AZF : La logique "faible" des juges d'Appel Huyette et Le Men Régnier

Voici l'extraordinaire paragraphe page 174 et 175 des juges Michel Huyette et Maryse Le Men Régnier sur l'interprétation des témoignages de l'affaire AZF-Toulouse (je ne peux imaginer que le président de la cour d'Appel, Bernard Brunet, tenant compte de sa très longue expérience judiciaire, n'ait signé ce genre de jugement "indigeste", probablement écrit par le juge Michel Huyette, sans y avoir été contraint par une majorité de 2 sur 3) :


Les témoignages

La défense soutient que des témoignages particulièrement significatifs (ceux de Mme ROCHOTTE, de Mme DESSACS, de M. MARTINEZ parmi de très nombreux autres) confirment l'existence de deux phénomènes acoustiques et visuels distincts. La défense invoque les nombreux témoignages de personnes situées à l'intérieur d'un cercle d'un rayon de 500 mètres à partir de l'épicentre de l'explosion et qui ne pouvaient donc pas percevoir deux événements sonores différents de la même explosion. Elle n'entend pas pour autant trouver dans ces phénomènes des causes explicatives de
l'explosion et elle ne soutient pas que ces phénomènes sont en relation causale avec l'explosion.
Les enquêteurs ont recueilli de nombreux témoignages de personnes proches ou éloignées du bâtiment 221 et qui ont expliqué ce qu'elles ont ressenti, entendu et vu.

L'absence de cohérence des témoignages entre eux.

La cour constate qu'il n'existe aucune cohérence générale entre les divers témoignages.
Les descriptions des effets visuels et des sons ne sont pas cohérentes quand bien même les témoins auditionnés étaient situés à proximité, dans le même lieu, dans la même pièce.
Ainsi l'analyse de leurs déclarations met en évidence des divergences entre les témoignages de personnes se trouvant pourtant ensemble dans des lieux divers : au stade de Valmy, (à l'ouest du cratère), dans le magasin Bricomarché (à plusieurs kilomètres au sud-ouest du cratère), dans un bureau de la société GRAVELEAU (à 2km de l'usine à l'ouest), dans un bureau de l'institut de génie chimique (à plusieurs centaines de mètres au nord-est du cratère), dans le bureau B 112 de Mme AUTISSIER (à 700 ou à 800 mètres au sud de l'usine), dans le bureau de M. MALACAN (à quelques centaines de mètres au sud de l'usine), dans le bâtiment I8 (à 600m environ du sud du cratère), dans une pièce du laboratoire central (à 700m au sud du cratère), sur la route d'Espagne (à 800m environ au sud/ouest du cratère), dans la salle de commande de l'atelier ammoniac (à 800m environ au sud du cratère), dans le bâtiment NN (situé à 50m du cratère), devant le domicile de Mme RIVES (situé à 1800m au nord du cratère), dans un bureau du lycée GALLIENI (situé à 450m au nord du cratère).
Par ailleurs, les témoignages ne sont pas cohérents par rapport à l'intensité et au nombre d'explosions.
S'agissant des sons les témoins ont fait état, notamment, d'un grand boum, d'une explosion sourde, d'une explosion unique, d'une seule explosion énorme, d'une unique et gigantesque explosion, d'une grande et unique explosion, d'une explosion très sèche, d'une explosion monstrueuse, de deux explosions, d'une explosion suivie d'une détonation, d'une détonation suivie d'une explosion, d'une explosion suivie d'une déflagration, de deux déflagrations très proches, de deux détonations, d'un énorme bruit sourd, d'un grondement, d'un tremblement de terre, d'un départ de feu d'artifice, d'un sifflement sourd suivi d'une explosion, d'un son percutant et sourd, d’un bruit de bang d'avion puis d'une explosion, d’un coup de tonnerre en ciel clair puis d'une violente explosion, d'un bruit comme un coup de canon suivi d'une grosse explosion, d'une explosion ayant engendré deux bruits, d'un grondement hors norme, d'une explosion sèche et courte suivie d'une explosion avec grondement de tonnerre, d'un bang suivi d'un autre bang.
Le fait que des témoins parlent de plusieurs "explosions" ne signifie pas à lui seul qu'il y en a eu plusieurs puisque, de fait, ils font état d'une pluralité de bruits qu'ils qualifient d'explosions.
A ce sujet, M. CARAT, spécialiste en géophysique et en sismologie, a expliqué que les personnes répondant aux questionnaires diffusés après les tremblements de terre et habitant sur zone cochent habituellement la case "explosion" pour caractériser le bruit entendu alors qu'elles avaient le choix de leur réponse et que le tremblement ne s'accompagne d'aucun événement pouvant être qualifié d'explosion.


En résumé... une fille qui se fait agresser par des voyous disposant de très bons avocats, qui subit des atouchements et qui est menacée de viol au fond d'un wagon du RER et qui aura comme témoins de ce même wagon des gens qui ont entendu ses cris, d'autres qui auront vu l'agression, d'autres qui diront que des jeunes chahutaient, d'autres qui diront que les cris étaient les crissements du train, d'autres qui n'ont rien entendu de significatif à cause du bruit ambiant, verra donc sa plainte échouer faute de cohérence des témoignages et faute d'un rapport médical attestant de blessures évidentes...! Elle sera considérée comme affabulatrice, mythomane ou farfelue et devra donc se contenter de rester une victime incomprise en gardant la peur au ventre que cela se reproduise à nouveau ! Chapeau les artistes !

Cette LOGIQUE FAIBLE, c'est à dire DEBILE, des juges d'Appel n'excuse aucunement leur volonté paresseuse de ne pas essayer de comprendre tous ces phénomènes antérieurs et surtout de ne pas réouvrir le dossier judiciaire pour poursuivre des recherches intenses même si celles-ci remettent largement en cause la fiabilité de la thèse officielle de l'accident chimique démarrant tout à l'explosion du tas d'ammonitrate et niant tout événement  antérieur !

La volonté de ces juges de ne pas vouloir combler les carences d'informations sur l'histoire et la géographie complète de l'immense site militaire de la 1ère guerre mondiale, largement exploité par les allemands en 1943-44, dans lequel était incluse l'usine AZF (ex-ONIA) depuis la fin des années 20, est significative d'un parti pris scandaleux et étrangement protecteur d'une forme de secret-défense. Leur certitude péremptoire affichée sur la thèse officielle du mélange chimique NA-DCCNa initiant tout au hangar 221 est très révélatrice d'un syndrome à consonnance militaire, leur permettant finalement de condamner sans preuve un directeur d'usine et d'attribuer des fautes non démontrées à ses employés !

Circulez, il n'y a rien à voir... puisqu'on vous dit que la thèse du mélange chimique NA-DCCNa est incontestable et certaine par défaut !

C'est justement la méconnaissance des réseaux souterrains étendus (éléments du plan de 1917 du dossier judiciaire restés sans réponse malgré les demandes des conclusions de parties civiles), des structures conductrices très denses (lignes électriques militaires jamais révélées, gros réseau d'eau civil du Grand Toulouse passant dans la SNPE refait depuis 2003, conduites souterraines d'évacuation vers le bras inférieur méconnues, voies ferrées entre AZF et la SNPE, réseau de galeries souterraines à plus de 10 mètres de profondeur du nord de la SNPE jusqu'à Tolochimie et Sanofi, structures militaires encore secret-défense au sud du pôle chimique etc...), qui peut expliquer les difficultés à tout comprendre sur le plan sonore, électrique, sismologique et visuel.

Les deux juges d'Appel ont poursuivi cet aveuglement volontaire écartant d'emblée l'histoire militaire de ce grand site qui va de la Cartoucherie de Toulouse à la colline de Pech David truffée d'allemands en 1943-44, histoire dans laquelle l'entreprise familiale Bisseuil, devenue filiale de Bouygues avant 2000, a même été mêlée lors de la construction de l'hôpital militaire Larrey en 1982-84 et surtout lors de la construction de ses extensions militaires souterraines secrètes au nord de Larrey en 1991.

Tant que le volet sismologique ne sera pas scientifiquement étudié et qu'il continuera d'avoir le contrôle du CEA Militaire et celui de la responsable de l'OMP, Annie Souriau (les juges la prénomment par erreur Anne dans tout leur jugement), personne ne pourra affirmer que ce volet sismologique a été réellement et ouvertement étudié en dehors de toute pression militaire ! Mme Souriau, qui n'a jamais été nommée ou mandatée comme expert, a même empêché à des parties civiles, par l'intermédiaire de la responsable du service juridique du CNRS (responsable provenant du CEA Militaire...), l'accès aux données précises des trois composantes de son sismographe toulousain alors que ces données sont la matière technique de son rapport public publié par l'Académie des Sciences en mars 2002 et du rapport AZF-Toulouse du ministère de l'environnement publié le 31 octobre 2001...!

Question transparence scientifique, les juges semblent s'asseoir sur de sérieux cactus !

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