AZF : Des photos aériennes truquées sur des terrains du groupe Total !

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Des photographies aériennes du 27 septembre 2001 truquées sur des terrains du groupe Total ?

Pourquoi les photographies aériennes du 27 septembre 2001, réalisées pour le compte du Grand Toulouse à la suite de l'explosion d'AZF et communiquées à la justice pour les besoins des expertises diverses ont-elles subi un énorme trucage sur plus de 2 ha dans un secteur particulier de la zone sud appartenant à la filiale du groupe Total, Grande Paroisse ?

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Cette question a été soulevée auprès du premier président de la cour d'Appel Dominique Vonau dans le courrier d'une partie civile plusieurs mois avant le début du procès en Appel de l'affaire AZF. Elle n'a toujours pas obtenu la moindre réponse jusqu'à aujourd'hui. Cette question a, à nouveau, été soulevée, lors du procès en Appel, dans les conclusions de parties civiles.

Après pratiquement un an de bataille administrative avec la mairie de Toulouse qui détenait les photographies aériennes du 27 septembre 2001, les originaux ont pu être enfin approchés en 2010. En regardant la zone sud de l'usine AZF, quelle ne fut pas notre stupeur de constater que 2 ha de terrain appartenant au groupe Total avait été floutés par du copier-coller numérique. L'accès aux archives municipales complètes permit au bout de quelques semaines de recherche de ces documents étrangement égarés dans les dédales de la mairie, de retrouver les négatifs aériens fournis par le prestataire AEROSCAN en début 2002.

Cette zone prise le 27 septembre 2001 a été floutée volontairement et la version numérique principale du Grand Toulouse, seule à être communiquée à la justice contient, depuis sa fourniture, ce maquillage grossier quand on le regarde de près. Apparemment ce maquillage a été réalisé lors de l'assemblage numérique du tuilage de la vingtaine de clichés aériens mais il ne correspond à aucun problème de bordure ou de défaut de qualité, les originaux montrant une très bonne intégration de ce secteur dans le tuilage. C'est bien du copier-coller informatique qui a été effectué à plusieurs reprises, sur plusieurs tranches, pour couvrir toute la zone.D1858_111%20AZF%20Limite%20de%20propriete%20en%201989.jpg

Qu'y-a t-il à cacher...?

La benne blanche que recherche depuis des années Me Stella Bisseuil ? Apparemment, cette avocate qui accuse le groupe Total de dissimuler une benne qui aurait contenu des sacs remplis de résidus de DCCNa quelques jours après les inventaires et qui se vente auprès des médias de très bien connaître le dossier, ne semble pas avoir regardé ce dossier judiciaire et ses documents photographiques associés de très près ... elle n'a jamais signalé ce trucage qui aurait dû l'interpeler !

Cette zone floutée n'est pas dans le secteur des unités de l'usine AZF mais sur les anciens terrains militaires concédés depuis très longtemps par le Ministère de la Défense à l'ONIA. La zone floutée coïncide sur celle d'un ancien champ de tir au canon repérable sur les plans militaires anciens et longeant la conduite de phosgène reliant la SNPE à Tolochimie.

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Elle est aussi enclavée dans l'ancien secteur de l'usine très secrète de production d'armements chimiques dont disposait la SNPE dans les années 1980; usine qui a été "normalement" complètement rasée dans les années 1995.

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La comparaison avec la version photographique aérienne de Juillet 2001, non floutée et commandée pour les besoins cartographiques réguliers du Grand Toulouse permet de voir quelques variantes de couverture végétale mais c'est bien le scannage en haute résolution de ce négatif grand format qui pourait décrypter les différences.

A quel moment les photographies aériennes ont-elles été truquées ?

Suite à notre demande, AEROSCAN a constaté que ces racks de mémoire qui contenaient ces scannages originaux étaient définitivement abimés et que cette société ne pouvait plus fournir ces documents couleurs issus directement des originaux sans refaire un scannage des négatifs détenus par son client la Ville de Toulouse. Pas de bol,... pourtant c'est bien cette société qui a créé tous les fichiers numériques depuis ses originaux négatifs. Ses responsables ne comprennent pas cette anomalie et ne l'avait jamais vu pourtant dans la copie numérique finale qu'ils ont gardée, ce floutage est aussi présent.

La société AEROSCAN a-t-elle dû intervenir pour des raisons secret-défense ? Question à poser aussi au Ministère de la Défense...

Nous avons pu cependant constater que le groupe Total avait bénéficié d'impression couleur des scannages originaux non assemblés que seule AEROSCAN devait détenir. En effet, une grande impression couleur du nord du site, ne correspondant pas à la photographie finale retenue et assemblée mais à un scannage de négatif légèrement plus décalée dans le temps, a été donnée par Total à l'association AZF Mémoire et Solidarité comme support de travail. Le groupe Total aurait donc disposé de ces négatifs originaux gardés par la Ville à des fins de scannage propre, au tout début de la période de l'enquête, avant que ces négatifs ne soient travaillés pour assemblage par AEROSCAN et avant qu'elles se retrouvent aux archives municipales en 2006.

Le Grand Toulouse n'a plus qu'à recommander le scannage optimisé des négatifs qu'il détient et on verra dans le détail, ce qui a été flouté !

Une zone concernée par les témoignages des faisceaux lumineux !

La conduite de phosgène a été épargnée par ce floutage, ce n'est vraiment que l'ensemble de la zone du champ de tir au canon qui a été concernée. Cette zone a été repérée depuis pas mal de temps par plusieurs scientifiques qui ont étudié le dossier. En effet, elle est située dans le secteur sud de l'usine AZF, tout près de la zone nord des ballastières qui appartenaient aussi à Grande Paroisse en 2001. Dans ce secteur, des faisceaux lumineux, des éclairs ou des flashs ont été aperçus quelques secondes avant l'explosion d'AZF et même quelques secondes après celle-ci dans une seconde phase.

Les témoignages du dossier de M. Vaginay, M. Correnson, de Mme Delmont, de Melle Monnet, etc... décrivent des phénomènes de grands faisceaux lumineux au sud du pôle chimique, loin de la zone du cratère. Les experts judiciaires n'ont jamais cherché à étudier ces phénomènes.

Dessin fourni par le témoin Michel Correnson à la justice (Pièce D4128).

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La prolongation de l'éclair au Sud (vers la droite), qu'il voit derrière le grand bâtiment de la société Technal, avant l'explosion finale, tombe dans la zone militaire au sud d'AZF.

A quelques mètres à l'Ouest, sur les terrains purement militaires de Braqueville, on peut constater sur les négatifs du 27 septembre 2001, scanné par nos petits moyens aux archives municipales, une certaine agitation à côté d'un long bâtiment de l'armée qui semble en train d'être vidé de son contenu... Nous sommes à côté de cette zone floutée. L'armée avait apparemment des choses à faire dans ces vieux bâtiments juste après l'explosion.

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Pourquoi la justice méritait-elle un trucage de ces photographies aériennes communiquées aux experts ?

Ces photographies ont notamment servi lors de l'étude des traces électromagnétiques de la société Fugro menée en 2002. Elles ont servi dans d'autres rapports d'experts comme support cartographique général. Elles ont même été vues sur les grands écrans de la salle Mermoz des procès lorsque les témoins essayaient de se localiser.

Les experts judiciaires ont donc travaillé sur des documents truqués ! Et ils n'ont rien vu ! Il est clair que ne voulant étudier sérieusement aucun des témoignages des Toulousains qui ont vus des éclairs ou des flashs dans des zones hors cratère, ils n'avaient que peu de chance d'analyser ce secteur sud.

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Le groupe Total n'a rien vu non plus ! Ces photographies truquées sont pourtant passées entre ses mains et celles de certains de ses experts.

Bien entendu, cette zone n'était pas la plus importante pour eux, même si elle reliait tout de même la SNPE à Tolochimie. Mais toutes les recherches et trouvailles pouvant déranger ces deux sociétés aux procès de 2009 et 2011, ont été définitivement mises sous silence par ce groupe à partir du moment où le groupe Total à négocié la sortie de la SNPE des parties civiles !

Des survols aériens ont été également interdits au détriment du travail sur les traces électromagnétiques par Geoid et Fugro.

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L'analyse magnétométrique aérienne de juin 2002 devait couvrir au départ un rayon de quelques centaines de mètres autour du cratère. L'idéal retenu était un grand pavé de 3 x 2 km autour du cratère. Mais petit à petit les territoires autorisés pour cette détection magnétométrique ont été très vite rognés par différentes autorités.

- La police des airs a interdit le nord de la rocade concerné par le couloir aérien de Blagnac.

- La SNPE a carrément interdit tout survol... c'est tellement plus simple comme cela ! La direction de cette entreprise d'Etat n'a jamais voulu aider la justice à son égard complaisante, cet exemple tracé dans le dossier n'en est qu'un parmi tant d'autres !

- La préfecture de Haute Garonne a mis aussi son grain de sel interdisant tout survol de l'autoroute, des voies ferrées de la SNCF, des postes électriques de Lafourguette et également des rives Est de la Garonne... Etrange...! Ces rives n'ont rien d'exceptionnelles, elles sont civiles, et peu habitées par quelques maisons privées... mais apparemment il ne faut pas regarder de ce côté qui démarre au pied de la colline de Pech David.

A la fin des censures, il ne restait plus que la zone de l'usine AZF et la zone de la SEMVAT rasée après l'explosion. Comme quoi, quand on veut correctement travailler dans le monde judiciaire, il faut savoir faire des concessions...! La première page du rapport des experts de Fugro a dénoté un certain agacement,... tu m'étonnes !

Quand on constate, en habitant sous le couloir aérien de Blagnac, les perturbations électromagnétiques et radio fréquentes touchant notamment le réseau Wifi des particuliers lors du passage des avions, on se demande ce qui gênait vraiment ces autorités avec un système de mesures très ciblé et très temporaire placé sous un hélicoptère ?

Conclusion :

Trucage et enfumage ont toujours fait bon ménage dans le monde judiciaire d'AZF-Toulouse !

 

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