer ou tout au moins établir un énorme contrôle de toutes les zones d'activités qui, comme Saica Pack, ont pris place sur ces terrains militaires depuis les années 70... ?

Pourquoi la préfecture est-elle certaine depuis décembre 2011 que cela ne recommencera pas dans le secteur ? Pourquoi n'a-t-elle alerté personne depuis, et notamment les associations de quartier qui demandent depuis des années beaucoup plus de transparence et d'efficacité pour la dépollution de tout l'ancien site militaire de Toulouse.

Avec de telles explications d'explosion spontanée, et les énormes carences dans les informations géographiques militaires sur tout ce qui existait au sol et en sous-sol dans cet immense secteur qui incluait AZF, comment être sûr que cela ne se produira pas de manière similaire ou sous d'autres formes encore plus terribles... et cet événement de 2011 pourrait-il au moins en partie expliquer, dans sa forme, l'explosion du tas d'ammonitrate du hangar 221 d'AZF ?

La spontanéité annoncée de cette explosion de 2011 est plus que suspecte, d'autant qu'à moins de 200 mètres de là, un immense poste électrique 225/20 kV en chantier (poste du Palayre) était déjà bien avancé et allait remplacer les vieillissantes installations de ce carrefour de la zone du Chapître.

 

A ce niveau, étrangement, personne n'a cherché à vérifier les incidents électriques pourtant nombreux depuis 2011 dans la zone sud de Toulouse. La préfecture et les experts sollicités n'ont apparemment jamais eu l'intention de vérifier les possibles perturbations du réseau électrique dans les heures qui ont précédé l'explosion de Saica Pack.

L'hypothèse d'un incident électrique a été pourtant la première à avoir été émise par les pompiers qui sont intervenus sur le site... elle a même, fait l'objet d'un petit article de la Dépêche du Midi le 15 décembre 2011, article introuvable dans ses archives du net, et mettait en avant un incendie mais pas l'explosion et le soulèvement de la dalle pourtant antérieurs et révélés beaucoup plus tard fin février.

Personne n'a cherché à vérifier l'existant des anciens réseaux électriques militaires encore conducteurs en souterrain qui ont tous été tenus dans le silence depuis des années...

Tout va bien ! Ca saute spontanément, chimiquement et localement ! Mais... oh grand jamais..., le réseau électrique moyenne et haute tension d'EDF et de EDF-RTE ne saurait être mis en cause que ce soit en 2001 ou en 2011 !

 

3/ Un plan militaire de 1917 inexploité et inexpliqué...

Le dossier judiciaire et le procès en appel de l'affaire AZF-Toulouse ont révélé à la fois d'énormes carences d'informations sur les plans de toutes ces installations avant les années 1950, une méconnaissance effrayante de toutes les phases de dépollution depuis 1918, mais ils ont révélé aussi l'existence de grands réseaux apparemment souterrains traversant du sud vers le nord ce secteur. Comme le montre le plan militaire de 1917, une de ces galeries (trait épais noir) passerait sous le cratère d'AZF... !

Cette information a été volontairement ignorée des experts judiciaires Valérie Gouetta et Jean-Yves Nicolas de Lamballerie qui ont dû avouer au procès en Appel, devant les parties civiles, qu'ils ignoraient la signification de ces traits noirs sur le plan qu'ils avaient pourtant eux mêmes introduit dans leur rapport !

Bref... le passif militaire de Toulouse Sud ne semble pas du tout avoir été sérieusement étudié, vérifié et nettoyé... l'armée n'ayant pas totalement quitter les lieux, l'usine SNPE produisant des produits stratégiques, l'Etat ne voulant surtout pas se ruiner dans ces dépollutions hasardeuses... n'a-t-on pas préférer ne pas savoir et laisser les choses s'entasser au point d'oublier que de nombreux réseaux électriques conducteurs souterrains et des réseaux de canalisations diverses n'ont jamais été retirés sous une grande partie de ces terrains....?

4/ Un secret bien gardé au fond d'un ancien lac !

Pire...! De 1918 à 1922, des stockages énormes d'obus non utilisés par les alliés ont été déversés tels que dans une première ballastière, appelée depuis peu "Ballatière 0", juste au sud-est de l'usine AZF à côté de sa station de pompage dans la Garonne et aujourd'hui à moins de 200 mètres des bâtiments du Cancéropôle !

 

Cette "Ballastière 0" a été rapidement et secrètement comblée dans les années 20 avant que l'armée ne procède à un traitement officiel (décret de Juillet 1921) et mieux maîtrisé de la nitrocellulose avec stockage immergé dans les 4 autres ballastières existantes (numéros 1 à 4) . Mais quid des milliers d'obus à deux pas du cancéropôle discrètement transférés entre 1918 et 1922 ? Silence total la dessus : 4 ans d'archives sont totalement silencieuses la dessus...! La municipalité et les représentants de l'Etat, bien entendu, se reposent sur les dires invérifiables de la Direction Générale de l'Armement et n'ont jamais essayé de rechercher la vérité sans passer par ces représentants du Ministère de la Défense.

La DGA a fait croire à une étude pour vérification en 2010 mais rien n'a été réalisé en réalité et ce stockage dort toujours à plusieurs mètres sous terre sous une forêt de peupliers à deux pas du nouveau Cancéropôle.

Conclusion...

Mensonges, omissions, dissimulations,... la Grande Muette a plus que sa raison d'être dans cet univers oublié : la raison d'Etat !

 

 

 

 

 

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Conclusion...

Mensonges, omissions, dissimulations,... la Grande Muette a plus que sa raison d'être dans cet univers oublié : la raison d'Etat !

 ON  NE  NOUS  DIT  PAS  TOUT.