AZF : Les premières obstructions du parquet de Toulouse

L'abandon anormal d'une enquête de flagrance au stade de Valmy dès le 24 septembre 2001...

Samedi 22 septembre 2001, le parquet de Toulouse a utilisé pour la première fois ses méthodes d'obstruction à la recherche de la vérité dans le très gros dossier AZF-Toulouse pour empêcher la prise en compte du premier témoignage d'un grand éclair précurseur au-dessus du pôle chimique.

La substitut du procureur Claudie Viaud a abandonné, sans aucun motif, une enquête de flagrance dès le 24 septembre 2001 déclenchée par la gendarmerie de l'autoroute et le SRPJ de Bordeaux, suite à l'alerte donnée par deux témoins girondins qui travaillaient au stade de Valmy à Toulouse le matin du 21 septembre 2001.

Ces deux témoins ont vu un homme en bleu de travail courir depuis le bâtiment de la conciergerie du stade municipal, s'affoler en courant et crier "Ca va péter, ça va péter, barrez-vous !". Un des deux témoins stadiers a eu le temps de marcher pendant plusieurs secondes et de rejoindre sa voiture lorsque survint l'énorme explosion d'AZF. Même à une distance de 2400 mètres du cratère et en considérant que l'homme en bleu de travail avait pu voir l'explosion et immédiatement analyser le danger, le délai d'arrivée du son (340 m/sec) était trop court pour expliquer autant d'avance dans son alerte, ce qui a fortement intrigué les deux témoins. Apparemment cet homme en bleu de travail avait vu quelque chose quelques secondes avant l'explosion. Quasiment au moment de l'explosion, un deuxième homme chauve en bleu de travail, paru encore plus affolé. Juste après l'explosion quand les témoins qui n'étaient pas de Toulouse comprirent que cela venait du pôle chimique, ce deuxième homme leur dit que c'était l'ONIA qui avait explosé.

Hommes%20en%20bleu.jpg

Deux séries de témoignages en apparence contradictoires et en réalité pris de manière incomplète, auraient pu pourtant permettre de connaître des faits graves si le parquet de Toulouse avait fait son travail normalement et avait insisté pour comprendre tous les témoignages de cette enquête de flagrance effectuée avant le 24 septembre 2001. Le parquet de Toulouse, responsable de cette enquête, a manifestement empêché des révélations importantes qu'un témoin aurait dû déposer dès le 22 septembre 2001. De plus, à la fin du premier procès d'instance, le président du Tribunal Thomas Le Monnyer a osé utiliser, dans son jugement, les contradictions apparentes issues de ce travail bâclé du parquet toulousain pour tenter de décrédibiliser les témoignages en question.

En réalité des employes de la mairie ont été avertis d'un danger 10 minutes avant l'explosion et un grand éclair a été vu quelques secondes avant l'explosion

Connaissant les pièces du dossier judiciaires et les témoignages du personnel du stade de Valmy, j'ai pu rencontrer et discuter, en 2005, avec l'homme qui s'est affolé trop tôt. Il m'a avoué avoir d'abord été prévenu, environ 10 minutes avant le drame, d'un danger imminent par un coup de fil provenant d'un ami du commissariat de police du Mirail. Ce dernier lui conseillait de se préparer et d'éventuellement intervenir à cause de l'école qui se trouvait à côté. Très inquiets, deux de ses collègues, ont pris leur fourgonnette pour rejoindre ce commissariat et en savoir plus. Lorsque cet homme en bleu de travail vit soudain un très grand éclair au-dessus du pôle chimique, il pensa immédiatement au gaz très dangereux de la SNPE et craignit immédiatement que cette usine explose. S'il n'avait pas été alerté par son ami du commissariat quelques minutes avant, l'éclair l'aurait rendu perplexe mais il ne se serait pas autant affolé. Mais là, il était terrorisé et courru comme un fou prévenir tout le monde dehors. Ses cris très précoces "ça va péter, ça va péter !" étaient bien déduits du grand éclair et non de la vision de l'explosion d'AZF qu'il a vu plus tard et qui ne l'aurait pas encouragé à utiliser la conjugaison du futur proche "Ca va péter". Il y a bien eu un grand délai avant l'explosion d'AZF pour qu'il ait eu le temps se mettre à courir et de voir son collègue du stade, aussi en bleu de travail, paniquer pareillement quelques secondes plus tard, car ce dernier avait été aussi informé du danger 10 minutes avant. Ce collègue n'a vu que l'explosion et non le premier éclair précurseur.

A leur retour sur Bordeaux, intrigués par le comportement du premier homme en bleu de travail, les deux témoins stadiers décidèrent de prévenir la gendarmerie de l'autoroute qui alerta à son tour le SRPJ de Toulouse et de Bordeaux. Ce dernier pris note des témoignages et déclencha une enquête de flagrance au niveau de Toulouse.

Les témoignages de l'affaire du stade de Valmy...

Voici les témoignages recueillis à Bordeaux le soir du 21 septembre 2001 de ces deux traceurs de stade venus peindre les terrains de basket du stade de Valmy.

Celui de Jean-Michel Fontanet :

D0581_003%202001-09-21%2019H45%20Temoignage%20Jean-Michel%20Fontanet%20-%20Stadier%20-%20Mini.jpgD0581_004%202001-09-21%2019H45%20Temoignage%20Jean-Michel%20Fontanet%20-%20Stadier%20-%20Mini.jpgD0581_005%202001-09-21%2019H45%20Temoignage%20Jean-Michel%20Fontanet%20-%20Stadier%20-%20Mini.jpg

et celui de Stéphane Bourdes :

D0581_006%202001-09-21%2019H50%20Temoignage%20Stephane%20Bourdes%20-%20Stadier%20-%20Mini.jpgD0581_007%202001-09-21%2019H50%20Temoignage%20Stephane%20Bourdes%20-%20Stadier%20-%20Mini

Chacun des deux témoins parle bien de deux hommes en bleu, le premier qui court et qui crie "Ca va péter, ça va péter", et le second qui au bout de quelques secondes panique à son tour.

Il y a de quoi s'alarmer dans le cas d'une piste terroriste mais le parquet de Toulouse attendra le lendemain matin pour faire les auditions des personnes pouvant être présentes au Stade de Valmy... dans le cas de la présence d'un homme trop bien informé pour ne pas être au courant d'un acte malveillant sur le pôle chimique, c'était loupé, il aurait eu le temps de quitter le pays !

Lorsque le SRPJ récoltera les témoignages auprès du personnel du stade de Valmy, ceux-ci affirmèrent qu'il n'y avait qu'un seul homme en bleu qui cria "ca va péter", l'homme qui était chauve. Ce dernier hésita à reconnaître de manière certaine ces mots. Ces témoignages semblaient donc contredire ceux des deux stadiers.

Voici les trois témoignages recueillis les 22 et 24 septembre 2001 (Daniel Moulet, Patrice Baptiste et Jean-Claude Dupont).

D0582_001%202001-09-22%2010H30%20Temoignage%20de%20Daniel%20Moulet%20-%20Concierge%20du%20stade%20de%20Valmy%20-%20Mini.jpgD0584_001%202001-09-22%2015H00%20Temoignage%20Patrice%20Baptiste%20-%20Employe%20mairie%20-%20Mini.jpgD0584_002%202001-09-22%2015H00%20Temoignage%20Patrice%20Baptiste%20-%20Employe%20mairie%20-%20Mini.jpgD0592_001%202001-09-24%2014H30%20Temoignage%20Jean-Claude%20Dupont%20-%20Employe%20mairie%20-%20Mini.jpg

En fait, sur les 4 employés de la ville présents au stade de Valmy, deux ont quitté les lieux quelques minutes avant l'explosion. Ils n'étaient pas en bleu de travail. Et les deux autres sont restés jusqu'à l'explosion : le concierge du stade de Valmy et l'homme chauve qui a signalé que l'explosion venait de l'ONIA. Ces deux hommes étaient tous les deux en bleu de travail; le concierge confirma qu'il n'y avait qu'un seul homme en bleu de travail au stade de Valmy au moment de l'explosion.

Les erreurs judiciaires...

Curieusement le SRPJ n'interrogera pas le concierge sur le vécu des événements mais uniquement sur l'accueil des deux témoins stadiers une heure plus tôt. Il ne demandera donc pas si ce dernier était aussi en bleu de travail. Il n'interrogera pas non plus un des deux hommes qui avait quitté les lieux avec son collègue. Il ne cherchera même pas son identité et se contentera du prénom Arthur dans les dépositions.

En 2005, lorsque je vis ces employés pour la première fois, ils ont pu constater que je connaissais leurs déclarations dans le dossier et que j'avais bien repéré les contradictions. Ils ont mis très peu de temps à me dire ce qu'il s'était vraiment passé. Voici le résumé du récit du concierge.

En accord avec le concierge et sans que les contradictions ne choquent les policiers, le second homme en bleu, chauve, laissa partiellement un faux témoignage en affirmant qu'il était seul dehors à crier. Ces employés ont été fortement avisés de ne pas dévoiler l'information prématurée qu'ils ont eu 10 minutes avant. Les policiers malgré les déclarations des deux témoins stadiers, n'ont pas cherché à comprendre et surtout n'ont pas souhaité connaître la version du concierge pourtant bien présent au stade de Valmy au moment de l'explosion comme le confirmèrent les autres collègues.

Le premier homme en bleu, qui était donc le concierge, m'avoua que la veille au soir des auditions du SRPJ, le 21 septembre 2001, il demanda conseil à un ami officier gradé des RG de ce qu'il devait faire par rapport à ces événements si jamais les policiers l'interrogeaient... cet ami le conseilla de se taire et le rassura car il pensait que ces policiers n'allaient surtout pas en savoir plus, ni se lancer dans une piste à caractère terroriste. Apparemment il a bien été conseillé !

Le concierge Daniel Moulet m'indiqua de plus que dans l'après midi du 21 septembre 2001, du personnel d'EDF est venu inspecter pendant pas mal de temps une bouche spéciale proche de celle de l'arrivée des conduites de vapeur chaude provenant de l'incinérateur de la SETMI, situé juste en face du stade de Valmy. En fait cette bouche correspondrait à une ligne électrique HT souterraine de 20 kV reliant le poste électrique de Mounède au poste de Lafourguette, ligne qui a été liée au tout premier incident électrique repéré à 10h17'55.77 à l'incinérateur de la SETMI.

Le SRPJ toujours aveugle en 2005 et un jugement du procès 2009 de mauvaise foi...

En octobre 2005, j'ai signalé ce chapitre des contradictions avec les cotes des pièces du dossier judiciaires concernant ces témoins au Procureur de la République de Toulouse dans un courriel reprenant plusieurs grosses anomalies issues de la lecture du dossier. L'avocat général Jean-Louis Bec a retranmsis ce courrier au juge Thierry Perriquet qui l'a ajouté au dossier judiciaire (pièces D6439) mais qui n'a déclenché aucun contrôle supplémentaire sur ces investigations bâclées de la période de flagrance.

D6439_001%202005-10-28%2009H48%20Lettre%20de%20Pierre%20Gresillaud%20au%20Procureur%20-%20Mini.jpg

Nous avons donc affaire au premier témoin d'un grand éclair précurseur qui s'est fait remarqué sans trop le vouloir au point de déclencher une enquête de flagrance à Toulouse dès le 21 septembre 2001 par des témoins non toulousains. Pourtant, on n'en saura rien, le SRPJ et le parquet de Toulouse se délectant dans les approximations et incohérences quitte à y participer franchement. Par la suite, voici ce que le juge Thomas Le Monnyer osa écrire dans son jugement du 19 novembre 2009, en utilisant les pièces de cette affaire, pour dénigrer l'importance des témoignages au lieu de constater que le SRPJ faisait mal son travail.

Sans prétendre à l'exhaustivité des situations de témoignages "groupés" pour lesquelles nous disposons, dans le dossier, de 2, 3 ou 4 perceptions de personnes se trouvant les unes à côté des autres, ou à proximité immédiate, il paraît fondamental avant de mettre en exergue tel ou tel témoignage, comme le fait la défense, d'essayer d'apprécier si les conditions de survenance de la catastrophe tout à fait inédites (soudaineté, violence) ont pu ou non influer sur la capacité des témoins, d'une manière générale et sans stigmatisation des uns ou des autres, à restituer ce qu'ils avaient vécu ; pour ce faire, nous allons confronté ces témoignages "groupés" sur les informations rapportant le nombre d'événements perçus, la chronologie des événements ou l'espace temps s'écoulant entre deux signaux sonores perçus :

* Quartier du Mirail (Toulouse) au stade Valmy (à l'ouest du cratère) :

- MM. FONTANET et BOURDES travaillent pour une société de traçage : ils décrivent qu'avant de percevoir l'explosion ou presque simultanément, un homme court en leur direction, l'air très affolé "cassez vous ça va sauter ou ça va péter...", ces deux témoins en déduisent que quelqu'un l'avait prévenu de l'imminence de la catastrophe ou s'interroge... rien ne pouvant laisser présager la survenance de l'explosion. (D 581)

- l'individu décrit par ces deux témoins est identifié en la personne de M. DUPONT, employé municipal ; il précise ne s'être mis à courir, pris de panique, qu'après avoir entendu l'explosion : il croit avoir crier quelque chose... peut-être "ça va péter". (cote D 592)

On peut relever une incohérence dans la chronologie.

En novembre 2011, lors du procès en Appel, une partie civile citera la vice-procureur Claudie Viaud pour obtenir des explications sur divers points du dossier dont cette enquête de flagrance. Mme Claudie Viaud refusera de venir témoigner et ne présentera aucun motif.

Les autres témoignages d'éclairs dans le dossier avant le 24 septembre 2001...

A noter que dès le 23 septembre 2001, le témoin Thomas Pignol travaillant à la société Newtech près des locaux de France 3, a pu, en compagnie de ses collègues, voir l'effet lumineux de deux éclairs successifs plus de 15 secondes avant l'arrivée du bruit de l'explosion d'AZF alors qu'il se trouvait à environ 2,5 km du cratère. Son témoignage ne sera pas pris en compte pas les experts judiciaires et les deux autres collègues présents ne seront pas interrogés.

Pièce D587

:D0587_001%202001-09-23%2015H40%20Temoignage%20Thomas%20Pignol%20-%20Deux%20eclairs%20-%20Mini.jpg

La témoin Jacqueline Delmont déposait le matin du 24 septembre 2001, un témoignage de deux éclairs géants en forme de "V" pointant au sud de la tour d'urée d'AZF rouge et blanche et accompagna son témoignage d'un dessin très précis effectué depuis la fenêtre de sa cuisine à Colomiers. Son témoignage ne sera jamais étudié malgré une convocation à domicile en 2003 du SRPJ lancée par le juge Thierry Perriquet, convocation qui sera annulée sans motif par le policier Jean-Pierre Bellaval une heure après l'heure du rendez-vous avec les témoins.

Pièce D589.

D0589_001%202001-09-24%2010H55%20Temoignage%20Jacqueline%20Delmont%20Eclairs%20en%20V%20depuis%20Colomiers%20-%20Mini.jpgD0589_002%202001-09-24%2010H55%20Temoignage%20Jacqueline%20Delmont%20Eclairs%20en%20V%20depuis%20Colomiers%20-%20Mini.jpg

La survenance de phénomènes précurseurs lumineux était donc déjà tracée dans le dossier dès le 24 septembre 2001 avant même le début de l'instruction. Elle aurait dû permettre, au bout de quelques jours de lecture, de vérifier si les incohérences des témoignages du stade de Valmy ne pouvaient pas venir de ces phénomènes précurseurs très visuels et marquants. Mais le 24 septembre 2001, le procureur Michel Bréard annonçait déjà devant les média qu'il estimait à 90% de chances que l'origine de la catastrophe était un accident purement chimique. En fermant les yeux sur le dossier, il y avait de quoi mentir au pays !

Stade%20de%20Valmy%20-%20Pole-chimique.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.